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À la découverte des Amériques

mercredi 13 octobre 2010, par B.P.

Durant la Semaine Missionnaire 2010, la Coopération Missionnaire invite à se tourner vers « l’Amérique Latine ». Le 23 septembre le Service de la Mission Universelle accueillait le Père Philippe Kloeckner curé à Clermont et responsable du Pôle Amérique Latine au sein de la Conférence des évêques de France. Quelques échos de sa conférence d’après les notes du P. Pierre Vialla.

Les Amériques latines

Plus que de parler de l’Amérique Latine, il faut parler des « Amériques Latines ». Quoi de plus divers que les îles des Caraïbes avec Cuba et Haïti, l’Amérique Centrale avec le Mexique et d’autres états, les Pays Andins le long de la Cordillère des Andes, le Cône Sud qui est plus près du pôle Sud, le Brésil qui est un sous-continent à lui tout seul, etc...
La géographie diverse, riche de nombreux écosystèmes nous fait voyager des bords des océans à l’altiplano, de la chaleur du climat équatorial au froid des montagnes ou du pôle Sud tout proche.

Histoires mouvementées

Son histoire est riche des civilisations précolombiennes, douloureuse de la colonisation violente après Christophe Colomb (1492). De la colonisation on retient les massacres des conquistadors, plus sauvages parfois que les Indiens qu’ils rencontraient, les baptêmes forcés… Les indépendances furent une séparation des mères patries européennes, surtout de l’Espagne, plus qu’une émancipation des premiers peuples du continent, les Indiens oubliés et encore exploités. Et les dictatures plus récentes assombrirent les années 1950-80. Durant cette période, celui qui faisait du social était traité de communiste. Puis, plus récemment, le retour à la démocratie et l’arrivée (enfin !) des indiens au pouvoir avec Hugo Chavez au Venezuela, Evo Morales en Bolivie et Rafael Corréa en Equateur.
Dans des pays à la réputation plutôt machiste, on voit des femmes arriver au pouvoir, le prochain président du Brésil succédant à Lula sera sans doute une présidente.
On peut énumérer les figures marquantes du continent : Barthelemy de las Casas, Cortes et Pisar, San Martin, Bolivar et le curé Morelos… José da Costa qui fit un catéchisme en images après le concile de Lima. Mais aussi les dictateurs Videla en Argentine, Pinochet au Chili, Stroessner au Paraguay, Fidel Castro à Cuba et Che Guevara, Duvalier père et fils en Haïti, Banzer en Bolivie, Perón et Eva Perón en Argentine, Ortega au Nicaragua…

Théologies des Amériques

Mais parler de l’Amérique Latine ne peut se faire sans évoquer la « théologie de la Libération ». Cette théologie se met en place à partir du concile Vatican II qui amène les gens à réfléchir. Au temps des dictatures qui oppriment le peuple et s’opposent à l’Église, les peuples sont amenés à se libérer des oppressions, à chercher des raisons de refuser la négation de l’homme et de l’amour. Le souci de cette théologie est de dire Dieu dans un moment de l’histoire, à une époque, dans un continent, dans des réalités humaines précises, même si par la suite cette théologie a été reprise par d’autres continents.
On en a beaucoup parlé ; pourquoi cela a-t-il posé tant de problèmes ? Une des raisons, parmi beaucoup d’autres, fut le fait que l’on a utilisé une méthode sociologique d’analyse de la société qui était communiste même si les objectifs recherchés ne l’étaient pas. Alors on a dit : puisque les outils d’analyse sont communistes, la théologie est communiste, ce qui n’est pas le cas.
Un des fondements de cette théologie est une reprise, avec un accent très fort, de la marche du peuple de Dieu qui se libère de l’oppression de Pharaon en Egypte pour marcher vers la terre promise ; en soulignant que Dieu veut cette marche vers la Terre Promise. On dit souvent que cette théologie a été condamnée or elle jamais ne l’a été. Il y a eu, c’est vrai, deux instructions de Rome, en 1984 et 1986 pour souligner ce qui n’allait pas dans cette théologie mais au long des années tout a été corrigé ; le père de la théologie de la libération, Gustavo Gutierrez, a reçu il y a quelque temps une lettre disant qu’il n’y avait plus d’objection avec sa théologie de la libération. Et dans les années 1987 le pape Jean-Paul II au Brésil a dit que non seulement cette théologie de la libération était bonne mais qu’elle était utile pour l’Amérique Latine. Donc il y a eu une évolution depuis les débuts et la présentation de cette théologie dans un climat de tension ; les années passant, cette théologie est maintenant reconnue… pas par tous… il reste des tensions… comme partout.
Les grands noms de cette théologie sont Gustavo Guitterez qui est plutôt un spirituel et qui n’a rien d’un révolutionnaire, Jon Sobrino, Leonardo Boff, Ernesto Cardenal et Helder Camara qui est plus un communicateur qu’un théoricien car il a beaucoup voyagé en Europe pour parler de ce continent.
Aujourd’hui il y a une nouvelle génération de la théologie de la libération car cette théologie n’est pas pétrifiée, elle évolue toujours.

Aujourd’hui de nouveaux défis se font sentir :

  • Défis de la richesse : les sectes disent ; « Dieu veut la richesse pour l’homme »
  • Défis de la pauvreté et de l’injustice : comment se fait-il que le continent qui compte le plus de catholiques soit celui qui connaît le plus d’injustice ?

Perspectives

La théologie de la libération avance, corrige ses orientations et ouvre de nouveaux chemins : elle prend en compte les opprimés, les femmes, l’écologie et l’environnement, le monde globalisé, les nouvelles églises ; tous les gens marginalisés, ceux qui ont le Sida, les Afros et les Indigènes... les sectes, la confusion du religieux et du politique…
Ces Églises latino-américaines comptent-elles au sein de l’Église Catholique ? Comment se fait il qu’il n’y ait que 38 cardinaux latino- américains, moins qu’en Europe qui a moins de catholiques ? Une question !

Le défi des sectes

Devant le succès des sectes et nouvelles églises, les catholiques réagissent : Il y a eu les charismatiques, de nouvelles congrégations, les prières de guérisons lors de grands rassemblements, des religieux ou prêtres chanteurs (le père Marcello par exemple arrive à réunir 40 000 personnes dans un stade au Brésil). Les gens sont séduits mais sont-ils amenés à réfléchir ?

Quelques traits marquants

La place de la Parole de Dieu et la Bible Latino-Américaine dont deux français sont les auteurs, Bernard Hurault et Raymond Ricardi
L’idée de la libération d’Egypte
La place du pauvre et l’option préférentielle pour les pauvres
La religiosité populaire qui est prise en compte
Les CEB, Communautés Ecclésiales de Base qui naissent non des paroisses mais d’abord de l’initiative de la base, et qui après iront chercher un prêtre pour les accompagner
La dimension de la vie communautaire, par exemple : en réunion on ne tire pas son repas du sac mais on prépare pour tous ou au moins on partage spontanément ;
Le CELAM, Conférence des Evêques Latino-Américains, qui se réunissent tous les 10 ou 12 ans pour définir une pastorale commune ; lors de leur réunion à Medellin et à Puebla ils ont opté pour l’option préférentielle pour les pauvres.
Les « nouvelles Églises » ou sectes s’enracinent dans le terreau de la religiosité populaire ; face aux Églises traditionnelles elles apportent de nouvelles réponses, on aime la nouveauté, elles sont plus rapidement sur le terrain, un pasteur est vite formé : en un ou trois mois ; un garage et quelques chaises font vite un lieu de culte alors que la formation d’un prêtre catholique est fort longue et la construction d’une paroisse aussi… L’Église Universelle du Règne de Dieu au Brésil a un budget supérieur à celui des ‘Pétroles Brésiliens’ la plus grande entreprise du pays !

La France aux Amériques

La présence de l’Église de France est quelque chose de très beau dans des terrains pas simples, parfois compliqués où les autochtones ne veulent pas aller. En plus de cela on a eu des martyrs : André Jarlan de Rodez au Chili, Gabriel Maire de Besançon au Brésil, Gabriel Longueville du diocèse de Viviers en Argentine (son évêque fut assassiné en revenant de son enterrement), les soeurs Léonie Duquet et Alice Domon en Argentine torturées et jetées d’un avion en mer comme 30000 autres. Là ce sont des Français, mais il y a eu tellement de frères et sœurs latino-américains martyrs !
Les relations entre la France et l’Amérique Latine viennent de la volonté des papes Pie XII et Jean XIII de susciter une solidarité et un partage entre Églises à une époque où il y avait beaucoup de prêtres en Europe ; 1000 prêtres français sont partis (du diocèse de Puy, le Père Pierre Riouffrait en Equateur et le père Jean Digonnet précédemment en Colombie et revenu en France, étaient présents à la conférence). Et des religieux et religieuses et laïcs sont aussi partis.
Aujourd’hui on n’y va plus pour dépanner mais plus pour apporter une spécificité de notre culture… Le CELAM, Comité Episcopal pour l’Amérique Latine, a été fondé en 1961 par Mgr Riobé et Michel Quoist, et institutionnalisé en 1976. Aujourd’hui il a pris le nom de Pôle Amérique Latine. Il s’occupe de ceux qui partent, les prépare, les forme…et accompagne leur retour parfois plus difficile que le départ, quand on s’est habitué à vivre autrement c’est difficile de revenir…
Des délégués de chaque pays se réunissent chaque année pour réfléchir. Un des derniers thèmes de réflexion a été « Les visages souffrants du Christ » Aujourd’hui l’Église en Amérique Latine souffre, à l’intérieur de l’Église et à l’intérieur de chaque pays. L’année d’avant cela avait été la violence, la corruption, la drogue, tout ce qui pourrit la vie de ces pays.

Échanges

Les Français sont souvent tenaces dans leurs engagements ; même s’ils se trompent, ils vont jusqu’au bout alors que d’autres s’arrêtent à la première difficulté. Ils acceptent des postes difficiles, ne recherchent pas le pouvoir ou l’argent comme certains autochtones qui voient dans le service de l’Église une promotion humaine…
Les « latinos » ont à nous apprendre le sens du partage et de la fête, le sens du religieux, une vie pauvre mais riche dans cette pauvreté. Leur capacité à improviser, leur proximité de la nature qui vient des religions indiennes d‘autrefois, la compréhension simple de l’évangile, non savante mais partant de l’expérience.
Les défis de ces Églises sont la formation des catéchistes et des responsables de communauté, la religiosité et l’inculturation. Est-ce que le prophétisme est en panne ? Il faut évangéliser ensemble. Les nouveaux évêques sont souvent moins prophètes et proches des humbles que ceux de la génération précédente ; il faut redonner leur dignité à ces peuples ; il y a aussi le problème de la famille souvent éclatée.


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