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Nicolas Antoine

lundi 8 mai 2006

Rencontre avec Nicolas, Baptisé le 15 avril 2006, lors de la veillée pascale, à l’église Sainte-Thérèse du Val-Vert

Originaire de Lyon, un tout petit peu…, Nicolas a très vite rejoint le Beaujolais "vert" et a grandi au milieu des pins douglas. Il a deux petites sœurs. Ses parents ne sont pas pratiquants, ni même croyants. En conséquence, il n’a reçu aucune éducation religieuse. Cependant, quand tous ses copains s’inscrivaient au caté, sa maman lui a proposé d’y aller : il a refusé. Parfois, il se posait un peu la question de l’existence de Dieu (ses arrière-grand-mères étaient très croyantes), mais ce n’était pas vraiment un problème. Dieu existait ou n’existait pas : il n’y avait pas de crispation sur le sujet. Il n’y avait pas non plus d’animosité, plutôt une ouverture et une grande liberté.

bapteme nicolas 1 Dans un tel contexte, comment en êtes-vous arrivé à demander le baptême ?
Ce sont plusieurs "petites touches" qui m’ont amené là, il n’y a pas eu de conversion spectaculaire. L’adolescence a été pour moi un peu difficile, comme pour beaucoup ! Je cherchais un sens à la vie et je n’en trouvais pas forcément. Cette période a été très marquée par l’absurde : Beckett, Ionesco… La vie n’avait aucun sens en elle-même, c’était plutôt un jeu de marionnettes, une comédie. Nous étions un groupe de copains et la mort exerçait sur nous une grande fascination…

Période plutôt noire, en effet… Alors comment en sortir ?
Ça s’est fait tout doucement. A un moment est arrivée la conscience de la portée que ces idées pouvaient avoir. Il y a eu un grand choc dans le groupe qui m’a disposé à ouvrir les yeux et les oreilles et ça a été l’occasion d’un renversement. Finalement, la vie a du sens. Le copain est tellement mieux "vivant". Chaque personne est importante, elle compte….
Parallèlement, une amitié m’a beaucoup marqué. Toujours dans ce contexte de nihilisme, Stéphane m’a tendu la main et nous avons noué une relation très forte. J’ai découvert que je comptais pour quelqu’un, que j’avais du prix à ses yeux. J’avais l’impression de vivre dans un grand champ de mines et au milieu cette amitié qui éclairait tout.
Stéphane était chrétien, engagé et en recherche. C’était la deuxième "petite touche"…

Il y en a eu d’autres ?
Oui, un jour il m’est arrivé quelque chose d’un peu inexpliqué… et qui me fait dire que Dieu arrive pas à pas, de façon très discrète. Ce jour-là, j’étais en balade sur une montagne avec une personne que j’aimais bien. J’ai eu soudain une sensation de "beau". Il y avait une lumière forte, je sentais comme un souffle. J’étais dépassé et j’avais un sentiment très fort à l’intérieur.
Sur le moment, je n’ai pas mis le nom de Dieu sur cet évènement, mais ça m’a changé. Après cela, le monde était beau, je ne pouvais pas faire autrement que d’avoir de la joie et de la communiquer. C’était en 1994, j’avais 17 ans, et à partir de là, plus rien n’était pareil.

bapteme nicolas 2 Que s’est-il passé ensuite ?
L’étape suivante a été l’Afrique. Un autre copain m’a fait rencontrer l’association "Enfants d’Abidjan", menée par les frères des Ecoles Chrétiennes à Saint-Étienne : "Faire pour les jeunes, avec les jeunes…". Cette association menait des actions de solidarité avec l’Afrique, et aussi des actions éducatives sur place.
Je suis parti deux années de suite à Abidjan, pendant un mois. Nous étions en lien avec le BICE, Bureau International Catholique de l’Enfance, qui s’occupait de foyers. Les foyers tournaient toute l’année, nous ne venions qu’un mois durant l’été. Notre présence amenait un plus dans l’animation. Il y avait un foyer pour les plus jeunes, un pour les plus âgés et un pour ceux qui étaient en prison.
Je suis intervenu dans les prisons, et là, je me suis vraiment dit que c’était avec les chrétiens que je voulais continuer ma route. Faire l’expérience de la prison, c’était pour moi, faire l’expérience du Christ qui vient nous amener la Vie même au milieu de la mort. La prison est un lieu complètement déshumanisé, les enfants n’existent plus, ils ne sont plus que source de profits divers pour les adultes autour. Et pourtant, au cœur de ce monde déshumanisé, la Vie est là. C’était un lieu de mort et la Vie était là : ça m’a parlé du Christ… J’ai pu mettre des mots sur ce qui me donne vie, et aussi découvrir quelques textes fondamentaux : Matthieu 25 "J’étais nu, malade, en prison…" C’était très concret !

Vous y êtes allé deux fois ?
Oui, deux années de suite… A mon premier retour, j’ai pris une grande claque d’abord ! On ne voit plus la vie de la même façon. Entre les deux voyages, il y a eu des témoignages à donner, qui faisaient partie de l’engagement, et puis la préparation du second départ.
Je ne me disais toujours pas chrétien, mais j’avais le sentiment de vivre des choses qui se ressemblent beaucoup, et l’idée me trottait de plus en plus dans la tête. Avant mon premier départ, j’étais allé voir le Père Antoine Ferréol, responsable du catéchuménat, mais c’était encore trop tôt. Je n’étais pas prêt, c’était beaucoup trop intellectuel.
Au retour de mon deuxième séjour, je suis parti avec la DCC, Délégation Catholique pour la Coopération, en Guinée. Partir avec la DCC rejoignait ce que j’avais vécu à Abidjan. C’était un projet concret, proche des populations. La fraternité est au coeur de ma démarche de foi, c’est ce qui m’y a amené : trouver Dieu, trouver l’homme… tout se tient.

Combien de temps êtes-vous resté en Guinée ?
Je suis resté deux ans, dans une mission catholique. C’était un véritable test : je pouvais ainsi voir ce que "vivre sa foi" pouvait donner dans le quotidien.

Et ça a été concluant ?
Paradoxalement, ça m’a rapproché de l’Eglise, alors que ça aurait pu m’en éloigner, tant au niveau personnel (les chrétiens sont avant tout des humains !) qu’au niveau institutionnel (lourdeur, malhonnêteté, corruption…). J’ai vu que finalement, ce sont de "vrais gens" qui composent l’Eglise. L’Eglise est quelque chose d’extraordinaire avec des gens ordinaires, qui essayent de suivre le Christ avec leurs moyens. Cette découverte m’a attaché à l’Eglise et m’a aidé à en accepter les limites. Ça m’a ouvert sur le côté universel, l’Eglise est une grande famille et j’ai pu mesurer l’espoir, la force, le soutien qu’elle représente pour les gens.
Pendant cette période, je me suis un peu plus penché sur les textes : ce que j’ai pu y trouver rejoignait tout à fait ce que je vivais. Dieu est venu dans ma vie d’abord par les gens… c’est après que j’ai mis les mots dessus. Il y avait en moi une force de vie, je l’ai nommée progressivement.

bapteme nicolas 3 Il semble que cette fois, le chemin est bien amorcé, non ? Qu’avez-vous fait au retour ?
En rentrant, je suis retourné voir Antoine Ferréol pour me mettre en route. Antoine a contacté Jo Valentin, le curé du Val-Vert pour qu’il compose une équipe d’accompagnement et nous avons débuté le chemin ensemble.

Ce chemin a duré combien de temps ?
Nous avons cheminé 3 ans. La première année m’a permis de découvrir l’Ancien Testament, les racines de la Foi. La deuxième année a été marquée par l’Entrée en Eglise, le 12 septembre 2004. Ma démarche a pris à ce moment là un caractère officiel. J’ai senti la présence de la communauté, de la paroisse. L’accueil des gens a été très fort, c’était un grand soutien.
La troisième année a été plus un enracinement… J’ai pu poser encore des questions sur l’Eglise. C’était vraiment la marche vers le Baptême.

À quel rythme avaient lieu les rencontres ?
On se voyait pratiquement toutes les trois semaines.
Dans le groupe, chacun amenait une façon très personnelle de vivre sa foi, ce qui donnait une ouverture intéressante, une complémentarité. Le chemin s’est fait assez paisiblement, sans remise en cause. J’ai pris le temps… mais il y avait eu le départ qui m’avait profondément "ancré" dans ce choix.

Parlons un peu de votre famille… quelles ont été les réactions ?
Je n’ai senti aucune hostilité. Mes parents l’ont bien accepté, bien vécu. Quelques temps avant mon baptême, ils m’ont écrit pour me dire que depuis ma naissance, ils avaient toujours voulu me donner "des racines et des ailes", qu’ils étaient heureux de voir le chemin qui était le mien avec mes propres ailes. Ils m’ont élevé dans un grand respect et une très grande liberté, forte mais en même temps sécurisante.
Une de mes sœurs n’a pas dit grand-chose : elle est là, c’est tout. La deuxième a été beaucoup plus remuée. Elle a vécu cela avec émotion. Nous en avons parlé, ça l’a touchée…
Mes grands-parents ont été rassurés de voir que, finalement, le monde ne tournait pas si mal !

Et chez les copains ?
J’ai des copains très divers. Les uns sont croyants, engagés… les autres pas du tout. J’ai essayé de tous les impliquer dans ma démarche, d’en parler, de leur faire suivre le chemin avec moi… Plusieurs ont été touchés, se sont posé des questions. Un couple ami, par exemple, s’est interrogé sur le baptême de leur enfant, et même sur le mariage. Un autre m’a dit après la célébration : "Maintenant, je ne prends plus mal le fait d’avoir été baptisé à ma naissance".

bapteme nicolas 4 Vous avez été baptisé lors de la veillée pascale… et maintenant ?
La célébration était très belle : priante et très joyeuse, mais effectivement, ce n’est pas un aboutissement. C’est réellement un départ. Je suis engagé comme bénévole à la D.C.C., en tant que chargé de mission pour la Guinée. Pour moi, c’est vraiment un engagement de chrétien. J’étais d’ailleurs en Guinée le Mercredi des Cendres et le début du Carême a pris un sens très fort. La Guinée, c’est un peu le désert, le Carême prenait corps. Faire Eglise, c’est être en union avec ceux-là, aussi.
En revanche, je me pose la question de la laïcité sur mon lieu de travail. Je suis enseignant dans le public et la laïcité est outil de liberté, pour les enfants et pour moi. J’y tiens. A cause de cela, je ne m’engagerai sans doute pas trop en paroisse.

En conclusion ?
Je me sens vraiment apaisé et dans la confiance. Je goûte la Foi au jour le jour. La richesse que je découvre est immense et inépuisable !

Propos recueillis par Germaine Peyrache
Mai 2006



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