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Journée des migrants : "J’ai quitté mon pays"

vendredi 11 janvier 2013, par B.P.

Fiston Massamba est congolais. Il vit actuellement en France où il est en attente de papiers. Il revient sur cet exil qui l’a conduit à traverser tout le nord de l’Afrique avant d’arriver sur le sol français. (Propos recueillis par Stéphane Longin - RCF Haute-Loire)

Fiston Massamba, vous avez 34 ans. Depuis combien de temps êtes vous parti de chez vous ?

Cela fait pratiquement dix ans que j’ai quitté mon pays. Mais j’y suis retourné quelques fois. On peux dire que cela fait sept ans que je suis parti.

Qu’est-ce qui pousse une jeune à quitter sa maison, sa famille, des études, je crois que vous étiez en faculté de médecine ?

Exactement. J’ai quitté mon pays en rapport à la situation politique. Je suis sympathisant de l’Union pour la paix et la démocratie et la situation politique ne m’inspirait pas confiance. Nous avons fait des manifestations pour dénoncer ce qui se passait dans mon pays : l’imposture, la dictature qui y sévit. Je voulais contribuer au bien de mon pays. Cela ne me semblait plus possible sur place.
Mais je ne voulais pas gagner l’Europe pour m’y installer comme dans un Eldorado, mais pour acquérir ici quelque chose de noble et retourner dans mon pays et essayer un tant soit peu d’y faire bouger les choses. La situation politique était désastreuse et déplorable, voilà les deux raisons qui m’ont poussé à quitter mon pays.

Aujourd’hui, sept ans après, vous avez laissé votre famille. Est-ce qu’il y a des regrets ?

Non, je ne regrette pas. Parce que je suis toujours dans une ligne de combat. Je veux contribuer au bien de mon pays, de ma famille, de l’Afrique et du monde. J’étais dans une situation où il fallait, d’une façon ou d’une autre quitter. Ce n’est donc pas un regret.
Par contre, par moment je pense à eux et je sais que quand je serai dans une situation qui me permettra de retourner dans mon pays, je le ferai. La seule condition sera de pouvoir contribuer au bien de mon pays. Je suis en route, en voie de faire ce qu’il convient de faire.

Est-ce que eux comprennent votre engagement ?

Oui. Mon papa, ma maman comprennent, malgré que cela fasse un grand temps que je ne les ai pas vus, presque dix ans ! Mais ils comprennent très bien ce que je suis en train de vivre : ils comprennent que je n’avais pas le choix.

Dix ans d’exil avec des arrêts : vous avez passé du temps au Maroc, au Sénégal. Est-ce qu’il y a des moments où vous avez douté ?

Non, je n’ai point douté. Aidé par mes convictions, par ma foi, parce que je suis un croyant. Dans mon for intérieur, je savais que j’étais devant un obstacle, des barrières, des situations désastreuses, mais je me disais que j’arriverai au bout. Comme on le dit : « à cœur vaillant rien d’impossible  ». Ce n’était pas facile, mais j’étais tellement persévérant et tellement déterminé que je ne doutais pas au plus profond de moi.
Ceux qui n’étaient pas avec moi pouvaient douter mais moi je savais que j’irai jusqu’au bout. J’y suis arrivé.

Vous voulez faire passer un message concernant les grévistes de la faim de Lille. Vous vous sentez concerné par leurs revendications ?

Oui, je demande vraiment que leurs revendications soient entendues et qu’ils soient régularisés. Parce que c’est de l’ordre de l’intolérable ce qui se passe là-bas. Cela fait déjà deux mois qu’ils sont en grève de la faim et rien de concret n’est trouvé, il n’y a que des promesses.
Ce qu’il y a de lamentable c’est que deux grévistes de la faim ont été arrêté et expulsés alors qu’ils ne s’alimentaient plus. Malgré leur état de faiblesse, ils ont été expulsés vers l’Algérie. C’est pour cela que je tiens à dénoncer cette situation des sans papiers de Lille et à demander qu’une solution leur soit trouvée par le ministère de l’intérieur et la préfecture de Lille.

Quand des cas d’immigrés sont ainsi évoqués dans les journaux, vous vous sentez toujours concerné ?

Je suis très concerné. Je suis avant tout un militant pour les droits humains. Quand je constate que ces droits ne sont pas respectés, ou que des exigences de la solidarité sont bafouées, je suis préoccupé. Partout où je suis, partout où j’ai été, j’ai demandé que les droits humains soient respectés.


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