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Homélie du cardinal Stella

pour la messe du 15 août

vendredi 19 août 2016, par AG

Le Cardinal Beniamino Stella, Préfet de la Congrégation pour le Clergé, a prononcé l’homélie de la messe du 15 août 2016, à l’occasion du Jubilé de Notre-Dame du Puy.

Excellences, Chers frères prêtres, Chers frères et sœurs dans le Christ,

Les textes que la liturgie nous fait entendre en cette Solennité de l’Assomption de la Vierge Marie nous placent devant le mystère de la maternité de Marie. L’Apocalypse de saint Jean nous fait contempler la Femme qui est enceinte et qui met au monde celui qui sera le berger de toutes les nations. L’Évangile de Luc, quant à lui, nous rapporte la visitation de la mère de Jésus à sa cousine Élisabeth.

Méditons sur ces textes dans le contexte des deux grands Jubilés que nous célébrons : celui du Puy et celui de la Miséricorde.

Cette année, nous sommes nombreux à participer à cette célébration car le 25 mars a coïncidé avec le vendredi saint. Le jour de l’Annonciation, Marie a cru au message de l’Archange Gabriel, elle a offert toute la disponibilité de son être au dessein salvifique de Dieu. Elle est en vérité « Notre-Dame du ‘Oui’ ». « Qu’il me soit fait selon ta parole ». La disponibilité est la caractéristique de Marie. Elle l’a vécue à chaque instant de sa vie, jusqu’au pied de la Croix où elle a participé à l’offrande de Jésus. Elle a accepté d’être donnée à Jean. A travers le disciple bien-aimé, Marie, toute mère, accueille tous les disciples de Jésus. Elle est la mère de chacun de nous. Comment Marie est-elle notre mère ? de bien des manières, mais l’Evangile nous indique qu’elle nous apprend à être disponibles, nous aussi : aux serviteurs des noces de Cana, elle répète : « faites tout ce que Jésus vous dira ». Notre-Dame du ‘Oui’ pourrait s’appeler aussi Notre-Dame de l’accueil. « Accueillez la parole de Jésus, accueillez sa volonté, accueillez tout ce qu’il veut vous donner ». N’est-ce pas Notre-Dame de l’accueil que nous retrouvons au cénacle ? Entourée des apôtres, elle les prépare à accueillir l’Esprit de la Pentecôte.

Relisons sous cette lumière le texte de l’Evangile que nous avons entendu :

Marie a cru sans demander de signe à l’Ange, et cependant celui-ci lui en a donné un : ta cousine Élisabeth, elle qu’on disait stérile, est enceinte depuis six mois. La charité a immédiatement lancé Marie sur les routes de la Judée pour venir en aide à Élisabeth. Voilà déjà un enseignement pour nous : être ‘oui’, être accueillant à ce que Dieu veut pour nous, c’est entrer dans la mouvement même de Dieu qui est amour. La charité du Christ nous presse. Le Pape François ne cesse de nous pousser vers les besoins de nos frères. Si tu apprends que quelqu’un a besoin de toi, n’hésite pas, empresse-toi pour lui rendre service. Le Pape a rappelé aux jeunes, à Cracovie, l’importance des œuvres corporelles de miséricorde : donner à manger et à boire, vêtir, soigner. Notre foi n’est pas une idée, elle est un engagement, un amour concret pour le monde, à l’image de Dieu qui a tant aimé le monde. Etre comme « Notre-Dame du ‘Oui’ », c’est accepter de s’engager concrètement, comme elle l’a fait à l’Annonciation et au pied de la Croix.

Mais le texte évangélique ne s’arrête pas là. Nous avons entendu qu’en présence de la Mère de Jésus et à sa salutation, Jean-Baptiste a tressailli dans le sein de sa mère qui, elle-même, a été remplie de l’Esprit Saint. Lorsque la Mère de Jésus entre dans la maison d’Élisabeth, sa simple salutation remplit Élisabeth de l’Esprit Saint et Jean, son enfant, tressaille. Voilà une autre œuvre de miséricorde : faire en sorte que les autres soient remplis de l’Esprit Saint. Nous ne voulons pas seulement subvenir aux besoins matériels de nos frères, même si cela est primordial. Nous voulons aussi et surtout qu’ils découvrent la joie d’être aimés de Dieu, d’être habités par l’Esprit Saint, d’être les frères et les sœurs de Jésus. C’est cela la mission, la nouvelle évangélisation. En cette messe du 15 août 2016, après les événements tragiques qui ont frappé votre pays, vos Evêques invitent tous les chrétiens à prier pour la France. La mission commence toujours par la prière car c’est Dieu qui touche les cœurs. Marie, celle qui a cru en la parole du Seigneur, va au-devant d’Elisabeth et la salue. L’Esprit Saint fait le reste, il agit dans le cœur d’Elisabeth. Notre propre intimité avec Dieu peut faire les mêmes merveilles. Nous portons l’Esprit Saint avec nous et nous lui permettons d’agir en ceux vers qui nous allons avec bienveillance.

Allons plus loin. En ce grand Jubilé de la Miséricorde, « Notre-Dame du ‘Oui’ » nous invite à dire « oui », nous aussi, au Seigneur, d’une manière toute spéciale. Qu’est-ce que cela signifie concrètement ?

Dire oui à la Miséricorde, c’est ouvrir notre cœur à la tendresse de Dieu qui pardonne. Frères et sœurs, ne repartez pas de ce jubilé du Puy sans vous être confessés. N’ayez pas peur de Dieu qui passe par la parole de ses prêtres pour vous libérer du poids de vos péchés et vous redonner la joie d’un cœur purifié. Jésus s’est incarné dans le sein de Marie au moment de l’Annonciation pour arriver à ce grand moment du Vendredi Saint où le salut qu’il donne au larron est le signe de la miséricorde qu’il déverse sur le monde et sur chacun de nous en particulier.

Dire oui à la Miséricorde, c’est aussi accepter de devenir miséricorde à notre tour. C’est même la condition pour recevoir la miséricorde. Jésus l’a dit clairement en commentant le Notre Père : « si vous pardonnez aux hommes leurs fautes, votre Père céleste vous pardonnera à vous aussi ; mais si vous ne pardonnez pas aux hommes, votre Père non plus ne vous pardonnera pas vos fautes » (Mt 6, 14-15).

En passant la porte de la Miséricorde, posons-nous cette question : « y a-t-il une personne de ma famille, de mon quartier, de mon milieu de travail, qui attend encore mon pardon ? » C’est le grand Jubilé. Nous devons remettre les offenses que les autres nous ont faites. Sinon, nous passerions à côté de la grâce du Jubilé. Pardonner est difficile, surtout si la blessure a été profonde. Il ne s’agit pas d’oublier mais de regarder l’autre avec un regard renouvelé. Ne l’enfermons dans ce qu’il a fait mais, chaque fois que le souvenir de la blessure remonte en nous, nous pouvons toujours demander au Seigneur de combler l’autre pour qu’il connaisse le bonheur des enfants de Dieu pardonnés.

Marie est toute mère. Elle est au ciel avec son âme et son corps pour être pleinement mère à notre égard. Que fait la mère ? l’unité de ses enfants. Elle intercède pour chacun de nous, elle nous accompagne maternellement, elle nous répète, dans le secret de notre cœur : « fais tout ce que Jésus te dit », « pardonne soixante-dix fois sept fois à ton frère », deviens un cœur de miséricorde, va passer la Porte sainte de la miséricorde pour demander et obtenir la force de pardonner. Repars d’ici, réconcilié avec Dieu et avec tes frères. Alors tu auras le cœur léger et joyeux, tu pourras chanter le Magnificat.

Lorsque nous contemplons Marie dans la gloire de son Assomption, nous admirons la plénitude de l’œuvre de Dieu en elle. Elle s’est laissée envahir par l’Esprit Saint. Elle est la Mère du Bel Amour. Seuls l’amour, la bonté, la tendresse, la miséricorde entrent au Ciel. Notre vie ici bas consiste à grandir peu à peu dans cet amour pour Dieu et pour les autres.

Je conclus en vous partageant que j’ai écrit au Saint Père pour l’informer que je serai au Puy ces jours-ci pour célébrer le Jubilé. Il m’a téléphoné pour me dire qu’il en était très heureux et pour m’assurer de sa communion avec nous en ce moment de grâce. Que ce partage tout simple vous encourage à prier pour lui.




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