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Au cœur de la foi d’Henri Brincard

jeudi 20 novembre 2014

Homélie du cardinal Philippe Barbarin lors des obsèques de Mgr Henri Brincard en la Cathédrale Notre-Dame du Puy, le 19 novembre 2014. (Transcription réalisée par le diocèse du Puy et qui n’engage pas le cardinal Barbarin). Références des textes : Sagesse 2, 23 - 3,1-6.9 ; Hébreux 10, 19-25 ; Jean 6, 35-40.

Serviteur de la Parole

Frères et sœurs bien-aimés,
Est-ce que l’on a le droit de commencer ce genre d’homélie par un mot d’humour ? Vous allez répondre non. Sauf s’il vient de la bouche, des lèvres de Mgr Brincard. Et voici donc ce qu’il avait dit en pensant à ce moment : « Attention ! Si j’entends que l’on fait mon éloge à mon enterrement, je sortirai du Purgatoire pour empêcher cela ! »
Alors cher Henri, je vais essayer de t’obéir ; d’abord pour t’éviter ce voyage hasardeux et ensuite –et surtout- parce que je sais que ta plus grande joie c’est que la Parole de Dieu résonne dans le cœur de tous ses enfants par le ministère des prêtres, des diacres et des évêques. Ainsi je vais essayer d’être le serviteur de mon frère Henri dans sa mission de pasteur, de vous tous, et d’abord du Seigneur et de sa Parole.

Le cœur de la Foi

Au fur et à mesure que nous entendions ces lectures vous vous posiez la question : Pourquoi a-t-il choisi ça ? Pourquoi ce passage du Livre de la Sagesse, de l’Épître aux Hébreux, de l’Évangile de Jean ? Ma première réaction a été de me dire : je le connais bien, il a voulu donner le centre et le cœur de la Foi.
Il y a trois textes, alors je vais faire mon petit chemin, comme vous l’avez fait au fil des lectures.

Images de Dieu

Quand Dieu nous a donné cette existence, nous disait le Livre de la Sagesse, il a fait de l’homme une image de ce qu’il est en lui-même. Notre ambition : nous avons été faits à l’image de Dieu et si nous pouvions lui ressembler, quel cadeau ce serait pour les autres ! Le cadeau auquel ils ont droit ! Et aussi quelle joie pour nous !
« La vie des justes est dans la main de Dieu » disait le texte. Vous savez, frères et sœurs, un de ses derniers sermons audibles était le sermon de la Toussaint. C’était dans sa chambre, il y a eu très peu de témoins. « L’homme qui ressemble à Dieu ce sont les saintes et les saints. Ils sont dans la main de Dieu et ils sont la parfaite image de Dieu ». C’est ce qu’il a dit, ce qu’il a expliqué dans cette homélie de la Toussaint 2014, il y a quelques jours, quelques semaines. « Nous sommes dans la joie, c’est la Toussaint ! La joie de tous ces frères qui, enfin, ont atteint leur but, leur vocation ». Il sentait que pour lui, ce but était proche. Mais cela a été la trame de toute sa vie.

La sainteté pour programme

La photo qui est là a été prise au moment où a été béatifiée Mère Agnès de Langeac. Au moment de cette béatification, en 1994, il parle franchement à tout son diocèse : « Prions frères et sœurs. Que la sainteté devienne le programme de notre diocèse. »
Voilà une parole bien simple et centrale pour un évêque à son peuple. Le programme de chacun d’entre nous : que nous arrivions enfin à dire à Jésus le « Oui » qu’il attend de nous.
C’est peut-être cela qui nous a le plus touchés dans ces dernières semaines. Cette impression qu’il se remettait complètement en face de Dieu pour dire un vrai, un ultime oui, qui soit le beau résumé de toute sa vie. Nous avons eu de la chance de l’accompagner de près. Malgré cette grande souffrance, on le voyait avancer pour « paraître debout devant le Fils de l’Homme » quand l’heure arriverait. C’était son but, mais c’est aussi le nôtre bien sûr. Je ne veux pas parler seulement de ses derniers moments, mais de toute sa vie.

Attention aux personnes

Beaucoup d’entre vous m’ont dit : vous savez il était véritablement un pasteur, un père pour nous. Quand on était tout seul dans son bureau, on avait l’impression qu’il n’y avait plus que nous. Avec son écoute, il portait une attention incroyable à chacun de nous, faisant comprendre à chacun qu’il était un être unique. Quand il était devant lui, chacun, quelque soit sa condition, quelques soient ses problèmes, sentait une attention délicate. Plusieurs disent l’incroyable quantité de petits conseils qu’il nous donnait, des conseils concrets et très utiles, dans la confession, dans une retraite et tous ceux qui ont été préparés au mariage par lui… Nous sommes très nombreux à lui dire merci.
Quand j’allais le voir ces derniers temps dans la clinique de Caluire –la Clinique protestante que je veux vraiment remercier devant tout le monde car ils ont été admirables à son égard- quand je partais il me disait : « Philippe, s’il te plait, prends le temps de saluer les infirmières, les aides-soignantes et tout le monde. Tu n’imagines pas combien ils sont gentils avec moi. Et puis c’est très important ! »
J’obéissais, comme un frère en essayant de faire ce qu’il me disait. Elle s’applique bien cette phrase, et c’est une belle ambition pour nous vous ne trouvez pas ?
« Quand Dieu nous a créés, pour une existence qui va traverser la mort, pour une existence impérissable », il veut que dans le plus concret de la vie quotidienne nous soyons à son image. Que les autres puissent, à travers nos paroles et nos attitudes comprendre à quel point ils sont aimés par Dieu.

Le corps de Jésus

Puis vient la deuxième lecture . J’ai l’impression qu’il l’a choisie parce que c’est vraiment le centre de sa foi.
« Avancer avec assurance pour entrer dans le véritable sanctuaire », la maison où nous sommes attendus, où Jésus est parti nous préparer une place. Les apôtres n’étaient pas très contents. Ils auraient voulu le garder pour restaurer la royauté en Israël. Jésus, quand il est parti, ne nous a pas abandonnés. Il voulait nous préparer une place. Et un jour, comme le dit ce texte, le rideau du sanctuaire se déchire et nous voyons cette place. Curieuse expression de l’épître aux Hébreux : ce rideau c’est la chair de Jésus, le corps de Jésus.
Aimer Jésus ! Avec Henri je dirais « aimer jésus et sa sainte Mère ». Plusieurs fois je l’ai entendu dire cette phrase étonnante pour moi et que je ne suis pas sûr d’avoir bien comprise : « Ne regardez pas trop la Croix, regardez surtout celui qui est dessus ». La chair de Jésus, livrée, déchirée, qui était comme ce voile du sanctuaire qui s’ouvre, est une immense lumière d’espérance que Jésus fait entrevoir au Bon Larron : « Aujourd’hui tu seras avec moi dans le Paradis. »

Auprès de la Croix avec Marie

En disant l’attachement de Mgr Brincard à la Croix du Christ, je n’invente rien : c’était sa devise. En 1988, quand il devient évêque, il choisit cette devise : « Juxta Cruxem cum Maria ».
À côté de la Croix il n’y a plus grand monde ! Comme le disciple bien-aimé, qui envers et contre tout, essaie de rester là, à côté de la croix avec Marie. Avec Marie. Comme au début de l’Évangile on entend le juste Joseph, comme à la fin avec le disciple bien-aimé : il la prit chez lui.
Henri Brincard l’avait prise chez lui ! Je l’entends me commenter sa nomination au Puy en 1988 : « Moi, évêque ! La seule raison pour laquelle j’ai accepté, c’est qu’ils m’ont nommé dans un grand sanctuaire marial. Alors je sais qu’elle sera avec moi et qu’elle va m’aider ».
C’est toi cher Henri, qui m’a fait relire le Concile Vatican II sur ce point en m’expliquant qu’auparavant on allait vers Jésus par Marie et maintenant quelque chose a changé : elle n’est pas simplement un chemin vers, elle est avec nous. Passer du « par » au « avec ». En compagnie de la Vierge Marie, qui est toujours avec nous, qui veille sur nous, qui nous encourage comme une mère, qui nous fortifie dans nos moments difficiles.
Frères et sœurs du diocèse du Puy vous le savez : c’était encore son dernier message de carême en 2014. « Mes chers diocésains, prenons la main de la Vierge Marie, elle sait nous encourager. C’est simplement le mot qui est dans l’Écriture et qu’il avait choisi : « Encourageons-nous, d’autant plus que nous sentons approcher le Jour du Seigneur. »

Fidélité

Quelle belle fidélité au fond, dans toute sa vie. Et dans les derniers moments, quand on lui disait : Henri, laisse-toi un peu faire, maintenant il faut te battre contre ta maladie. Laisse les choses. On avait l’impression que c’était un oubli héroïque de sa propre situation. Jamais il ne disait un mot de sa maladie et il voulait accomplir sa mission jusqu’au bout, jusqu’à l’extrême, et même au-delà de l’extrême.
Vous savez, c’est la grande joie de l’évêque, et le cœur de sa mission, le jour où l’on nous remet cet anneau et où celui qui nous consacre dit : « Recevez cet anneau, signe de fidélité. Gardez dans la pureté de la foi l’épouse de Dieu, la Sainte Église. » Voilà la mission de l’évêque. Nous savons, nous devinons, à quel point elle était pour lui chère, importante, essentielle.

Pain vivant

Puis vient l’Évangile. Avec ce cadeau, le cadeau suprême : « Je suis le pain vivant descendu du ciel » dit Jésus. « Celui qui croit en moi n’aura plus jamais soif ». C’était sa force, c’est notre force. Nous avons besoin de manger pour vivre : on peut dire que Jésus a pris la comparaison la plus simple, celle que tout le monde peut comprendre. Il faut manger le pain de Dieu sinon notre baptême ne sera pas nourri et il va défaillir. Notre foi ne pourra plus vivre. Nous sommes responsables de la vie de Dieu en nous, de sa présence et de sa demeure.

N’en perdre aucun

« Je suis le pain vivant descendu du ciel ». En lisant ce texte, je me suis dit que ce n’est pas pour cela uniquement qu’il l’avait choisi, mais pour une petite phrase de la fin qui devait être très importante pour lui. Jésus dit : « La volonté de mon Père, de celui qui m’a envoyé, c’est que je ne perde aucun de ceux qu’il m’a donnés. » Et là je le vois : le bon pasteur de la Haute-Loire et du diocèse du Puy. Que personne ne soit perdu, s’occuper de tout le monde. Vraiment de tout le monde ! Les fidèles de la Haute-Loire avec un contact direct, comme il les aimait.
Il nous parlait de vous, frères et sœurs, souvent, dans l’amitié fraternelle qui nous lie entre évêques. « Ce que j’aime beaucoup en Haute-Loire, disait-il, c’est les gens qui sont là, qui vivent là. Leur bon sens. Ce que j’aime le plus c’est le pèlerinage de Lourdes. J’ai l’impression d’être au milieu de mes diocésains pendant des jours et des jours, dans le sanctuaire marial. Là, je jubile ! » Être tout le temps avec vous dans ce partage de la foi : quelle joie profonde pour lui.
Et les prêtres de son diocèse ! Je prendrai à témoin mes frères évêques : Je ne sais pas si il y a un seul évêque qui ose parler des prêtres de son diocèse comme lui le faisait. Il avait cet adjectif possessif qui nous fait toujours un peu peur : « Mes prêtres ; c’est un de mes prêtres ; tu comprends c’est mon prêtre… ». C’est très beau et en même temps il faut avoir la pureté du cœur pour arriver à le dire avec une telle simplicité. Il fallait certainement que tous soient aimés et suivis : je veux n’en perdre aucun ! Mais pas seulement les prêtres de son diocèse : tous les autres. Les artistes ; les familles, et elles étaient aimées, que l’on se souvienne du Jubilé de l’an 2000 ; les paroisses, chacune des paroisses ; mais aussi les intellectuels, il n’avait rien renié de sa formation ; les universitaires ; et aussi les futurs prêtres et les vocations. À la fin de la prière universelle il lui arrivait d’interrompre celui qui lisait les intentions : « Vous en avez oublié une ! On va rajouter une prière pour les vocations ». S’il elle n’est pas prévue tout à l’heure et bien ajoutez-la, frères et sœurs, vous serez fidèles à sa pensée. On savait que c’était pour lui quelque chose de très important. Est-ce que ce peuple aura toujours les serviteurs dont il a besoin ? Intention importante dans le cœur de tout évêque.

Résurrection

Voilà ce que je voulais partager avec vous, devant lui, sous son regard fraternel, sous son sourire peut-être.
Je voudrais terminer par la dernière phrase de l’Évangile. Elle est tellement belle ! Une phrase de Jésus, bien sûr. Vous allez voir à quel point elle s’applique à vous tous. Mais aujourd’hui dans notre prière, nous allons l’appliquer à lui, Henri Brincard. Vous avez entendu ce que Jésus dit dans le discours du pain de vie : « Moi, je le ressusciterai au dernier jour. »




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