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Citoyenne, éprise de justice, nourrie de l’Évangile... Rencontre avec Aline BARRY

vendredi 24 juillet 2009

Quand sonne l’heure de la retraite, certains sont désemparés … Ce n’est pas le cas d’Aline. Retraitée depuis trois ans, elle a une vie bien remplie, notamment par plusieurs engagements.

Aline : Certains de ces engagements sont très anciens ! Je pense à JALMALV ou encore au C.C.F.D. . Je travaillais encore quand je m’y suis investie. Pour JALMALV par exemple, c’était un peu en lien avec mon travail, une sorte de continua-tion : soigner et accompagner des personnes.

Quelle était votre profession ?

J’étais infirmière à Sainte-Marie au-près des personnes âgées atteintes pour beaucoup par la maladie d’Alzheimer, c’est-à-dire les plus démunies. Ce travail m’a donné en-vie de m’engager : je voulais faire savoir que l’accompagnement des personnes jusqu’au bout fait partie des soins. Au moment de la retraite, de simple adhérente à JALMALV, je suis devenue active. J’interviens au titre de la formation des bénévoles qui accompagnent jusqu’au bout les personnes en fin de vie, dans les maisons de retraite, les hôpitaux ou à domicile, par une présence, une écoute…

Ce métier d’infirmière, c’était une vocation ?

Je ne sais pas si on peut parler de vocation, en tout cas j’ai toujours voulu le faire et j’y ai certainement été encouragée par ma mère ! Je cherchais un métier de relation et si je me souviens bien, c’est passé par toutes sortes d’hypothèses : j’aurais pu être l’épicière du village, le facteur, ou tout autre profession qui me mettait en contact avec les autres. Mais j’avais aussi besoin, à travers ce contact, d’apporter un mieux-être aux personnes. En moi, c’était comme une intuition au dé-part, qui s’est affermie en exerçant. J’ai débuté comme infirmière à domicile dans le secteur de Fay-sur-Lignon, et j’ai découvert des conditions de vie difficiles : la rudesse du climat, l’isolement… J’ai découvert aussi une sorte de prise en charge des personnes, un côté social et tellement humain !

Quand vous parlez de "prise en charge", n’avez-vous pas peur de tomber dans l’assistanat ?

Il y a un risque, c’est vrai et j’ai dû combattre ce côté un peu "maternant" de mon caractère. En fait, je parle plutôt du côté humain de la relation, même d’une prise en charge "affective", mais pas le côté qui ne laisse pas la place à l’autre. Pour moi, c’est un souci permanent dans la vie, même si je me trompe de temps en temps ! J’ai toujours veillé à ne pas rendre les gens dépendants. Dès le départ, j’étais dans une notion de "service" et ça ne m’a pas lâchée !

Vous avez mentionné tout à l’heure le C.C.F.D, c’est aussi une vieille histoire pour vous ?

Oui, il y a plus de 20 ans que je mi-lite au C.C.F.D. C’est très prenant, mais primordial par rapport à mon engagement en Église et à ma vie citoyenne. Au départ, j’ai répondu à une demande de l’A.C.O , qui me sollicitait pour représenter le mouvement au Comité diocésain du C.C.F.D.

Voyage d'immersion au Niger, avec le C.C.F.D.

Et vous y êtes encore ! Alors, qu’est-ce qui vous y retient ?

Le fait qu’on donne la possibilité à des personnes, par le moyen d’associations, de créer des projets de développement qui correspondent à leurs besoins et de les aider à les mener à terme, dans l’autonomie, le respect de l’autre, en laissant sa place à chacun. En fait, tous mes engagements s’alimentent les uns les autres ! C’est ainsi que dernièrement, j’ai accepté de représenter l’A.C.O. à la commission "Éducation au développement" du C.C.F.D. C’est un engagement au plan national. Nous avons trois rencontres par an, à Paris. Au C.C.F.D., j’ai appris beau-coup de choses. Disons que j’y ai acquis une dimension plus globale sur le plan de la connaissance de l’économie, de la politique, et même de l’écologie : cela me renvoie à ma vie citoyenne. Et puis il ne faut pas oublier la richesse des relations humaines. Personnellement, j’ai la chance de faire la relecture de tout cela en révision de vie, en équipe A.C.O., ce qui me permet d’en prendre vraiment toute la dimension.

Vous dites que ces engagements sont très anciens, alors, la retraite, ça a changé quoi ?

Alors, oui, j’ai continué ce que je faisais avant, et en plus j’ai fait le choix des Migrants. Parce que je connais les problèmes des pays du Sud à travers le C.C.F.D., les problèmes des migrations me touchent particulièrement. Je voudrais faire prendre conscience aux Chrétiens de l’importance de la parole de Jésus, dans l’Évangile de Matthieu : "J’étais un étranger, vous m’avez accueilli". On ne peut pas rester indifférent. Si l’on ne tient pas compte de l’aide au développe-ment, les choses ne changeront jamais et ces êtres ne seront jamais considérés comme des êtres dignes. Les problèmes de développement ne sont pas nouveaux. De-puis des siècles, les pays du Nord ont exploité les ressources des pays du Sud, et continuent à le faire, notamment avec les multinationales. On voudrait imposer notre mode de développement et de culture, et que tout le monde fonctionne sur le même mode : le mode libéral. Ces règles qui régissent le monde continuent d’appauvrir les pays du Sud. Les partenaires que nous rencontrons nous en informent : ils sont les porte-parole de leur Peuple.

Avec l'équipe de la Pastorale des Migrants

Les pays du Sud font aussi les frais de pouvoirs corrompus, c’est vrai, mais pourquoi ? Est-ce que nos pays du Nord n’ont pas favorisé cet état des choses ? Pour moi, il est important qu’il y ait des associations libres et in-dépendantes de tout pouvoir politique, qui soutiennent les associations sur place.

JALMALV, le C.C.F.D., la Pastorale des Migrants, l’A.C.O… On a l’impression que vous êtes investie totalement vers les autres

Oui, j’y crois fortement. Je crois aux messages donnés. Je suis sûre que, là où je suis, il faut que je mette ma petite pierre. Ce que j’ai de convictions, de certitudes même, je ne peux pas le garder pour moi. Je sens un appel à me tourner vers les plus petits, ceux qui ne peuvent pas se défendre, ceux qui ont besoin d’aide pour se faire entendre.

Où puisez-vous les ressources nécessaires à ces engagements ?

J’ai eu la chance d’avoir des parents très unis, très présents, et de très bons éducateurs, particulière-ment des Religieuses. J’ai démarré très tôt avec les mouvements : le M.R.J.C. pour commencer, puis l’A.C.O…. Je puise aussi beaucoup dans les rencontres diverses. Certaines personnes en particulier m’ont permis de poser des jalons. J’ai eu des modèles qui ont incarné mes désirs de justice : j’ai toujours été très sensible à l’injustice.

Et puis, dès la naissance j’ai connu Jésus ! J’étais dans une famille croyante et pratiquante. J’ai baigné dedans, ça m’a suivi toute la vie. J’ai eu des moments de révolte (j’en ai encore !) toujours suivis de recommencements, en partie grâce à l’A.C.O. Je me dis d’ailleurs que sans l’A.C.O., j’aurais peut-être tout laissé tomber. Dans l’Évangile j’ai retrouvé ce désir de justice, je le retrouve aussi dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme : ça part essentiellement du Christ, et ça me ramène à Lui. Quand je me mets à réfléchir sérieusement, je me dis que je me retrouve dans son combat. Je crois en Christ ressuscité : je le retrouve entre autres dans les partenaires du C.C.F.D., modèles d’Espérance très forte. Ils ne se laissent pas abattre par les moindres difficultés. Je Le retrouve aussi dans tous les gestes de solidarité, dans tous les combats pour le respect de la dignité humaine.

Quand j’assiste à la messe, j’aime dire haut et fort "Pour la Gloire de Dieu et le salut du monde"…




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