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Matthias Leibl

mercredi 28 septembre 2016, par AG

Rencontre avec le nouveau délégué épiscopal à l’œcuménisme, pour le diocèse du Puy-en-Velay.

Matthias Leibl, qui êtes-vous ?

J’ai 50 ans, je suis né en Allemagne, dans la région bavaroise, marié à une Française, père de six enfants biologiques de 10 à 22 ans et d’un enfant adopté de 22 ans. Je vis en France avec ma famille depuis une douzaine d’années. Avec mon épouse, nous avons fondé un lieu de vie thérapeutique pour enfants ayant des troubles psychiatriques et/ou un handicap mental.

Quel est votre parcours ?

J’ai suivi des études de théologie, de philosophie et de psychologie, chez les jésuites, à l’Université d’Innsbruck, en Autriche. Au cours de ma formation, j’ai séjourné en France pendant deux ans (en 1989-1991) dans la communauté de l’Arche. C’est là que j’ai rencontré mon épouse, Isabelle. De retour en Autriche, j’ai ensuite cofondé l’Arche du Tyrol, dans les alpes tyroliennes, près d’Innsbruck, comprenant un Foyer et un C.A.T. Aujourd’hui, un deuxième foyer existe. Une de mes filles y a passé, en 2014 une année comme volontaire.

Puis, vous retournez travailler en Allemagne ?

Oui, d’abord dans le diocèse de Stuttgart (région du Bade-Wurtemberg, au Sud-Ouest de l’Allemagne), pendant deux ans, pour l’Ordre de Malte. C’était une mission de mise en route des soins palliatifs, l’élaboration d’un cursus de formation à l’accompagnement des mourants, et cela au niveau régional ainsi qu’au niveau national sur le plan législatif.

Ensuite, j’ai travaillé pendant 8 ans comme co-directeur d’un hôpital catholique du nord de l’Allemagne, à Flensbourg, comprenant une unité de soins palliatifs, que nous avons fondée de manière œcuménique avec nos amis de l’hôpital protestant qui se trouvait juste en face ; Dans cette ville de 100 000 habitants, il y avait seulement ces deux hôpitaux “confessionnels”. En plus de la codirection, j’avais la responsabilité de “mon service propre”, qui comprenait la pastorale œcuménique, le travail social et tous types de psychothérapies. J’ai alors accompagné plus d’un millier de personnes en fin de vie, tout en travaillant sur les multiples questions éthiques comme le combat contre un acharnement thérapeutique, la volonté -supposée- du patient, la nutrition artificielle par sonde, les soins palliatifs, la dignité de la personne, etc.

Certains de mes collaboratrices et collaborateurs étaient des pasteurs protestants - luthériens, calvinistes, méthodistes ou de l’église réformée du Danemark - avec en plus une formation thérapeutique. La psychologie, la pastorale, l’éthique et le social se mêlaient au quotidien. D’autre part, j’étais responsable de la formation bioéthique des médecins auprès de la chambre des médecins (équivalent local du conseil de l’Ordre français) du Nord de l’Allemagne. Parallèlement, j’ai formé en psychologie des urgentistes, sapeurs-pompiers et intervenants en hôpitaux. De manière bénévole, j’étais médiateur de la chambre de médecins entre les médecins et les patients.

Pourquoi avoir décidé, ensuite, de partir ?

Après cette période professionnelle très dense (plus de 90h de travail par semaine), j’ai voulu privilégier la vie familiale, avec un projet de vie construit ensemble. Cela a été notre but dès le début de notre vie de couple. En outre, spirituellement, je voulais me dépouiller des responsabilités que j’avais prises et vivre un nouveau départ. Lâcher d’une certaine manière le faux-semblant de “l’importance”.

A travers toutes ces années où notre projet a mûri en parallèle, nous avons alors décidé de créer un centre d’accueil, dans la spiritualité de l’Arche, de Jean Vanier : Découvrir la force dans la faiblesse - le thème de ma vie, et de mon image de l’Eglise, d’ailleurs. Avec mon épouse, nous accueillons des enfants psychotiques et /ou porteurs de handicap mental pour les accompagner jusqu’au secteur adulte. Six enfants (0-18 ans) sont accueillis actuellement, dans notre lieu de vie, avec quelques animaux comme petite ferme thérapeutique. Ces enfants sont principalement originaires de Haute-Loire, afin de privilégier l’ancrage local, mais le centre est ouvert au niveau national. Nous accueillons les enfants psychotiques, car il est très difficile de trouver des lieux d’accueil pour ces enfants. Je suis très marqué par la richesse des personnes ayant un handicap. J’ai énormément reçu de leur part et je continue d’en recevoir.

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Les Vastres - centre d’accueil

Pourquoi avoir choisi de vous installer en Haute-Loire ?

Nous sommes installés aux Vastres, sur le plateau du Mézenc, près du Chambon sur Lignon. Le choix de ce lieu en Haute-Loire s’est fait en raison du caractère œcuménique, car la sensibilité protestante nous est très chère. En outre, la proximité avec la nature fait écho pour moi avec la spiritualité franciscaine dont je me sens autant imprégné que de celle de Saint Ignace.

Comment l’œcuménisme s’inscrit dans votre parcours ?

L’œcuménisme est pour moi essentiel. En effet, dès mes débuts à l’Arche, j’ai accompagné des personnes de toutes croyances, ou bien sans croyance. A l’hôpital et au centre de soins palliatifs, nous avions toujours des célébrations de la Parole œcuméniques, puisqu’il y avait seulement 5% de confession catholique. Et quand mes collègues pasteurs protestants partaient en vacances, je les remplaçais même pour leur culte de la parole - un peu “catholicisé” peut-être. Durant l’année, et plus spécialement pendant la semaine pour l’unité, j’ai été régulièrement invité à prêcher dans des églises protestantes. C’étaient des moments très touchants pour moi qui m’ont énormément apporté. Chaque semaine et avant chaque réunion d’équipe, dans mon service, nous avons vécu un cheminement spirituel commun, avec réflexions et partages de textes bibliques. Aujourd’hui, sur le plateau du Mézenc, la rencontre avec nos sœurs et frères protestants m’est nécessaire. En outre, l’œcuménisme y est très varié (les purs, les Darbystes, …), contrairement à l’Allemagne, où le protestantisme est majoritairement luthérien et ainsi j’apprends encore une fois beaucoup de choses par eux.

Nous avons à la paroisse du Chambon-sur Lignon de nombreuses collaborations avec la paroisse de l’église réformée unie : célébrations œcuméniques, notamment pour le vendredi saint, la pastorale des migrants et demandeurs d’asile, célébrations régulières dans la maison de retraite, jeux scéniques pour Noël avec les enfants, semaine de l’Unité, etc. Je suis également membre du groupe de l’ACAT.

Vous avez été nommé depuis le 1er septembre par Mgr Luc Crepy, évêque du Puy-en-Velay, délégué épiscopal à l’œcuménisme. Comment appréhendez-vous cette nouvelle mission ?

La mission que m’a confiée l’évêque se conjugue avec mon intérêt personnel. Il me semble important de rester en dialogue : au lieu d’insister sur nos différences, rechercher l’unité, mais pas l’uniformité.

La présence protestante est très importante dans notre diocèse ; apprenons à mieux nous connaître. En effet, notre témoignage est crédible si on est attentifs à l’autre.

En constant dialogue avec notre Frère évêque Luc Crepy, à qui l’œcuménisme et le dialogue interreligieux sont extrêmement chers, nous sommes en train de constituer une équipe, avec notamment une théologienne. Le prêtre référent pour l’œcuménisme est le père Maurice Sahuc, profondément engagé dans l’œcuménisme par le cœur et l’esprit depuis très longtemps. Pas une fête ou un événement important protestant, musulman ou juif qui ne soit pas rappelé et mentionné dans la prière à la messe du dimanche !

Nous aimerions, entre autres, sensibiliser les paroisses qui sont moins en contact avec des protestants et les autres croyances, pour les aider à vivre l’œcuménisme. La Haute-Loire représente une grande diversité d’expériences et d’enrichissements mutuels possibles.

Notre évêque m’a aussi demandé d’intervenir sur cette thématique dans le cadre de la formation des ALP. La prise de conscience des tous les croyants d’une responsabilité commune nous aidera à prendre conscience de nos propres richesses et à les faire circuler. Sans l’ouverture vers les autres, notre catholicisme risque de s’enfermer dans une espèce de cercueil fait d’autosuffisance mortifère et d’ignorance stérilisante. L’arbre, qui est l’unique Eglise du Christ, a besoin de beaucoup de racines différentes pour porter des fruits qui pourront nourrir la multitude affamée. Certes, le chemin de l’œcuménisme n’est pas toujours un long fleuve tranquille. Il faut traverser le désert et la vallée des larmes pour atteindre la terre promise ! -Et ne jamais oublier que c’est LUI qui donne la nourriture à celles et ceux qui se mettent en marche.

Comment résumeriez-vous votre programme ?

Dégageons ensemble la piste d’atterrissage de l’Esprit saint dans nos cœurs - bien souvent trop étroits.


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