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L’Église au Vietnam

lundi 13 octobre 2008

C’est à l’occasion de l’ordination diaconale de Jérôme Tran que Jean Baptiste Nguyen Kim Dong a pu présenter l’état du catholicisme au Vietnam. Retrouvez son discours dans cette page.

Mesdames et messieurs,

Je suis très heureux d’avoir été sollicité pour présenter l’Église du Vietnam aujourd’hui. Mais d’abord, quelques mots sur le Vietnam en tant que tel.

Le Vietnam est un pays dont la Superficie s’élève à 331 114 km2 (pour avoir un point de comparaison, la France compte 550.000 km2). Sa population est de 84 238 000 habitants (63,8 millions d’habitants en France). Les religions les plus représentées au Vietnam sont le Bouddhisme, présent depuis le Xe siècle, avec 70% de bouddhistes. Le bouddhisme vietnamien est très syncrétique et s’exprime surtout dans les rites familiaux et dans le culte des ancêtres ; les Catholiques représentent 7 % de la population. Les cadoïstes, confucianismes, protestants et musulmans sont aussi représentés.

La Langue officielle est le vietnamien. Le Régime politique est une République socialiste. Depuis 1954 jusqu’à 1975, la nation a été divisée entre le Nord et le Sud. Une guerre civile sanglante a duré deux décennies avec l’intervention américaine (alliée du Sud) et russe (alliée du Nord). Depuis 1976, le Vietnam est réunifié. Il est dirigé par le parti Communiste.

L’ÉGLISE AU VIETNAM

Le catholicisme est arrivé au VietNam au 16 è siècle (en 1533) grâce à l’œuvre des missionnaires français, espagnols et portugais. L’œuvre de l’évangélisation a connu au cours des siècles un admirable développement dont un signe vivant est le témoignage de plus de 130.000 catholiques vietnamiens martyrisés aux 17è, 18è et 19è siècles ; parmi eux, 117 ont été canonisés le 19 Juin 1988 et un a été béatifié le 5 Mars 2000 par le pape Jean Paul II (André Phu Yen).

1- Commencement : L’introduction du catholicisme au Vietnam

Les Vietnamiens ont entendu l’Évangile pour la première fois en 1533, par Ignace (l’histoire ne parle pas beaucoup de lui). Et puis des missionnaires occidentaux sont arrivés : les missionnaires dominicains arrivent de Malaga en 1550. Un autre groupe de dominicains venus des Philippines débarque dans le Nord du pays en 1583. Les Jésuites pénètrent dans le centre du pays en 1615. Auparavant, ils avaient beaucoup travaillé au Japon. 123 jésuites vivaient au début du XVII° au Japon avant leur expulsion pendant la grande persécution. Parmi les premiers jésuites du Viêt-Nam se trouvait Alexandre de Rhodes. C’est également lui qui est à l’origine de la transcription des caractères sino-vietnamiens en caractères latins. Il a travaillé aussi sur le dictionnaire vietnamien-latin-portugais et sur la rédaction d’un catéchisme. Par la formation de catéchistes, les jésuites ont fait participer les premiers chrétiens à l’évangélisation de leur pays. Les catéchistes enseignaient et préparaient aux sacrements.

On pense qu’à l’arrivée d’Alexandre de Rhodes, il y avait 300 000 chrétiens. Dès 1622, est fondée la Congrégation pour l’Evangélisation des Peuples, avec l’aval de Grégoire XV pour confirmer l’implantation de l’Église d’Asie ; mais il fallait établir un clergé local : pour cela, en 1658 le pape Alexandre VII accède à la demande d’Alexandre de Rhodes de nommer des évêques in partibus et de fonder une société des Missions Etrangères dans le but de soutenir les catholiques du Vietnam, de former un clergé local et d’étendre la foi sur tout le continent.

Alexandre de Rhodes, ayant plaidé cette cause à Rome, s’était ensuite tourné vers Paris où il rencontra Monseigneur Lambert et Pallu. Pallu fut envoyé au Tonkin et Lambert au Sud Viêt-Nam. Après le voyage, 9, sur les 17 du groupe initial, parvinrent à Ayuthia, capitale du Siam. C’est à Ayuthia, en 1668, que sont ordonnés les deux premiers prêtres vietnamiens.

En 1670, Lambert a fondé au Vietnam la congrégation religieuse féminine des Amantes de la Croix. Il est revenu au Siam (c’est-à-dire en Thaïlande) et est mort en 1679. Quant à Pallu, il est revenu à Rome puis a tenté, en vain, de repartir au Viêt-Nam. Rejeté aux Philippines et emprisonné, il est revenu finalement à Madrid.

Il y a toujours eu des persécutions au Viêt-Nam surtout à partir de 1820. Et cela continue encore aujourd’hui.

Les MEP ont insisté sur deux choses, la formation du clergé et l’édification des paroisses créées par les jésuites.

Après les événements de 1975 (appelés la libération), le communisme a expulsé tous les missionnaires.

2. Persécutions

Comme je vous le disais, l’Église catholique vietnamienne a été continuellement persécutée depuis le début du XVIIe siècle jusque tard dans le XIXe siècle. Pendant cette longue persécution, 130.000 personnes (dont évêques, prêtres, religieux, catéchistes, séminaristes, laïcs, étrangers ou indigènes) sont mortes pour leur foi.

En juin 1988, le pape Jean Paul II a canonisé 117 martyrs du Vietnam. (10 Français de la Société des Missions Étrangères de Paris (2 év. + 8 prêtres). Parmi eux, 75 ont été condamnés à la décapitation, 22 à l’étranglement, 6 à être brûlés vifs, 5 à être écartelés, et 9 sont morts en prison des suites des tortures.

3. La croissance de l’Église aujourd’hui :

En dépit de la persécution, l’Église du Vietnam a continué à grandir au XXe siècle. En 1925, le Vatican a établi une nonciature apostolique pour l’Indochine à Hue, au centre du Vietnam. En 1933, après 400 années d’évangélisation, beaucoup de diocèses avaient des évêques locaux.

Aujourd’hui :
- Organisation de l’Église : L’établissement de la hiérarchie catholique du Vietnam par le pape Jean XXIII en 1960 a été une étape marquante de la croissance de l’Église.
A l’heure actuelle, le pays compte 26 diocèses, 10 au Nord, 6 au Centre et 10 au Sud, parmi lesquels le nouveau diocèse de Ba-Ria qui vient d’être érigé le 22 Novembre 2005. Il y a 7 séminaires qui comptent 1277 séminaristes. Actuellement, L’Église au Vietnam est très dynamique, très organisée et très ferme dans une situation toujours difficile sous régime communiste.
- Fonctions de l’Église : l’Église aide les pauvres, les malades, les handicapés, les orphelins. Les prêtres, les religieux et les religieuses jouent un rôle très important dans ce domaine mais le gouvernement ne permet pas que l’Église ait des responsabilités officielles à l’école ou à l’hôpital.
- La pratique religieuse au Vietnam : les chrétiens sont très pratiquants, le dimanche, à la campagne ou en ville, plus 90 % de chrétiens vont à la messe ; et en semaine, il y a beaucoup de gens qui viennent aussi, surtout à la campagne.
La place de la religion dans la vie des fidèles est très importante : elle se traduit par la messe, l’adoration de l’Eucharistie, le partage de la parole de Dieu, la récitation du chapelet, la prière collective et la prière en famille…
Il y a des groupes de prière aussi : la confrérie du Sacré-Cœur, la confrérie de Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, la confrérie de la Légio…

4. La relation entre l’Église et le gouvernement :

Depuis 1990, le gouvernement a beaucoup changé ; l’Église a beaucoup d’activités et évangélise plus facilement. Bien entendu, toutes les activités religieuses sont fermement contrôlées par le gouvernement. Autrefois, il fallait demander l’autorisation du gouvernement pour célébrer la messe ; c’est toujours le cas, mais moins. Il existe encore des régions où le gouvernement interdit de célébrer la messe, comme dans le diocèse de Con Tum (au Sud) ou de Hung Hoa (au nord). Les chrétiens dans ces diocèses-là, sont parfois menacés de ne pas pouvoir réaliser des activités religieuses (célébration de la messe, prière, catéchèse…)

Surtout, depuis l’année dernière, la tension s’accentue entre le gouvernement et l’archevêque de Ha Noi au sujet de la paroisse de Thai Ha qui appartient aussi à la municipalité de HN ; récemment, depuis plus de deux semaines, le regain de tension est particulièrement vif. Ce conflit concerne le terrain de l’ancienne délégation apostolique et celui de la paroisse de Thai Ha. Dans les années cinquante, le gouvernement a confisqué beaucoup de terrains appartenant à l’Église, y compris l’ancienne délégation apostolique et une grande partie de la paroisse de Thai Ha. Alors que le gouvernement utilise ce terrain pour le commerce, l’Église réclame sa restitution, et elle la demande vainement depuis une dizaine d’années. L’année dernière, l’archevêque de Ha Noi a demandé aux chrétiens de venir là-bas prier pour que la justice l’emporte. … il y a 2 semaines, le gouvernement a décidé de ne pas le rendre et de construire un jardin à la place. Il a mobilisé 500 gendarmes et des milliers de membres d’associations communistes et des voyous à l’ancienne délégation pour bloquer les chrétiens et surveiller la construction du jardin. L’archevêque de Ha Noi a réagi vivement à cette injustice, le gouvernement l’a condamné et a menacé de le mettre en prison…. A l’occasion de la réunion des évêques à la fin du mois de septembre dernier, la conférence épiscopale a envoyé une lettre au gouvernement pour dénoncer les injustices dans la société, ainsi que la corruption…

La situation religieuse est très tendue maintenant.

Mesdames et messieurs,

En vous présentant très brièvement l’Église vietnamienne, je voudrais vous demander de rendre grâce à Dieu avec nous, à Lui qui a conduit l’Église vietnamienne, en dépit des vicissitudes du temps, au fil de son histoire jusqu’à aujourd’hui.

En tant qu’enfant de l’Église vietnamienne, et héritier d’une foi transmise par, et fondée sur le sang des Martyrs, je remercie infiniment les Missionnaires et vos Ancêtres, en particulier les Missionnaires des MEP qui ont contribué à la construction de l’Église vietnamienne de son commencement jusqu’à aujourd’hui.

Jean Baptiste Nguyen Kim Dong



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