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Le prêtre et le rabbin

vendredi 11 janvier 2013, par J.C.P.

Plus de deux cents personnes formaient une assistance fournie à la soirée de réflexion proposée mercredi 9 janvier en la salle Jeanne-d’Arc, au Puy, par la commission diocésaine de la famille. Le grand rabbin Haïm Korsia, aumônier militaire général pour le culte israélite, spécialiste de bioéthique, avait accepté de faire le déplacement pour proposer une réflexion de fond, en amont du débat sur le projet de loi concernant l’ouverture du mariage à des couples de même sexe.

A deux voix

Sur le mode d’une conversation émaillée d’humour, il abordait une série de questions essentielles sur la reconnaissance de la différence – et spécifiquement la différence sexuelle - comme fondatrice d’humanité et de tout lien social respectueux de « l’autre ».
Le père Emmanuel Gobilliard lui faisait écho en évoquant notamment les enseignements du pape Jean-Paul II. L’un et l’autre s’accordant sur l’essentiel, ne craignaient pas de donner à leur propos le ton très personnel d’un partage d’expérience de vie dans le mariage pour l’un et le célibat pour l’autre.

Dialoguer pour exister

On ne pouvait s’étonner de plonger d’entrée dans l’évocation du poème de la Genèse (« Dieu dit : Faisons l’homme à notre image… homme et femme, il les créa ») et du récit de Babel. De celui-ci, le rabbin Korsia proposait une lecture « positive », présentant la multiplication des langues non pas comme une sanction divine mais comme l’instauration de la nécessité du dialogue pour exister humainement : si une seule langue était possible l’unité ne serait qu’uniformité.
Il en dégageait des implications très concrètes touchant à la vie en société : La diversité des mots que nous employons engagent un regard sur le monde, la vie et les relations entre les personnes : "on n’ose plus dire ‘un clochard’ on dit un SDF : le sigle transforme en réalité abstraite cette personne que le regard de chacun devrait pouvoir rejoindre dans sa fragilité-même ; de même parler de « fin de vie » n’est-ce pas occulter ce qu’est la mort. Et dire « mariage pour tous », n‘est-ce pas récuser le sens propre de cette alliance singulière du mariage « tout court » qui s’offre comme un chemin essentiel de vie et de fécondité ?"
Le P. Gobilliard soulignait : « C’est de la différence fondamentale – sexuelle - dont je suis né que je peux vivre toute vraie rencontre et que se trouve le fondement d’un dialogue riche et constructif. En n’acceptant de dialoguer qu’avec celui qui me ressemble, je transforme le dialogue en monologue, l’union sexuelle en érotisme à deux et si le dialogue n’est pas vrai, la sexualité est faussée.  ».

Liberté et engagement

Le rabbin Korsia en venait à évoquer la question de liberté personnelle : dans la vie en société, elle rencontre nécessairement les limites que lui impose l’ordre social, y compris celui qui a pour but de la protéger. Ériger la liberté des désirs personnels en absolu, c’est non seulement rendre impossible le lien social, c’est aussi se faire idolâtre de soi-même ; dans une société de l’hyper-performance et de la compétition, il faut absolument retrouver « l’éthique de la fragilité », car c’est seulement en vivant le respect et l’attention à la faiblesse de l’autre que je peux compter en bénéficier en retour.
Quant à l’engagement dans un choix de vie quel qu’il soit, mariage, célibat, union homosexuelle, aucun ne peut être pris sans en accepter le coût : la contrepartie pour les célibataires – par décision personnelle ou non, c’est de renoncer à la paternité ou à la maternité ; pour le couple homosexuel, c’est aussi de ne pouvoir ensemble donner la vie. Sur ce point, le rabbin Korsia citait un bref extrait du discours important de Mme Guigou lors du débat parlementaire du 3 novembre 1998 sur le PACS (Pacte civil de solidarité). Le voici dans son contexte : « Une famille ce n’est pas simplement deux individus qui contractent pour organiser leur vie commune. C’est l’articulation et l’institutionnalisation de la différence des sexes. C’est la construction des rapports entre les générations qui nous précèdent et celles qui vont nous suivre. C’est aussi la promesse et la venue de l’enfant, lequel nous inscrit dans une histoire qui n’a pas commencé avec nous et ne se terminera pas avec nous. En revanche, le pacte civil de solidarité est un contrat qui concerne deux personnes qui vivent ensemble sans être mariées. Il a pour objet l’organisation de leur vie commune. Nous reconnaissons, sans discrimination aucune, une même valeur à l’engagement de ces deux personnes, hétérosexuelles, homosexuelles ou qui n’ont pas de lien charnel. Il fallait trouver une formule qui traduise cet engagement et le gratifie de nouveaux droits. Mais il fallait aussi bien marquer qu’au regard de l’enfant, couples homosexuels et hétérosexuels sont dans des situations différentes. La non-discrimination n’est pas l’indifférenciation. Le domaine dans lequel la différence entre hommes et femmes est fondatrice, et d’ailleurs constitutive de l’humanité, c’est bien celui de la filiation. Voilà pourquoi le PACS ne légifère pas sur l’enfant et la famille. Voilà pourquoi le pacte concerne le couple et lui seul.  »

Questions

La question cruciale de la place de l’enfant ne pouvait manquer d’être abordée. Elle le fut par trois questions dont la dernière fut saluée comme courageuse dans une assistance massivement acquise aux propos des intervenants :
- « ce qui compte, ce n’est pas d’avoir deux parents différents, mais des parents qui s’aiment » - La qualité des relations entre les parents et les enfants est d’un autre ordre que la relation de paternité et de maternité. Celle-ci serait niée par principe dans le cas d’adoption plénière par les deux membres d’une union homosexuelle.
- « Et qu’en est-il du droit à l’enfant pour quiconque » ?
- Je ne sais pas ce que c’est ce droit. Cela reviendrait à chosifier l’enfant comme un article de mode. C’est l’enfant qui a droit à être accueilli et protégé.
- Se gardant de stigmatiser les homosexuels, le rabbin Korsia avait résumé sa position à propos du projet de loi en disant : "On défend un modèle de société qui est assez fort pour accepter les gens qui ne le partagent pas. On ne peut pas accepter ce qui sape les fondements même de la société". Revenant sur ce point l’ultime intervention demandait : « C’est quoi votre crainte d’accepter que des personnes puissent être différentes ? Je travaille dans le social et je me rends compte que la filiation n’est peut-être pas le plus important aujourd’hui. L’important c’est l’amour qu’on peut donner à un enfant pour qu’il puisse se construire. Des images parentales, il peut y en avoir partout et pas forcément celle des parents biologiques ".
La réponse du grand rabbin : " A mon sens, cette loi sur le mariage pour tous n’est qu’un avatar de ce débat qui va percuter d’autres réalités. Si vous évoquez la question de la parentalité, c’est une autre façon de ne pas dire père et mère. Même si suite à un accident de la vie, un enfant est élevé dans un foyer avec deux hommes ou deux femmes, il n’en reste pas moins qu’il existe par un père et une mère. Ce qui me fait peur, c’est ce flou, cette négation d’une histoire et le remplacement par une autre histoire. Il y a une différence entre pallier un drame et créer une situation abusive ".


Portfolio

Le rabbin Korsia et le Père Gobilliard


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