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Bioéthique et téléthon : le temps du dialogue

mercredi 14 novembre 2007

Le 5 octobre 2007, l’Enseignement catholique et la Pastorale de la santé du diocèse du Puy-en-Velay rencontraient les responsables nationaux et locaux de l’Association Française contre les Myopathies (A.F.M.) organisatrice du Téléthon. Mgr Brincard a apporté sa contribution à la reflexion. Lors de l’Assemblée des évêques de France en novembre à Lourdes, le nouveau président, le cardinal Vingt-Trois revenait également sur ce thème.

Notre mission, c’est aussi d’alerter les consciences de nos contemporains. Nous le savons, les occasions ne manquent pas. La prochaine révision des lois de bioéthique supposera des interventions qualifiées auxquelles une cellule de notre conférence travaille déjà. Mais, plus profondément que les prises de position nécessaires sur tel ou tel sujet particulier, c’est tout un état d’esprit qui est en cause, une mentalité. Tous doivent travailler à ce niveau de profondeur où affleure la question de l’homme, de sa dignité et de sa vocation. Nous ne pouvons rester comme des chiens muets quand nous voyons se développer une sorte d’instrumentalisation rampante de la personne humaine. On le constate aussi bien dans les domaines économiques et sociaux que dans le domaine de la bioéthique. Jusqu’où irons-nous dans l’utilisation et l’exploitation de l’être humain pour la satisfaction de nos désirs, même légitimes, même généreux ? C’est à la lente transformation des attentes et des requêtes de nos contemporains que nous devons travailler sans relâche. Nous devons avoir le courage de leur dire que notre mode de vie actuel ne pourra pas être préservé sans grave dommage pour l’avenir : dommage écologique mais aussi dommage financier des dépenses faites sur le compte des générations futures, misère culturelle et misère affective.

C’est à ce niveau de réflexion que se situent les questions que nous avons posées à propos du téléthon. Nous pensons d’abord aux jeunes malades et à leurs familles, à leurs espoirs de guérison et à leur courage. Nous admirons la générosité qui anime ceux qui participent au téléthon et nous n’avons pas l’intention de jeter le discrédit sur cette générosité qui porte des fruits. Des chrétiens nombreux se joignent à ce grand mouvement de solidarité comme à d’autres initiatives qui ne sont pour autant ni confessionnelles ni implantées dans des organisations ecclésiales. Mais la générosité ne légitime pas tout. Nous souhaitons donc que chacun réfléchisse et que soient entendues les graves questions que nous avons soulevées : tri embryonnaire, utilisation des cellules embryonnaires et médiatisation de jeunes malades. Ces questions ne sont pas seulement les nôtres, mais nous devons les formuler.

Cardinal Vingt-Trois Discours de Cloture de l’Assemblée des évêques de France Novembre 2007

Intervention de Mgr Brincard lors de la soirée-Débat sur le thème : "Rencontre entre l’Enseignement Catholique et le Téléthon : le temps du dialogue"

Introduction

Je remercie chaleureusement notre Directeur de l’Enseignement catholique ainsi que notre responsable de la Pastorale de la Santé d’avoir si bien organisé cette rencontre avec Christian Cottet, directeur général de l’Association Française de Lutte contre les Myopathies (A.F.M) et avec le représentant local de cette Association Jean Guy Andreolotti. Une telle rencontre manifeste la volonté de dialogue de notre Eglise diocésaine, une volonté qui ne lui a jamais fait défaut, ce dont je me réjouis grandement. Nul ne conteste les mérites de l’A.F.M, mérites qui nous seront certainement rappelés ce soir. Cependant un vrai débat existe, débat concernant des questions auxquelles il est impossible de se dérober sous peine de tomber dans une légèreté coupable. C’est pourquoi, dans le temps qui m’est imparti, je voudrais proposer une brève réflexion sur ce que nous entendons par dignité de l’être humain et en tirer quelques conclusions au sujet des relations entre l’Eglise catholique et l’A.F.M.

A - Rappel de quelques Fondamentaux concernant la dignité de l’être humain :

1 — Dès sa conception, l’être humain est pourvu d’une dignité inaliénable et ceci, à tous les stades de son développement. Comme l’a rappelé en son temps le Cardinal Louis-Marie Billé et ensuite plus récemment le Cardinal Jean-Pierre Ricard, l’embryon humain n’est jamais une « chose », autrement dit un « objet » utilisable au gré d’intérêts divers, même si, parmi ces intérêts, il y en a de plus nobles parce qu’ils se veulent au service de causes dignes de grande considération.

2 — Le respect de la dignité des embryons humains est fondé sur celui du « Droit à la vie », un droit si fondamental qu’il est nécessaire de le promouvoir en toute circonstance, surtout quand il s’agit d’êtres humains, soit innocents et sans défense soit connaissant - notamment au terme de leur existence, des souffrances si intenses qu’elles rendent impossible un exercice réel de la liberté.

3 — La raison humaine pleinement exercée et une foi chrétienne lucide s’accordent à dire, chacune selon sa perspective, que l’être humain est pourvu de droits que nul ne peut contester sans ébranler les assises d’une société, assises fondées sur les exigences objectives de la justice et aussi sur les exigences de ce que nous appelons aujourd’hui « une vraie convivialité ». Il en résulte qu’aucune personne ni aucune institution ne peuvent s’arroger le pouvoir de dire à un être humain : « Tu es un être humain dans la mesure où je l’ai décidé selon des critères qui me conviennent ».

Notons également que, par des chemins différents, l’approche scientifique, l’approche éthique et enfin l’approche chrétienne de l’homme, convergent, dans les conclusions que voici :

a) La science affirme qu’il n’y a aucune solution de continuité dans le développement de l’embryon humain lequel, dès l’instant de sa conception, possède un patrimoine génétique propre.

b) Fondée sur les exigences de la raison, l’éthique est en mesure d’affirmer que l’embryon humain n’est pas qu’une « cathédrale de molécules » mais un être dont la dignité est pourvue de droits inaliénables.

c) La foi chrétienne proclame sans ambages sa volonté ferme de servir en toute circonstance la dignité humaine, dignité comportant une grandeur sacrée, celle d’être à « l’image et à la ressemblance » d’un Créateur qui est « Lumière et Amour ».

B - Importance du dialogue au sein d’une société cherchant ses repères.

Pour autant que cela dépende d’elle, l’Eglise catholique, encouragée par le concile Vatican II, a le souci permanent de promouvoir dans toutes les directions des dialogues constructifs afin d’approfondir sans cesse la vérité de l’homme et de faciliter ainsi une juste compréhension des droits et devoirs de la personne humaine. C’est pourquoi, et je suis heureux de l’affirmer à nouveau, l’initiative qui, ce soir, aboutit à notre rencontre, me remplit d’espérance.

C - Le dialogue de l’Eglise catholique avec le Téléthon est un dialogue de grande portée.

Comme chacun sait, une des qualités d’un dialogue en vérité est la loyauté et la franchise. Afin que le dialogue soit plus fructueux, il me paraît important de rappeler les points suivants

a) L’Eglise catholique se réjouit de tout progrès médical permettant, dans le respect de la dignité humaine, de soulager la souffrance et de conduire, autant que possible, à la guérison. A ce sujet, il me semble opportun de souligner qu’au cours des siècles, et de bien des manières, l’Eglise catholique n’a cessé de témoigner d’une vraie compassion à l’égard de ceux qui souffrent. Qui peut en douter ? De même, l’Eglise catholique a souvent manifesté sa volonté inébranlable de servir de mieux en mieux les petits, les pauvres ainsi que ceux qui se trouvent dans le besoin. A titre d’exemple et au risque de faire des choix trop limités, qu’il me soit permis de citer ce soir l’oeuvre extraordinaire qu’ont été, au Puy, dans le passé, l’Hôtel-Dieu et l’Hôpital général et, aujourd’hui, la maison d’accueil des soeurs de Saint François ainsi que la structure d’accueil appelée « Mambré »...

b) Au nom de la défense d’une dignité à laquelle la foi chrétienne confère une grandeur nouvelle, l’Eglise catholique, avec le soutien d’heureuses et nombreuses collaborations assurées par des hommes et des femmes de bonne volonté, est fermement décidée à servir toujours mieux une dignité humaine dont nous savons, par ailleurs, qu’elle demeure aujourd’hui menacée comme -hélas- cela fut trop souvent le cas dans le passé. C’est pourquoi la foi chrétienne s’interdit de considérer l’être humain comme un objet. Ajoutons que le souvenir de tragiques dérives du XXème siècle invite ceux qui ont à coeur d’assurer l’avenir de nos sociétés, à demeurer aujourd’hui plus que jamais vigilants.

c) Le Téléthon bénéficie d’une couverture médiatique exceptionnelle. Il reçoit, par conséquent, des fonds considérables facilitant la mise en oeuvre de ses ambitions. Malheureusement, il n’en va pas de même d’associations non moins méritantes oeuvrant en des domaines où la souffrance est grande et les urgences évidentes, par exemple en ce qui concerne la trisomie 21 ou bien, en élargissant le périmètre des pathologies graves, en ce qui concerne diverses maladies génétiques frappant cruellement des enfants.

En vue de faciliter des choix qu’il appartient à chacun de faire en conscience, il est demandé aux associations d’être parfaitement claires sur leurs objectifs ainsi que sur l’utilisation précise des fonds collectés.

Dans le contexte actuel du fonctionnement du « Téléthon », et selon les dires de ses responsables, puisque les choix de l’association sont légaux, l’approche éthique relève seulement de l’appréciation individuelle. Cette identification du légal et de l’éthique est abusive. En effet, l’histoire du XXème nous rappelle, de manière tragique, à quoi a conduit, en certaines circonstances, une telle identification.

A mes yeux, il me paraît donc indispensable que les donateurs aient l’assurance que leur contribution ne servira jamais à des actions qu’ils jugent contraires à leurs convictions éthiques ou religieuses. Autrement dit, l’affectation des dons, doit - en toute justice, être conforme à des objectifs ouvertement affichés, et répondre aux choix mûrement pesés des donateurs. Par conséquent, il me paraît nécessaire que les donateurs, s’ils le désirent, puissent faire ce qu’on appelle « des dons fléchés ».

Conclusion

Je souhaite que le Téléthon concilie toujours mieux le respect de la dignité humaine et une recherche médicale qui ne peut, sous prétexte d’une fallacieuse efficacité, oublier cette dignité. Comme l’histoire nous le montre aussi, la recherche médicale, par d’incessants progrès, parvient à surmonter certains dilemmes en explorant plus avant des voies porteuses d’avenir et aussi pleinement respectueuses de la dignité de la personne humaine.




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