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Discours de Mgr Crepy aux autorités civiles

Fête de l’Assomption - Evêché du Puy, le 15 août 2018

jeudi 16 août 2018, par AG

Les chrétiens, acteurs du vivre ensemble dans notre société

Fête de l’Assomption

Évêché du Puy, le 15 août 2018

Allocution aux autorités civiles

Les chrétiens, acteurs du vivre ensemble dans notre société

Luc Crepy, évêque du Puy

Excellence, Mesdames et Messieurs les élus, Mesdames et Messieurs les Autorités civiles et militaires, Chers amis,

Je vous remercie très vivement d’avoir répondu à mon invitation pour ce temps convivial à l’évêché, à l’occasion de la fête de l’Assomption. Je saisis cette occasion pour exprimer ma vive reconnaissance à tous ceux qui, chaque année, travaillent avec dévouement et compétence pour la pleine réussite de ce temps fort où nous fêtons Notre-Dame du Puy. Mes remerciements vont tout particulièrement à Monsieur Michel Rousset, Préfet de Haute-Loire, et Monsieur Michel Chapuis, Maire du Puy, ainsi qu’aux personnes de leurs services, pour leur aide et leur soutien si efficaces dans la mise œuvre matérielle et dans la sécurité de ces fêtes mariales. Je remercie également tous les bénévoles qui apportent leur concours et leurs compétences au service de la cathédrale, des processions et des diverses activités de ce temps de célébration et de fête.

Je tiens à exprimer ma vive reconnaissance à Mgr Laurent Percerou, évêque de Moulins, qui nous fait la joie et l’honneur de présider cette fête de l’Assomption.

Depuis mon arrivée au Puy, je garde l’heureuse tradition de mon prédécesseur, Mgr Henri Brincard, d’adresser la parole, en ce jour, à ses invités, et tout particulièrement aux autorités civiles. Je me permets donc, modestement, à partir de l’actualité, de vous partager quelques éléments de réflexion qui concernent tant la société civile que l’Église catholique et manifestent notre souci commun d’œuvrer au service de tous, dans le respect mutuel des responsabilités de chacun. Cette année, je voudrais aborder une question qui me semble importante, tant localement qu’au niveau national et international : la question du « vivre ensemble » et, plus particulièrement, comment les chrétiens sont acteurs du vivre ensemble. Ce thème prend d’ailleurs un relief tout à fait particulier dans un département rural comme le nôtre où la question de la désertification, et donc de l’isolement, se pose aujourd’hui.

Actualité du « vivre ensemble » au niveau national et au niveau international

Ce thème du « vivre ensemble », trouve, me semble-t-il, une grande actualité tant au plan national qu’international. Lors des élections présidentielles en 2016, beaucoup se sont interrogés : qu’est-ce que vivre ensemble dans la société française ? Avec qui ? Comment ? La dernière coupe du monde de football a réveillé quelques accents patriotiques et a permis l’expression de la joie et de la fierté d’être français. Mais est-ce suffisant ? Aux questions difficiles et pourtant déjà anciennes des fractures sociales ou de la désertification du rural, s’ajoute aujourd’hui la situation dramatique et complexe des flux de réfugiés qui traversent la Méditerranée. Comment vivre ensemble en accueillant ces personnes venant de l’extérieur ? La cohésion sociale – si tant est que ce terme demeure un concept très large – est-elle en danger ?

Une des raisons pour lesquelles le « vivre ensemble » semble souvent difficile à mettre en œuvre, tient dans le fait que notre société a du mal à articuler le « je » et le « nous ». Elle peine à poser des projets mobilisateurs qui donnent du goût à la vie ensemble. Comme l’écrivaient les évêques de France en 2016 : « La vision du collectif semble plus difficile. Le « je » a du mal à trouver sa place dans un « nous » sans véritable projet et horizon. Comment faire émerger un « nous » qui n’élimine pas le « je » mais qui lui donne sa place ? » Mais allons plus loin : « Une vie en société ne peut être la somme d’existences et d’intérêts juxtaposés. Elle ne relève pas seulement d’une simple gestion. Et c’est peut-être cela qu’il faut regarder en face. Notre société française connaît une grave crise de sens. Or le politique ne peut échapper à cette question du sens, et doit se situer à ce niveau. Non pas, évidemment, pour dire à chacun ce qu’il faut penser et croire, mais pour se situer sur un horizon de sens, pour veiller aux conditions d’une négociation toujours à refaire de ce qui fait tenir ensemble un pays, et permettre que nul ne soit écarté, rejeté de ce débat-là pour une raison ou pour une autre. Depuis une cinquantaine d’années, la question du sens a peu à peu déserté le débat politique. » [1]

Si ces mots peuvent paraître à certains durs ou pessimistes, les évêques n’oublient pas les nombreuses initiatives qui sont prises un peu partout sur le terrain pour construire au quotidien ce « vivre ensemble » et les chrétiens y sont partie prenante comme je l’évoquerai plus loin. Cependant la question du sens est une question centrale pour les sociétés humaines et pour notre propre vie : qu’est-ce qui est bon, bien et beau pour que tous aient leur place dans notre société ? Quelle éthique, quelle morale mettre en œuvre dans les domaines, sociaux, politiques, économiques, etc. ? Les solutions économiques, techniques et scientifiques – aussi bonnes soient-elles – ne peuvent tout résoudre. Il est nécessaire, sans doute, de rappeler que le sens de notre vie n’est pas une affaire individualiste car notre bonheur ne se construit pas sans le bonheur des autres. On retrouve ici le leitmotiv de la Doctrine sociale de l’Eglise : l’être humain est fondamentalement une personne c’est-à-dire un être en relation avec d’autres et qui se réalise avec d’autres.

Il est important ici de rendre hommage aux hommes et aux femmes engagés dans la vie politique : au sens premier du mot, c’est bien la vie de la cité humaine qui est au cœur de leur action. Par-delà tous les débats nécessaires et les confrontations qu’ils suscitent, il s’agit toujours d’œuvrer au service des concitoyens pour construire une société plus juste et plus fraternelle, condition première pour construire un « vivre ensemble » durable.

Actualité du « vivre ensemble » au niveau national, mais aussi au niveau international. Notre propos reste modeste devant l’ampleur et la gravité du sujet. Nul ne peut ignorer la question des réfugiés. Celle-ci ne peut être envisagée sans la dimension d’une coopération internationale et la recherche de solutions politiques et économiques qui permettent aux hommes et femmes de ces pays d’y trouver la paix, la sécurité et les moyens de vivre. Le « vivre ensemble » au niveau planétaire ne peut se réaliser sans l’entraide entre pays riches et pays pauvres, sans générosité et sans partage des ressources. Et nous rencontrons ici le thème cher au pape François : penser notre planète comme une « maison commune », une maison où chacun a sa place, où il est possible de vivre ensemble, dans le respect de l’autre. Penser la Terre comme une maison commune n’est-ce pas une autre et belle manière de définir le « vivre ensemble » ?

Dans son encyclique Laudato Si’, il en a souligné fortement une autre dimension : il existe un lien inséparable entre les questions environnementales et les questions sociales et humaines. « Le défi urgent de sauvegarder notre maison commune inclut la préoccupation d’unir toute la famille humaine dans la recherche d’un développement durable et intégral, car nous savons que les choses peuvent changer. [2] » « Aujourd’hui l’analyse des problèmes environnementaux est inséparable de l’analyse des contextes humains, familiaux, de travail, urbains, et de la relation de chaque personne avec elle-même » (§ 141) ; par conséquent, il est « fondamental de chercher des solutions intégrales qui prennent en compte les interactions des systèmes naturels entre eux et avec les systèmes sociaux. Il n’y a pas deux crises séparées, l’une environnementale et l’autre sociale, mais une seule et complexe crise socio-environnementale. » (139).

Le grand défi qui se pose aujourd’hui au niveau planétaire : arriverons-nous à vivre tous ensemble sur notre Terre ? Comment et à quel prix ? Les effets du changement climatique se font sentir toujours plus et, jour après jour, chacun peut prendre conscience que sa propre manière de vivre a des conséquences non seulement localement mais aussi au niveau de la planète. Vivre ensemble n’est pas seulement un enjeu local mais un défi planétaire. Devenir acteur d’un « vivre ensemble » passe par de nouvelles prises de conscience, et c’est aussi un défi politique à relever pour les citoyens. L’Eglise, pour sa part, à travers la voix du pape, mais aussi avec les responsables des autres confessions chrétiennes, et surtout par l’action de bien des croyants, cherche à prendre sa part dans ce grand défi de « prendre soin de la maison commune » pour qu’un « vivre ensemble » soit possible aujourd’hui et demain au niveau planétaire.

Nous pouvons citer ici une simple mais belle initiative : le label « Église Verte ». Ce label est porté par la Conférence des Évêques de France, la Fédération Protestante de France et le Conseil des Églises Chrétiennes en France. C’est donc une initiative œcuménique qui souhaite sensibiliser et mobiliser concrètement les Eglises, communautés et mouvements chrétiens au changement climatique et à l’ensemble des défis environnementaux. Ce label est un outil national à destination des paroisses et communautés locales qui veulent s’engager pour le soin de la Création. Les communautés sont ainsi invitées à porter le souci de l’écologie dans leurs réflexions, dans la gestion de leurs locaux, dans l’animation locale, dans leurs actions… Le label « Eglise verte » comporte plusieurs niveaux, qui sont acquis peu à peu et sont représentés par des images évangéliques : du grain de sénevé au cèdre du Liban ! Initiative modeste, mais qui permet, des plus jeunes aux plus anciens, d’entrer ensemble dans ce souci de rendre possible la maison commune.

Actualité du « vivre ensemble » dans la vie du diocèse du Puy : visite pastorale aux mouvements et associations de fidèles

Les chrétiens, modestement mais sûrement, prennent donc leur part active dans la réflexion et l’action des hommes et des femmes de bonne volonté qui, en France et dans le monde, cherchent à travailler pour un « vivre ensemble » dont personne ne soit exclu. Ainsi, je voudrais, maintenant, faire part à vous tous, de cette actualité du « vivre ensemble » dans la vie de notre diocèse, un peu partout en Haute-Loire. Cette actualité n’est pas un rêve ou une idée de l’évêque. J’ai pu en mesurer la réalité très concrète – et multiple - au cours de la visite pastorale que j’ai effectuée cette année auprès des Mouvements et Associations de Fidèles du diocèse… les M.A.F. en termes technique ! Il s’agit derrière cette appellation, qui peut paraître un peu technique, de groupes de chrétiens – catholiques, mais pas seulement – qui mènent ensemble une activité d’ordre caritatif, social, spirituel, pastoral, etc. [3]

Ainsi, dans le diocèse du Puy, il y a environ une quarantaine de Mouvements et Associations de fidèles, de taille très variable et aux finalités très diverses. Hommes et femmes, jeunes et moins jeunes, milieux socioprofessionnels très différents, personnes en bonne santé, malades ou handicapées, croyants en chemin ou témoins de la foi, personnes engagées dans la vie civile ou associative : la diversité des membres manifeste le champ très large et très ouvert que recouvrent les Mouvements et Associations de Fidèles. Ces derniers rejoignent les attentes de bien des personnes, tant au niveau matériel que spirituel ; et leur action dépasse très largement le cercle des pratiquants et même des croyants, en particulier dans le domaine caritatif.

Dans les contacts que j’ai eus, beaucoup soulignent le fait de vivre une expérience forte avec d’autres. C’est « la joie d’être ensemble » disent certains. De fait, la vie en M.A.F. est une expérience de communion, de fraternité et de solidarité. C’est bien une expérience d’Église, car la vie en Église n’est pas une vie solitaire, mais une vie avec d’autres. Les M.A.F. sont ainsi de beaux lieux d’apprentissage d’un vivre ensemble – si nécessaire aujourd’hui –, en particulier pour les plus jeunes (scoutisme, JOC…). Comme le disait le cardinal Vingt-Trois :« L’Église est appelée à contribuer au « vivre ensemble » non seulement par des appels publics, non seulement par des relations pacifiques avec les autres religions, mais surtout par le signe qu’elle doit donner à travers son expérience communautaire qu’il y a une possibilité réelle de vivre dans la paix. Nos communautés doivent être des signes de relations nouvelles entre les citoyens ou, pour reprendre l’expression du concile Vatican II « comme le sacrement de l’unité » à laquelle est appelé le genre humain. [4] »

Au terme des quarante rencontres effectuées, une des conclusions qui m’a donné beaucoup de joie, c’est de constater, comme le dit le concile Vatican II, qu’il n’est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans le cœur des chrétiens : « Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n’est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur cœur. [5] » De fait, les membres des M.A.F. s’intéressent à de nombreux aspects de notre société actuelle : certains sont plus tournés vers les liens entre la vie professionnelle et la foi, d’autres portent leur attention sur divers aspects de la vie familiale, du monde de la santé, de l’éducation ; d’autres encore approfondissent le lien entre l’Évangile et leur vie concrète ; d’autres, encore, s’engagent auprès des plus pauvres. Les dimensions locales, nationales et internationales font également partie de leurs réflexions (la question du développement et de l’écologie, par exemple), d’autant que bien des mouvements possèdent des liens internes avec d’autres pays. Ainsi beaucoup se montrent attentifs au temps présent et à notre monde, et sont signes d’une Église - levain, sel et lumière – solidaire des hommes et des femmes de notre temps dans leur quête de sens et dans leur joie d’aimer et de partager. J’ai pu constater que bien des chrétiens sont ainsi acteurs – avec d’autres, bien sûr – d’un vivre ensemble, là où ils sont et dans le concret de leurs relations.

Un dernier point que je voudrais souligner : dans un département rural comme le nôtre, une des grandes priorités pour tous, dans la vie civile que dans la vie ecclésiale, est de maintenir des liens de proximité entre les personnes, surtout envers les plus isolées. Qui dit proximité dit « vivre ensemble », et les nombreuses petites équipes de chrétiens, réparties sur tout le diocèse, contribuent à maintenir cette proximité, si nécessaire entre les personnes. Dans le contexte difficile de certains endroits de notre département, un appel et un défi à relever pour que maintenir vivant et dynamique un « vivre ensemble » afin que personne ne se sente oublié ou abandonné.

Bien sûr, cet écho de ma visite pastorale de cette année ne rend pas compte de tout ce qui se vit dans le diocèse dans la recherche d’une Église proche des personnes. La vie paroissiale en particulier – je l’avais souligné l’année dernière - contribue à sa manière et par ses différentes activités, à entretenir des liens avec beaucoup de personnes, proches ou loin de la vie ordinaire de l’Église.

Finalement « vivre ensemble », « maison commune », « proximité » sont autant de terme qui disent une volonté de contribuer au bien commun et à un monde plus juste et plus beau. C’est ce vivre-ensemble renouvelé qu’il nous faut offrir aux jeunes générations et que nous confions à Marie en lui demandant le courage de la foi, la grâce du discernement et le dévouement du service fraternel.

Je souhaite à chacun de vous, une heureuse et belle fête de l’Assomption et vous remercie de votre attention.



Notes

[1] Conseil permanent de la conférence des évêques de France, Dans un monde qui change, refonder le sens du politique, 2016 p. 47 ss.

[2] Pape François, Laudato Si’ – Sur la sauvegarde de la maison commune, 2015, § 13.

[3] Par exemple : le Secours catholique, le Mouvement chrétien des Retraités, le Scoutisme, les mouvements d’Action catholique, Lourdes Cancer Espérance, le Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement, Entrepreneurs et Dirigeants chrétiens, Equipes du Rosaire, Foi et Lumière, etc.

[4] Cardinal André Vingt-Trois, Les chrétiens et le vivre ensemble, Conférence donnée à Milan le 02/03/2016.

[5] Vatican II, L’Église dans le monde de ce temps (Gaudium et Spes), §2 .


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