Accueil du site > Notre Evêque > Archives > Derniers textes > Allocution de Mgr Henri Brincard, à l’évêché

Allocution de Mgr Henri Brincard, à l’évêché

vendredi 22 août 2008

Chers amis,

Je suis heureux de vous recevoir chaque année à l’occasion de la fête de l’Assomption, fête renforçant dans nos cœurs l’espérance. Comme vous avez pu le constater l’évêché est en travaux afin qu’il puisse mieux remplir sa mission au service du diocèse.

Je ne crois pas manquer à la bienséance en commençant par exprimer aux représentants des différents mouvements et services de la pastorale diocésaine ma profonde reconnaissance ainsi que ma respectueuse affection. Notre diocèse s’est courageusement engagé sur la voie d’une annonce de l’Evangile adaptée aux besoins de notre temps. Divers chantiers ont été ouverts comme, par exemple, celui du réaménagement de nos paroisses. Cette vaste entreprise est loin d’être terminée ! Précédés de nécessaires concertations, d’autres chantiers seront ensuite envisagés.

- - : - -
Éminence,

Permettez-moi de vous saluer fraternellement et respectueusement. Votre présence honore le diocèse et m’offre l’opportunité de rappeler que vous avez fait chez nous un long séjour à l’époque où la Compagnie de Jésus assurait encore à Vals une partie de la formation de certains de ses membres. Je suis heureux, Éminence, de vous redire combien le rayonnement des fils de Saint Ignace a marqué la vie de nos communautés chrétiennes. Depuis le temps lointain où Saint Jean-François Régis parcourait les terres alti-ligériennes avec un dévouement dont la source première était son attachement au Christ, jusqu’au temps où vous poursuiviez vos études de philosophie à Vals, la Compagnie a puissamment contribué à enraciner la foi dans les cœurs. La statue de la Vierge Noire que nous avons sous nos yeux évoque sans doute pour vous de nombreux souvenirs car elle se trouvait dans la chapelle de Vals avant d’être offerte à Mgr Jean Dozolme, par la Compagnie.

Dussé-je offenser votre humilité, je rappellerais un mérite que le successeur de Pierre a récompensé en vous conférant la haute dignité du cardinalat. Vous êtes un exégète de grande renommée. Cependant votre formation n’a pas été seulement l’occasion d’acquérir une science exigeant une grande rigueur de pensée mais aussi et plus encore le chemin d’« une connaissance qui tourne à aimer ». En lisant vos ouvrages, une parole de Denys l’Aréopagite à propos d’un de ses disciples m’est spontanément revenue à la mémoire car elle peut – me semble-t-il - vous être appliquée : « Hiérothée est devenu sage non seulement en étudiant le divin mais aussi en l’expérimentant ». Mgr André Fort est un ami de vieille date dont j’admire la profondeur de vue, le sens missionnaire et la sagesse pastorale. Devenu évêque d’Orléans, mon confrère conduit avec prudence et audace ses diocésains sur les chemins plus que jamais actuels de la Nouvelle évangélisation. Alors que Mgr Fort est parmi nous, il me plaît d’évoquer le souvenir d’Isabelle Romée, venue en pèlerinage à Notre-Dame du Puy alors que sa fille Jeanne d’Arc chevauchait vers Reims.

Avec une déférente amitié, je salue les autorités publiques qui m’honorent de leur présence. Par l’amitié et par la prière, nous sommes tous unis à Jacques Volle et à sa famille. Ne pouvant nommer chacun d’entre vous, vous comprendrez qu’en cette circonstance je dise seulement une parole de bienvenue à monsieur Laurent Wauquiez, ministre et nouveau maire du Puy-en-Velay.

Monsieur le Maire, vous savez combien j’ai toujours eu le vif désir de collaborer en bonne intelligence avec ceux qui, en raison de leurs responsabilités, sont au service du bien de tous. Comme vous l’avez à maintes reprises affirmé publiquement, vous avez la ferme intention de mobiliser toutes les bonnes volontés afin d’assurer en de nombreux domaines des progrès porteurs d’espérance.

Chers amis, je suis convaincu que, par sa beauté et par son rayonnement, le sanctuaire de Notre-Dame du Puy, continuera à coopérer efficacement à la renommée de notre ville. En effet, ainsi que nul ne l’ignore, notre sanctuaire est le point de départ de la route la plus ancienne et la plus fréquentée menant à Saint-Jacques de Compostelle. Depuis des années, le nombre de pèlerins connaît une croissance stupéfiante. Qu’il me suffise de mentionner un seul fait : en 2007, plus de dix mille jacquets, bourdon à la main, se sont élancés des pentes du Mont Anis vers le tombeau de l’apôtre. De provenances fort diverses, ces « assoiffés d’absolu » font connaître notre ville en France, en Europe et même sur d’autres continents.

« La construction de l’Europe des cœurs »

La conférence des évêques de France m’a confié l’an dernier la tâche d’être, dans notre pays, son représentant auprès des associations jacquaires et aussi de renforcer les liens entre notre épiscopat et l’épiscopat espagnol. Voilà pourquoi je me suis rendu en juin dernier à Madrid. Voilà également pourquoi, à l’automne, je dirigerai une délégation d’évêques français se rendant à Saint-Jacques de Compostelle en vue de rencontrer l’archevêque de Santiago, Mgr Barrio Barrio.

Après avoir parlé de ma nouvelle responsabilité, permettez-moi d’insister sur un point : plus que jamais, l’Europe a besoin de bâtir son unité profonde sur un idéal résistant aux tempêtes économiques et politiques. Ainsi que son histoire – plus que millénaire en témoigne, le sanctuaire de Notre Dame du Puy a eu dans sa mission « la construction de l’Europe des cœurs ». Cette construction est plus urgente que jamais comme le rappelait Jean-Paul II en lançant cet appel : « Eglise en Europe, la Nouvelle évangélisation est le devoir qui t’attend ! Sache retrouver l’enthousiasme de l’annonce… Que l’annonce de Jésus, qui est l’Evangile de l’Espérance, soit donc ta fierté et ta raison d’être ! Avance avec une ardeur renouvelée, gardant le même esprit missionnaire qui, tout au long de ces vingt siècles, en commençant par la prédication des apôtres Pierre et Paul, a animé tant de saints et de saintes, authentiques évangélisateurs du continent européen » 1 .

Tous les 15-août, il me paraît opportun de proposer une réflexion sur un sujet d’actualité, réflexion me permettant d’engager ensuite avec vous un dialogue fructueux. Permettez-moi donc de dire quelques mots sur le rôle de l’Eglise dans le domaine social, domaine qui ne peut laisser aucun d’entre vous indifférent.

Mon bref propos s’appuiera sur l’enseignement donné par Benoît XVI dans « Dieu est amour ». La réflexion du Saint Père s’articule autour des points suivants :
- Puisque la justice relève directement du devoir de l’État, il en résulte que « la formation de structures justes n’est pas immédiatement du ressort de l’Eglise mais qu’elle appartient à la sphère du politique c’est-à-dire au domaine de la raison responsable d’elle-même ». « L’Eglise ne peut ni doit prendre en main la bataille politique pour édifier une société la plus juste possible »...
- L’Église ne reste pas pour autant à l’écart dans la lutte pour la justice. « Il lui revient, en effet, de contribuer à la purification de la raison et au réveil des forces morales sans lesquelles des structures justes ne peuvent ni être construites, ni être opérationnelles à long terme ». Souvenons-nous aussi « qu’une des missions des fidèles laïcs est de configurer de manière droite la vie sociale en en respectant la légitime autonomie et en coopérant avec les autres citoyens, selon les compétences de chacun et sous leur propre responsabilité »2.
- Dans la société, aucun ordre juste ne rend superflu le service de l’amour… « Il y aura toujours de la souffrance qui réclame consolation et aide. Il y aura toujours de la solitude. De même, il y aura toujours des situations de nécessité matérielle, pour lesquelles une aide est indispensable, dans le sens d’un amour concret pour le prochain ».

Dans l’Église vit « la dynamique de l’amour suscité par l’Esprit du Christ ». « Cet amour n’offre pas uniquement aux hommes une aide matérielle mais également réconfort et soin de l’âme, aide souvent plus nécessaire que le soutien matériel. L’affirmation selon laquelle les structures justes rendraient superflues les œuvres de charité cache en réalité une conception matérialiste de l’homme : le préjugé selon lequel l’homme vivrait « seulement de pain »3 est une conviction qui humilie l’homme et qui méconnait précisément ce qui est le plus spécifiquement humain ».. Nous comprenons ainsi pourquoi Benoît XVI affirme clairement : « L’Église ne peut jamais se dispenser de l’exercice de charité en tant qu’activité organisée des croyants, (..) car l’homme, au-delà de la justice, a et aura toujours besoin de l’amour » 4.

Dès lors il n’y a pas lieu de s’étonner qu’autour de notre sanctuaire marial, aient surgi tant de lieux d’accueil en faveur du plus petit, de la personne souffrante ou de tout être humain dans le dénuement. Jadis, l’Hôpital des « pauvres de Notre-Dame » appelé aujourd’hui « Hôtel-Dieu » a apporté le témoignage de la mission caritative de l’Eglise. Aujourd’hui, cette mission dans notre diocèse a pour nom : le Secours catholique, la Conférence St Vincent de Paul, la Maison Saint François, lieu de vie et de rencontres, Mambré, lieu d’accueil des femmes en difficulté, Habitat et Humanisme proposant un logement adapté et un accompagnement des personnes sans abri… Ne pouvant m’étendre davantage, il me faut arrêter ici de la longue liste d’œuvres issues d’une charité fort active dans notre département.

Au moment de conclure, comment ne pas faire entendre la voix prophétique de Soljenitsyne, un homme dont le courage force d’admiration. Lors d’un célèbre discours à Harvard, le 8 juin 1978, il a analysé avec lucidité la crise spirituelle qui nous secoue. Par un propos plus que jamais d’actualité, il a indiqué sans faux-fuyant le remède : « Nous avions placé trop d’espoirs dans les transformations politico-sociales. Il se révèle qu’on nous enlève ce que nous avons de plus précieux : notre vie intérieure… Il est impératif que nous revoyons à la hausse l’échelle de nos valeurs humaines… Ce n’est que par un mouvement volontaire de modération de nos passions, une modération sereine et acceptée par nous, que l’humanité peut s’élever au-dessus du courant de matérialisme qui emprisonne le monde. Nous n’avons pas d’autre choix que de monter toujours plus haut » 5

A l’heure des Jeux Olympiques, l’interpellation dérangeante de celui dont Jean d’Ormesson a dit qu’il « était un des héros majeurs de la conscience historique de notre temps » résonne fortement à nos oreilles. A l’origine des Jeux, l’idéal professé était profond. Nul ne peut raisonnablement le contester. Mais la réalité – hélas ! - n’a pas toujours été à la hauteur des proclamations. En effet, le sport a été trop souvent transformé en moyen de propagande au service d’égoïsmes nationaux, d’idéologies mortifères ou tout simplement de vils intérêts. Saint Paul pour qui « Vivre est le Christ » nous invite à ambitionner de monter sur un podium dont on ne descend plus jamais ! Ecoutons-le nous dire : « Ne savez-vous pas que, dans les courses du stade, tous courent mais un seul obtient le prix. Courez donc, de manière à le remporter. Tout athlète se prive de tout. Mais eux, c’est pour obtenir une couronne périssable, nous, une impérissable » 6 .

Puisse la fête de l’Assomption nous aider à courir sur le chemin qui nous conduit au bonheur parfait qu’évoque en termes admirables Saint Augustin : « Dans la maison de Dieu, c’est une fête sans fin. Là, point de réjouissance qui passe. Fête éternelle ; le visage de Dieu vu à découvert est une joie inaltérable » 7. Sainte et heureuse fête de l’Assomption à tous !

Henri Brincard évêque du Puy-en-Velay

1 Jean-Paul II, « L’Eglise en Europe », n° 45
2 « Dieu est amour »,. n° 29
3 Mt. 4, 4
4 « Dieu est amour »,. n° 28
5 Le déclin du courage – Harvard – 8 juin
6 I Co 9, 24-25
7 Saint Augustin, Commentaire du psaume 41, 9

Au sujet du 15 août 2008... :
Lire l’homélie du Cardinal Albert Vanhoye
Lire l’homélie de Monseigneur André Fort
Les fêtes en photos




© 2017 - Diocèse du Puy-en-Velay| Plan du site | Espace privé | Mentions légales |  RSS 2.0 Suivre la vie du site