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15 août 2008 : homélie du Cardinal Albert Vanhoye en la cathédrale

vendredi 22 août 2008

Cher amis,

Remplis de joie, nous célébrons la fête de l’Assomption de la Vierge Marie, couronnement de son existence.

Vous venez d’entendre proclamer trois lectures. Pour la première (Livre de l’Apocalypse 12, 1-10), il est facile de voir le rapport avec l’Assomption car « un signe grandiose apparut dans le ciel : une Femme, ayant le soleil pour manteau, la lune sous ses pieds et sur sa tête une couronne de douze étoiles ». C’est une image magnifique de la glorification de la Mère du Messie, de la glorification de Notre Dame.

La seconde lecture (1ère lettre de l’apôtre Paul aux Corinthierns 15, 20-27) nous parle de la résurrection du Christ, de la glorification du Christ et Saint Paul nous dit que « dans le Christ, tous revivront », tous seront glorifiés, « en premier le Christ ; ensuite, ceux qui seront au Christ ». La liturgie nous suggère de mettre un ordre aussi parmi ceux qui seront au Christ car Saint Paul dit que tous revivront « chacun à son rang ». Après le Christ, le premier rang est dû à la Vierge Marie qui, dans son âme et dans son corps, a obtenu la pleine glorification auprès de son Fils.

L’Evangile, au contraire, peut nous déconcerter parce qu’il ne parle pas de l’Assomption mais de la Visitation avec le Magnificat de la Vierge Marie. Pourquoi ce choix de la liturgie ? D’abord parce qu’aucun évangile ne raconte l’Assomption de la Vierge Marie. Les récits évangéliques se terminent avec la résurrection du Christ. L’Eglise a donc cherché un texte qui soit en rapport avec l’Assomption de la Vierge Marie, avec sa glorification et elle n’a pas trouvé de meilleur texte que le « Magnificat » de la Vierge Marie.

A la Visitation, Marie a chanté les louanges du Seigneur. Elle a remercié de tout son cœur le Seigneur pour le mystère qui commençait à s’accomplir. Le Magnificat est un chant prophétique. Il ne se limite pas au contexte de la Visitation, à cet épisode de la rencontre avec Elisabeth qui portait dans son sein Jean-Baptiste. Le Magnificat s’étend à toute l’existence de la Vierge. Marie continuellement s’est maintenue dans cette attitude d’action de grâce envers Dieu pour les merveilles qu’il accomplit. Tout au long de sa vie, elle a exalté le Seigneur, elle a remercié le Seigneur en voyant son enfant grandir. Voir que le Fils de Dieu était obéissant à ses parents la remplissait de stupeur et d’action de grâces. Elle a été dans l’action de grâce lorsque Jésus a commencé son ministère, qu’il a attiré des foules, qu’il a accompli des miracles nombreux, qu’il a proclamé la venue du Royaume de Dieu. Marie exultait de voir son Fils accomplir une œuvre si grande. Je pense qu’il n’y a pas de joie plus grande pour une Mère que de voir son enfant accomplir une œuvre merveilleuse.

Marie est restée dans l’action de grâce sur le calvaire. Elle a souffert mais au fond de son âme, il y avait toujours le Magnificat. Elle n’a pas renié le Magnificat lorsqu’elle a été associée à la croix de Jésus parce qu’elle a compris qu’en étant associée à la croix de Jésus, elle était associée à la grande œuvre du salut du monde. Et il n’y a pas de chose plus importante qui puisse susciter une action de grâce aussi profonde, même dans la douleur de la séparation. Par ailleurs, sur la croix, Jésus a donné à sa Mère une nouvelle fonction dans l’univers. Etre la Mère des disciples, être la Mère de l’Eglise qui répand dans le monde entier la parole de Jésus et qui communique les grâces obtenues par la croix de Jésus. Marie évidemment a exulté d’une manière plus forte encore au moment de la résurrection qui est le fruit de la passion. Jésus a obtenu, par sa passion, la résurrection. Et Marie a exulté de joie devant cette œuvre de l’amour de Dieu. Par sa mort, Jésus a vaincu la mort et il a obtenu la résurrection, pour lui-même et pour nous, et pour Marie, en premier lieu.

Votre évêque vous a dit qu’en cette année dédiée à Saint Paul, il voulait unir la fête du 15 août à l’existence et à la prédication de Saint Paul. Et un aspect de cette prédication est de nous enseigner l’action de grâce. Saint Paul a dit : « Pour moi, vivre c’est le Christ ». Comment vit-on vraiment de la vie du Christ ? On vit d’abord de la vie du Christ par l’action de grâce. Peut-être ne le savez-vous pas mais la disposition fondamentale de la vie chrétienne, c’est l’action de grâce. Marie nous enseigne l’action de grâce. L’Eglise accueille le Magnificat de Marie tous les jours dans sa prière parce que Marie nous enseigne l’action de grâce. En cela, elle était unie très profondément à son Fils. Jésus a vécu dans l’action de grâce.

Continuellement, le Fils rendait grâce à son Père. Et dans l’Evangile, nous le voyons en plusieurs circonstances rendre grâce publiquement, en particulier dans la multiplication des pains, à un moment où, semble-t-il, il n’y avait pas lieu d’être joyeux et de rendre grâce. Jésus a pris les cinq pauvres petits pains que l’on mettait à sa disposition et il a rendu grâce et ainsi il a débloqué la situation parce qu’il a ouvert la situation à la générosité de Dieu. Mais Jésus a surtout rendu grâce le soir du Jeudi Saint, le soir de la Cène. Il a pris le pain et il a rendu grâce. Il a pris la coupe de vin et il a rendu grâce. Pourquoi ? Il a rendu grâce parce qu’il recevait du Père un courant d’amour tellement fort qu’il pouvait triompher de la mort en faisant de sa mort, une offrande parfaite d’amour. C’est cela le sens de la dernière Cène. Jésus rend grâce au Père parce que le Père verse dans son cœur une force d’amour extraordinaire capable de vaincre complètement le mal et la mort.

Nous célébrons l’eucharistie. Que veut dire le mot « eucharistie » ? En grec, « eucharistia » signifie « action de grâce » et la prière eucharistique commence toujours en disant : « II est juste et bon de te rendre grâce, toujours et en tout lieu, à toi Dieu tout puissant, Père éternel ». Nous sommes ici pour rendre grâce. Nous rendons grâce pour l’Assomption de Marie mais nous rendons grâce aussi pour tout ce que nous recevons au long de nos jours. Saint Paul disait à des chrétiens convertis depuis peu de temps, les chrétiens de Thessalonique : « En toutes circonstances, rendez grâce ! » parce qu’en toutes circonstances, la grâce de Dieu nous est offerte et transforme les circonstances en occasion de victoire de l’amour.

En toutes circonstances ! Dans bien des circonstances, il est facile de rendre grâce car les dons de Dieu sont abondants, tout va bien donc on est porté à l’action de grâce. Encore faut-il y penser car si on n’y pense pas, ce que l’on reçoit devient stérile au point de vue spirituel. Cela ne sert pas à la croissance de l’amour parce que l’on n’a pas pris cette attitude mariale de l’action de grâce. En d’autres circonstances, il est difficile de rendre grâce. Pour Jésus lui-même, il n’était pas facile de rendre grâce le Jeudi Saint car il venait de dire : « L’un de vous me trahira » donc se déclenchaient, dès ce moment, toutes les souffrances de la passion. Mais Jésus a rendu grâce pour avoir la force de vaincre, par l’amour, tout le mal et la mort.

Donc lorsque nous sommes éprouvés, nous devons chercher quelle grâce le Seigneur nous offre dans nos épreuves. Il y a toujours des grâces et des grâces précieuses. On peut même dire que les grâces les plus précieuses ne peuvent venir qu’à l’occasion des épreuves car les épreuves nous associent à la passion du Christ et nous associent donc à la victoire complète du Christ sur le mal et sur la mort. Saint Paul en était pleinement conscient. Il disait : « Abondent en moi les souffrances du Christ, abonde en moi en même temps le réconfort que donne le Christ ». Dans la lettre aux Ephésiens, Saint Paul dit aux chrétiens : «  Rendez grâce en tout temps pour toutes choses  ». Et dans la lettre aux Colossiens, il insiste encore davantage. Il invite les chrétiens à être débordants d’action de grâce et il dit : « Tout ce que vous dites, tout ce que vous faites, que ce soit au nom de Notre Seigneur Jésus Christ en rendant grâce à Dieu, le Père ». Toutes nos paroles, toutes nos actions devraient être imprégnées d’action de grâce car à l’occasion de n’importe quelle parole, nous recevons un don de Dieu, de n’importe quelle action évidemment bonne ! Seul le péché empêche l’action de grâce mais même le péché devient occasion d’action de grâce par le pardon.

Dans toutes les difficultés, vous pouvez compter sur l’amour de Dieu. « Dieu élève les humbles » dit Marie dans son Magnificat. Elle a été élevée au plus haut du ciel parce qu’elle a rendu grâce. Nous aussi, nous devons partager cette vie, nous laisser former par la Vierge Marie à l’action de grâce. Notre vie en sera d’autant plus belle, plus joyeuse et plus généreuse.

Cardinal Albert Vanhoye

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