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Dieu transforme

jeudi 26 janvier 2012, par P.B.Planche

Deux célébrations, le 20 janvier à Yssingeaux et le 25 janvier au Puy, ont marqué la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens. Au Puy, la prédication était assurée par le pasteur Dieny, ancien pasteur du Puy retiré à Brives-Charensac. Vous trouverez ci-dessous le texte de son homélie. Au terme de la rencontre, le Père Vialla, au nom des catholiques le remerciait : « M. le pasteur, vous avez dit avoir fait un rêve. Moi je crois avoir eu une vision en vous écoutant celle du vieillard Siméon au temple de Jérusalem contemplant la lumière venue jusqu’à lui ».

Enthousiasme et apocalypse

Quand on m’a téléphoné pour me demander si je pouvais me charger de cette homélie, j’ai répondu par l’affirmative sans connaître le texte à commenter. Quand j’ai pris connaissance de ce texte (1 Corinthiens 15,51-58), je me suis dit que si je l’avais d’abord lu, je n’aurais peut-être pas répondu favorablement, me jugeant peu compétent pour en tirer une méditation. C’est que l’Apôtre Paul emploie dans ce chapitre un langage bien particulier, très courant dans la culture juive de son temps, le langage apocalyptique. Et ce langage est bien éloigné du nôtre, comme notre culture occidentale est bien éloignée de la culture juive du 1er siècle.
Au fait, l’Apocalypse, vous connaissez ? C’est le dernier livre de la Bible. Il décrit de manière très imagée les évènements qui marqueront la fin des temps et qui y paraissent souvent catastrophiques. Ce mot a fini par prendre ce sens là. Quand on dit d’un évènement très violent qu’il a été une véritable apocalypse, on signifie par là qu’il a été une vraie catastrophe. Or ce mot vient de la langue grecque dans laquelle il a un tout autre sens : il ne s’agit pas de catastrophe, mais de la découverte, du dévoilement, de la révélation d’une réalité cachée. Et justement, l’Apôtre Paul dit, au début de notre texte : « Je vais vous faire connaître un mystère » autrement dit : « je vais vous révéler ce qui vous est caché ».
Essayons donc voir plus clair dans ce qui peut nous paraître au départ si mystérieux.

Déjà là et pas encore

Paul emploie deux temps différents : le futur et le présent. « Tous nous serons transformés » et plus loin « Dieu nous donne la victoire en Jésus-Christ notre Seigneur ». Ainsi, cette transformation qui est victoire de Dieu nous est déjà donnée, mais elle est encore à venir. Comme il a raison, l’Apôtre, de vouloir rendre grâce à Dieu pour cette merveilleuse promesse. Ce que nous attendons avec tant d’impatience nous est déjà donné, même si ce n’est pas encore réalisé en plénitude. Nous vivons dans le déjà là et le pas encore.
Pensez à l’unité des chrétiens, pour laquelle nous prions ce soir. Nous serons transformés et cette unité sera pleinement manifestée. Mais ce soir, je vous le dis : Dieu nous a déjà transformés. N’est-ce pas ce que nous signifions dans le baptême ? Ce sacrement est le signe de notre nouvelle naissance, la naissance de l’homme spirituel dans la personne même de l’homme naturel, de l’homme « corruptible » selon l’expression de l’Apôtre. La voila, notre transformation. Elle nous rassemble ce soir dans l’unité de cette célébration. Et c’est Dieu qui nous la donne, cette unité. C’est sa victoire en Jésus-Christ notre Seigneur. Sa victoire sur nous, nos lenteurs, la pesanteur de l’Histoire et de nos traditions. Sa victoire nous réunit ce soir dans la prière, elle nous permet de nous considérer tous, les uns et les autres, comme les frères et les sœurs d’une même famille. Et c’est l’oeuvre du Saint Esprit.

J’ai fait un rêve

Nous venons de parler du Saint Esprit. C’est lui qui produit en nous dès maintenant les transformations nous conduisant à l’unité. Le Prophète Joël, peut-être contemporain du Prophète Habakuk, a prononcé plusieurs siècles avant la Pentecôte ces paroles : « Après cela (dit Dieu), je répandrai mon Esprit sur toute chair. Vos fils et vos filles prophétiseront, et vos vieillards auront des songes…. »
Le vieillard qui vous parle, rendu songeur à la lecture de ce texte, a fait un songe.
Voici, Dieu abaissait son regard sur la terre. Et Dieu était consterné. Il voyait son Église couverte de poussière, la poussière déposée au fil des siècles, une église divisée, morcelée, composée de multiples institutions allant jusqu’à s’opposer les unes aux autres, chacune croyant sincèrement être dans le droit chemin. Cela faisait beaucoup de chemins. Et Dieu vit tous ces chemins, les uns tout droits, d’autres tortueux, avec des carrefours aux poteaux indicateurs contradictoires car chaque institution avait voulu afficher son poteau. Aussi les gens avaient des doutes sur la direction à prendre, et plutôt que de se perdre, ils préféraient rentrer chez eux, de sorte que les Eglises se vidaient. Alors Dieu décida d’intervenir : Il souffla sur les Eglises avec puissance, de toute la force de son Esprit. Et la poussière s’envola commença à disparaître, et les brisures de l’Eglise apparues au cours de l’Histoire eurent un début de cicatrisation.
Oui, Dieu nous donne la victoire par son Fils Jésus-Christ. Il souffle puissamment sur son Eglise. Et elle retrouve un second souffle.

50 ans de Vatican II

Ceci n’est pas seulement un songe. C’est la réalité. Et voici pourquoi j’ose l’affirmer.
Y pensez-vous ? Cette année est le 5Oème anniversaire du Concile de Vatican II. Le 11 octobre 1962 s’ouvrait la séance inaugurale. Le Pape en fonction était alors Jean XXIII. Le 25 janvier 1959, il avait annoncé à la surprise générale qu’il envisageait de réunir un concile pour l’Eglise universelle, avec deux objectifs à préciser : « l’adaptation de l’Eglise et de l’apostolat à un monde en pleine transformation et le retour à l’unité des chrétiens » « Lors de l’ouverture solennelle, le 11 octobre 1962, Jean XXIII met en garde l’assemblée contre la tentation pessimiste et intégriste » « Il s’agit moins pour l’Eglise de lutter contre des adversaires que de trouver un mode d’expression pour le monde dans lequel elle vit et qui l’ignore. « Il faut secouer la poussière impériale » qui recouvre l’Eglise » « Il faut secouer la poussière impériale », telle est l’expression de Jean XXIII lui-même. A 81 ans, ce vieillard (pour reprendre le terme employé par le prophète) avait fait lui aussi un songe. Et le souffle de l’Esprit annoncé par Joël était en plein travail.
Quatre ans plus tard, nommé pasteur de l’Eglise Réformée du Puy en Velay, je croyais arriver dans une Cité mariale dominée par le catholicisme. Je me voyais comme le berger d’un tout petit troupeau d’hérétiques irréductibles Et voila que je découvrais tout autre chose : une Église catholique ouverte, attentive, curieuse de nous mieux connaître, fraternelle. Je faisais connaissance avec Monseigneur Dozolme qui nous accueillit, Aline mon épouse et moi, à sa table, et qui nous fit l’honneur de venir prendre un repas chez nous. C’était l’époque où fut fondée la Chorale Œcuménique, que dirigent toujours M et Mme Millet. Avec la paroisse de St Antoine, nous avions créé un groupe de jeunes, animés par le Père Feidt et moi-même dans une collaboration fraternelle que je n’oublierai jamais. Monseigneur Feidt, merci du fond du cœur de m’avoir permis de vivre ce souffle de l’Esprit. Merci pour cette poussière qui s’envole peu à peu. Le songe des vieillards a pris vie.

Les fruits

Bien au-delà de notre histoire locale, je voudrais voir les fruits de ce grand souffle de l’Esprit dans certaines manifestations dont plusieurs concernent particulièrement les jeunes.
Je pense d’abord à la Communauté de Taizé où des milliers de jeunes se réunissent régulièrement, organisant à la fin de chaque année un rassemblement mondial dans une ville de notre monde avec des dizaines de milliers de participants. Je suis allé moi-même à Taizé, en ces années 7O, quand on disait que « Dieu est mort ». Et là, j’étais mêlé à des centaines de jeunes agenouillés et recueillis dans un profond silence méditatif entrecoupé de chants brefs et répétés. Le souffle de l’Esprit était là comme une légère brise, « un murmure doux et léger » comme celui qu’entendit le Prophète Elie lorsqu’il se trouva en présence de son Dieu, devant la grotte qui lui servait de refuge alors que le Roi Achab voulait le faire mourir.
Je pense aussi au « grand Kiff », ce rassemblement d’un millier de jeunes protestants à Lyon il y a trois ans. Le sens de ce mot arabe a été déformé en occident où il désigne une drogue. En arabe, il signifie « amour ». Et le thème de cette rencontre était : Dieu aime le monde. Et pendant quelques jours tous ces jeunes ont prié et fait la fête car Dieu aime le monde. Il aime tant notre monde qu’il a donné son Fils unique afin que quiconque croit en lui ait la vie éternelle, une vie que rien ne peut détruire. Ces jeunes disaient leur joie de le savoir et de le proclamer.
Et puis, il y a ces journées mondiales de la jeunesse, organisées régulièrement dans des pays différents. Ils étaient deux millions de jeunes chrétiens réunis l’année dernière à Madrid, disant leur bonheur d’être membres de la famille de Dieu, « fondés et enracinés en Christ, affermis dans leur foi » selon le thème de cette rencontre.
Comment ne pas penser encore au renouveau charismatique, à ces communautés vivantes apparues un peu partout, à Porte Ouverte, au Chemin neuf, aux groupes de prières, aux groupes d’études bibliques, à toutes ces équipes engagées dans des solidarités aux multiples visages, dans les maisons de retraite, dans les hôpitaux, dans les prisons, et même dans la rue ? Sans oublier nos paroisses, leurs équipes d’animation en ce temps où les prêtres et les pasteurs se font plus rares.

L’unité déjà là

Oui, Dieu souffle sur son Église, et elle se transforme. C’est sa victoire en Jésus-Christ, notre Seigneur. Il nous la donne.
Ainsi, j’ose l’affirmer : l’unité de l’Église nous est déjà donnée. Mais nous devons bien le constater, elle n’est pas encore pleinement manifestée. Nous vivons en ce temps présent cette tension, et ce peut être source de souffrance. Des différences existent dans nos conceptions du ministère sacerdotal. C’est la raison pour laquelle, nous ne sommes pas autorisés à célébrer ensemble le repas du Seigneur. Heureusement, une porte s’est entrouverte : c’est ce qu’on appelle l’hospitalité eucharistique. Officiellement, elle peut se pratiquer de manière exceptionnelle et en toute clarté, en accord avec les responsables de la célébration. Nous avons vécu cela à plusieurs reprises, ici, au Puy. Et pour moi, ce fut toujours le sujet d’un grand bonheur. Car enfin, pourquoi serions-nous sans cesse séparés au moment même où le Seigneur se donne à nous si totalement ? Le jour où Jésus a célébré la pâque et institué ce repas, la veille de sa mort, il était avec ses douze disciples. Ils étaient tous présents autour de lui, avec leurs défauts. Il a donné le pain à Pierre dont il savait qu’il allait affirmer ne pas le connaître quelques heures plus tard, à Philippe le sceptique, qui lui avait demandé « Montre-nous le Père et cela nous suffit », à Thomas l’incrédule qui allait exprimer si fort ses doutes le soir de Pâques… . Comment comprendre cela, sinon en reconnaissant que ce repas est le repas de la grâce, une grâce qui dépasse de loin les faiblesses des hommes ? Alors nous aussi, malgré nos doutes, malgré nos timidités quand nous devons témoigner de notre foi dans le monde, malgré la faiblesse de nos engagements, le Seigneur est prêt à nous accueillir à sa table.
Nous l’avons dit : le Pape Jean XXIII, à la séance inaugurale de Vatican II, mettait en garde l’assemblée contre la tentation pessimiste et intégriste. Écoutons sa parole comme la parole d’un prophète. Ne soyons pas pessimistes et ne disons pas : « on n’y arrivera jamais ». Car Jésus l’a dit : « la foi peut transporter les montagnes ». Et puis, gardons-nous de détenir seuls la vérité. Car Jésus-Christ l’a dit de lui-même : « Je suis le chemin, la vérité et la vie ». Oui, que le souffle puissant de l’Esprit nous conduise sur ce chemin de vie et nous donne la victoire par notre Seigneur Jésus-Christ.


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