Accueil du site > Diocèse > Rencontres > Nos frères d’Orient

Nos frères d’Orient

mercredi 28 octobre 2015

Amer, Kaffa, Athra, Anita, Nour, Mirna et Souat… Des prénoms qui évoquent un Orient lointain. Un Orient aujourd’hui comme hier lacéré par la folie d’une guerre, par la barbarie d’un groupe terroriste au nom tristement célèbre : l’État Islamique.

Originaire de Qaraqosh, grande ville chrétienne située à une trentaine de kilomètres à l’est de Mossoul (Irak), Amer et Kaffa, les parents, Athra, Anita, Nour et Mirna, les enfants, accompagnés de leur tante (et sœur d’Amer) Souat, ont du fuir devant l’avancée implacable de Daech dans la plaine de Ninive, à l’été 2014.

Les habitants de Qaraqosh (également dénommée Bakhdida) - 50 000 avant la tragédie d’août 2014 - appartiennent pour la plus grande majorité à l’Église catholique syriaque, ou à l’Église syriaque orthodoxe. Proche du Kurdistan irakien, la ville a connu un premier assaut des terroristes de l’État Islamique à la fin du mois de juin 2014, poussant ses habitants à fuir. Défendue par les Peshmergas kurdes, la ville est libérée de ses assaillants. Pour un court instant seulement. Le mercredi 6 août, un commandant peshmerga prévient monseigneur Petrus Moshee, archevêque syriaque catholique des villes de Mossoul et de Qaraqosh que les Kurdes allaient abandonner le combat, qu’ils devaient battre en retraite. Le jeudi 7 août, Qaraqosh tombe aux mains de Daech.

Ce sont alors 100 000 à 200 000 Chrétiens qui fuient leur cité, jetés sur les routes de l’exil au sein de leur propre pays, en direction d’Erbil, capitale de la région autonome du Kurdistan irakien.

Accueillis dans des camps, les Chrétiens y sont séparés des Musulmans. Tous victimes de la folie meurtrière de l’Etat islamique, ce cloisonnement des religions représente sans doute un risque pour les relations futures entre Irakiens. Ce camp d’Erbil est pour ces milliers d’hommes, de femmes et d’enfants une première étape vers un avenir incertain. Parmi ces refugiés, une famille de Chrétiens catholiques syriaques, de langue araméenne (une minorité linguistique) : la famille d’Amer et de Kaffa.

De l’autre côté, loin du théâtre de la tragédie irakienne, en France, à Laussonne, Fernand possède un logement vacant pour y accueillir une famille. Grâce au père Amir, dominicain à Bagdad et frère de Kaffa et après plusieurs mois passés au camp d’Erbil, la famille part pour une région à mille lieues de leur Orient natal en mai 2015 : Laussonne, en Haute-Loire.

Grâce au système de la personne garante [1], la maison de Fernand devient le nouveau foyer pour Amer et les siens. En juin, les 7 membres de la famille irakienne s’installent à Vals-près-le-Puy, dans un autre de ses logements, sur la paroisse de Florent de Rugy, également prêtre du Valvert. Très vite, un petit groupe de paroissiens se forme autour des nouveaux venus. « La famille d’Amer vient tous les dimanche à la messe, précise le père de Rugy, et les paroissiens ont spontanément proposé leur aide ». Couture, équipement, meubles … La machine solidaire est lancée, chacun y va de son coup de main. Petit à petit, se forme un noyau de personnes prêtes à donner de leur temps : parmi elles, sœur Anne-Catherine (sœur ursuline de Puy, âme de la maison de l’Arche sacerdotale qui accueille les prêtres malades), Norbert, jeune retraité dévolu aux affaires administratives, Jean-Charles, diacre en lien avec l’évêché, et le Père Florent de Rugy.

Ce petit groupe, informel dans un premier temps, prend de l’ampleur dès le mois de septembre 2015. Au Vatican, le Pape François lance son appel : « chaque paroisse d’Europe doit accueillir une famille de réfugiés […] face à la tragédie des dizaines de milliers de demandeurs d’asile qui fuient la mort, victimes de la guerre et de la faim et qui sont en chemin vers une espérance de vie, l’Évangile nous appelle et nous demande d’être « les prochains » des plus petits et des plus abandonnés, à leur donner une espérance concrète ». A l’Élysée, la France, par la voix de son ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius, s’engage à apporter de l’aide aux Chrétiens d’Orient… Et l’équipe de Vals, issue d’un désir spontané de générosité, se structure.

« En septembre, nous avons organisé une réunion avec le vicaire général du diocèse Jean- Claude Petiot, explique le prêtre. Il est venu récolter notre expérience pour l’apporter au diocèse afin de l’essaimer sur tout le territoire. » Pour ce faire, un groupe est mis en place à l’évêché afin de conseiller et de soutenir les paroisses désireuses d’accueillir des réfugiés, en lien avec la préfecture de la Haute-Loire.

Revenons à Vals-prés-le-Puy et aux principaux acteurs de cette aventure humaine. Dans le courant de l’été, sept autres membres de la famille rejoignent Amer et son épouse. Après avoir transité au printemps par la ville de Meaux en Seine-et-Marne, Steven et sa femme Andirah (la nièce de Kaffa) rejoignent le premier groupe en Haute-Loire. Touché dans sa chair, Steven a perdu son père, assassiné par l’État Islamique. Dans leur exil, ils sont accompagnés d’Aphram, le grand-père de Steven et de Nader, son oncle, de sa femme Nour et de leurs deux enfants, Andreyan (6 ans) et Danella (3 ans). Au total, 14 personnes, toutes issues de la communauté catholique syriaque irakienne se retrouvent à Vals-près-le- Puy.

Du grain à moudre pour l’équipe mise en place pour le soutien de la famille d’Amer … Et parmi l’aide apportée, un gros travail : celui de l’apprentissage du français et l’aide aux devoirs. Le statut de réfugié qu’ont tous les membres de la famille leur permet de bénéficier de cours officiels donnés par le Greta mais ceux-ci ne débutent qu’au mois d’octobre. L’aide apportée dans ce domaine par le petit groupe, et notamment par Sœur Anne-Catherine n’est donc pas de trop pour poser les premiers rudiments de notre langue. De même, en matière éducative « tous les enfants sont scolarisés en école ou collège catholiques, précise Florent de Rugy, ce qui facilite les liens pour nous. Notre foi commune facilite l’accueil de cette famille par la communauté chrétienne ici ».

Face à ces témoignages d’accueil, d’ouverture, de générosité et d’amour, n’oublions pas la souffrance de celui qui doit quitter sa terre, qui erre sur les routes de l’exil sans certitude de retour. « C’est une famille peuplée de fantômes ». A l’image du père de Steven, victime de la barbarie de l’État Islamique, chaque membre de cette famille déracinée porte les souvenirs douloureux d’un pays en guerre comme autant de stigmate, où l’humain est fauché, sacrifié sur l’autel de la folie terroriste.

Dans le cas de la famille d’Amer et de Kaffa, catholiques syriaques de langue araméenne, Florent de Rugy rappelle que « ce sont les héritiers des premiers apôtres qui ont fondé les premières églises, ils parlent la langue du Christ. Si ces églises sont dispersées à travers le monde, ce patrimoine est perdu. J’ai le sentiment que nous œuvrons aussi à la sauvegarde des racines chrétiennes. C’est un enjeu ecclésial ».

Cécile Glaise

Carte Le Figaro

Infographie Le Figaro – « Irak, les djihadistes s’emparent de Qaraqosh la chrétienne »
Samuel Forey – 7/08/14.



Notes

[1] Un réfugié peut être accueilli en France si une personne se porte garante. Pour ce faire, il doit prendre en charge humainement, financièrement et administrativement la personne jusqu’à intégration de celle-ci dans le système du pays d’accueil. La personne garante donne ainsi une grande partie de son temps et de ses ressources au service du réfugié accueilli.


© 2017 - Diocèse du Puy-en-Velay| Plan du site | Espace privé | Mentions légales |  RSS 2.0 Suivre la vie du site