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Allocution de Mgr Brincard pour le 15 août 2013

vendredi 16 août 2013

Lors de la réception organisée à l’évêché pour saluer les évêques invités à présider les fêtes mariales, Mgr Brincard donnait un double message sur l’actualité du jour.

Pour le croyant, la certitude que la Vierge Marie est au ciel avec son corps est source d’une joie stimulante. En faisant participer sa mère à son triomphe sur la mort, le Sauveur des hommes donne à la Vierge Immaculée d’être un signe d’espérance pour l’humanité en marche vers la plénitude du Royaume de Dieu.

La fête de l’Assomption invite également à réfléchir sur la dignité de la personne humaine. Cette dignité - à laquelle notre corps est associé – doit être respectée en toute circonstance. Est-ce le cas aujourd’hui ? Hélas ! Il faut répondre « non » et s’efforcer de comprendre pourquoi. Voici à mes yeux l’esquisse d’une explication. Par le biais du pouvoir politique, des courants de pensée, influents malgré le petit nombre de leurs adhérents, accélèrent une dérive institutionnelle et législative éloignant de plus en plus notre pays d’un humanisme ayant favorisé, pendant des siècles, l’unité et le rayonnement de notre peuple. A cet humanisme, la foi chrétienne a puissamment contribué en relevant les forces d’une raison parfois défaillante, en apportant aussi à cette même raison la consolation de lumières plus hautes que celles ayant leur origine immédiate dans l’entendement humain. L’étude objective de l’histoire de la France, une histoire qui ne commence pas à la fin du XVIIIème siècle, en fournit la preuve évidente.

Alors posons-nous la question : « Quel service rend-on au pays en s’opposant à cet humanisme au point de refuser que nos institutions continuent à en porter la marque, au point aussi de vouloir que cette sage approche du mystère de l’homme soit ignorée, voire méprisée par les jeunes générations en quête pourtant de vrais repères ? »

D’un tel humanisme, je veux demeurer le serviteur car il respecte le petit et accueille le pauvre. Les constructions autour de notre cathédrale, celle de l’Hôtel Dieu ainsi que celle de l’Hôpital général, en ont constitué pendant des siècles l’émouvant témoignage. Et voici ce témoignage : aucune société ne peut s’arroger le droit de dire à un homme, aussi faible et misérable soit-il, « ton existence dépend de mon bon vouloir. Ta dignité dépend de ton utilité ».

Permettez-moi d’aborder une question au cœur de l’actualité. Cette question est celle-ci : quel est le rôle de la conscience morale dans nos vies et dans l’exercice de nos responsabilités ? A la lumière de la doctrine sociale de l’Eglise, une doctrine trop méconnue, je souhaite rappeler quelques fondamentaux utiles pour la conduite de notre vie.

  • La personne humaine, en elle-même et dans sa vocation, transcende l’horizon de l’univers créé, de la société et de l’histoire ; sa fin dernière est en Dieu lui-même qui s’est révélé aux hommes pour les inviter et les admettre à la communion avec lui. En l’affirmant le croyant donne à la dignité de la personne une nouvelle et admirable grandeur.
  • La dignité de l’homme exige de lui qu’il agisse selon un choix conscient et libre, par une conviction personnelle et non sous le seul effet de « poussées instinctives ou d’une contrainte extérieure ».
  • Une société juste ne peut-être réalisée que dans le respect de la dignité transcendante de la personne humaine. Celle-ci représente la fin dernière de la société qui lui est ordonnée ». Quelle en est la conséquence sinon que la personne ne peut être finalisée par des projets de caractère économique et social.

Nous pouvons maintenant nous livrer à une brève réflexion sur ce qu’est la conscience morale :

  • La vérité à propos du bien et du mal est pratiquement reconnue par le jugement de la conscience qui conduit à assumer les responsabilités du bien accompli et du mal commis.
  • L’exercice de la liberté implique la référence à une loi morale naturelle qui précède et unit tous les droits et tous les devoirs. Cette loi est dite naturelle parce que promulguée par la raison et parce que de ce fait, une telle loi appartient à la nature humaine.
  • Vouloir élever la liberté au rang de « divinité créatrice du bien et du mal, c’est poser un acte liberticide » !
  • Une société qui, à tous les niveaux, désire véritablement demeurer au service de l’être humain, est celle qui se fixe le bien commun pour objectif prioritaire dans la mesure où c’est un bien appartenant à tous les hommes et à tout l’homme. Sous l’angle qui lui est propre, le bien commun est la raison d’être de l’autorité politique.
  • Pour le chrétien, raison et foi sont deux sœurs car l’une et l’autre sont des dons de Dieu. La foi est la sœur aînée car elle fait découvrir à l’homme « ce que l’œil n’a pas vu, ni l’oreille entendu », c’est-à-dire l’immensité de l’amour de Dieu pour nous. La foi et la raison s’entendent si la foi est pleinement elle-même et si la raison est aussi pleinement elle-même. Une des ennemis de la raison est l’idéologie. L’idéologie, c’est une raison qui, soit par ignorance, soit par orgueil, s’enferme dans la contemplation d’elle-même et mesure tout à l’aune d’une raison abîmée par la volonté de puissance. Un des principaux ennemis de la foi est le refus d’aimer effectivement Celui en lequel on croit.
  • Le croyant doit distinguer avec soin les droits et les devoirs qui leur incombent en tant que membres de l’Eglise et ceux qui lui reviennent comme membre de la société humaine. Il appartient aussi au croyant d’accorder harmonieusement les uns et les autres entre eux, se souvenant que la conscience chrétienne doit être son guide en tous domaines temporels car aucune activité humaine, fut-elle d’ordre temporel, ne peut être soustraite à l’empire de Dieu.

Il est maintenant temps de dire quelques mots sur l’objection de conscience. Le citoyen n’est pas obligé en conscience de suivre les prescriptions des autorités civiles « si elles sont contraires à la morale naturelle, aux droits fondamentaux des personnes et aux enseignements de l’Evangile ». En effet, c’est un grave devoir de conscience de ne pas collaborer, même formellement, à des pratiques qui, bien qu’admises par la législation civile, sont en contraste avec la loi de Dieu. Affirmer le devoir de l’objection de conscience, c’est tout simplement reconnaître que le droit naturel fonde le droit positif, que le juste et l’injuste ne coïncident pas nécessairement avec le légal et l’illégal. Sur un point concret au cœur d’une triste actualité, Benoît XVI lance un très grave avertissement : « la structure formelle du mariage doit être aussi reconnue et promue, c’est-à-dire l’union entre un homme et une femme, face aux tentatives de la rendre juridiquement équivalente à des formes radicalement différentes d’union qui, en réalité, la dénaturent et contribuent à la déstabiliser, éclipsant son caractère particulier et son rôle social irremplaçable ».

J’emprunte ma conclusion à saint Augustin : « Fais retour à ta conscience, interroge-la… En tout ce que vous faites, regardez le témoin : Dieu ». Je développe cette conclusion en citant à nouveau Benoît XVI dont les enseignements sont repris avec une grâce nouvelle par son successeur, le pape François : « La qualité de la vie sociale et civile, la qualité de la démocratie dépendent en bonne partie de ce point « critique » qu’est la conscience, de la façon dont on l’entend et de tout ce qui est investi pour sa formation. Si la conscience, selon la pensée moderne prédominante est réduite au domaine du subjectif où sont reléguées la religion et la morale, la crise de l’Occident n’a pas de remède et l’Europe est destinée à la régression. Si au contraire la conscience est redécouverte comme lieu de l’écoute de la vérité et du bien, lieu de la responsabilité devant Dieu et devant les frères en humanité – qui est la force contre toute dictature – alors il y a de l’espérance pour l’avenir ».

A tous et à toutes, je souhaite à nouveau une heureuse et sainte fête de l’Assomption ! Notre-Dame de France, gardez notre pays uni dans la vérité et dans la charité.




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