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Nouvelles Malgaches

jeudi 15 mars 2012, par P.B.Planche

Le Père Emmanuel Gobilliard, recteur de la cathédrale du Puy-en-Velay, est pour un an à Madagascar. Grâce aux nouvelles technologies, il partage ses découvertes avec son diocèse d’origine. Voici la dernière livraison des "Épitres malgaches".

Voir en ligne : Le foyer de Vohipeno

Cyclone oublié

La saison des pluies se termine en douceur (enfin !) et avec elle la période des cyclones qui plonge régulièrement la population dans l’angoisse du lendemain. Cette année, c’est la région de Tamatave qui a été la plus touchée, en particulier par le cyclone Giovanna puis par Irina.
Dans le sud, nous avons été relativement préservés des destructions (même si la pluie, incessante pendant 15 jours, a plongé Vohipeno sous 1,5 mètre de d’eau). Du coup le père Emeric a décidé de se lancer dans une grande opération « reboisement ». Les terrains ont été achetés, préparés par des ouvriers heureux de gagner quelques sous et 20 000 arbres ont été plantés. En dehors du fait que cette opération est très écologique, elle permettra au foyer, lorsque la forêt sera exploitable (10 ans) d’avoir des ressources propres. Il faut toujours prévoir loin ! Théophane et monsieur Paul sont donc en pleine activité pour mener à bien cette entreprise d’envergure.
Je me permets de revenir un instant sur les cyclones qui se sont abattus sur l’île. Vous ne le savez sans doute pas, mais le bilan est de 80 000 sinistrés (ce qui signifie que tous leurs biens sont détruits : maisons, meubles, nourriture, cultures…) Je me doute que vous n’êtes pas au courant parce qu’en arrivant au séminaire, j’ai voulu voir sur internet ce qu’en disaient les pays occidentaux. Eh bien ils n’en disent rien, mais absolument rien ! Seul le pape en a parlé à l’angélus du 11 mars. Un tel événement, dans un pays occidental, aurait mobilisé les médias tous les jours pendant au moins un mois. La une, en France était composée, au lendemain de la catastrophe, entre autre, d’une information capitale pour l’avenir de l’humanité : le témoignage d’Emmanuelle Béart qui se disait très déçue (en fait elle était franchement effondrée) par son opération ratée de chirurgie esthétique aux lèvres. Sachant que la construction d’une maison (matière première et main d’œuvre) ici est de 100 €, j’aimerais savoir combien de sinistrés elle pourrait reloger avec l’argent qui a servi pour son opération (qu’elle regrette en plus !) Je sais, le raisonnement est un peu stupide, elle est peut être très généreuse et en tout cas elle est certainement dans une grande souffrance (de l’âme ! C’est la plus grave) mais bon, je trouvais la coïncidence assez révélatrice du fossé qui nous sépare.

La langue du pays

Début février le Père est parti une semaine avec frère Prosper à Tananarive me laissant la responsabilité du foyer. J’ai travaillé mon malgache comme jamais, obligé de célébrer la messe, de prêcher, de rencontrer les uns et les autres et surtout d’aller de foyer en foyer le soir pour la prière et pour dire au revoir aux enfants. J’étais au bord des larmes lorsque, le premier soir, tous les enfants orphelins du foyer Deguise et ceux du foyer de Carmes se sont précipités sur moi en me disant : « bonne nuit papa ! » Je sens déjà qu’il ne sera pas facile de partir (dans trois mois déjà).

Carême festif

Nous sommes entrés dans le temps du carême. Autant il est difficile pour un bon français de vivre une célébration de façon vraiment festive, autant il est impossible pour un malgache de vivre une célébration dans un esprit de pénitence.
La messe du premier dimanche de carême a duré environ 2h30. Elle a été ponctuée par 5 processions avec encens, fleur, musique, chants et danses.
Pour que vous puissiez imaginer une procession dansée, je vais essayer de vous en décrire une : La musique, particulièrement rythmée commence lorsque les filles, en tête de procession se mettent en route : trois pas en avant, trois pas en arrière. Vous allez me dire : donc, cela n’avance pas ! Eh bien si, parce le premier pas en avant est légèrement plus long que le dernier pas en arrière (vous suivez ?). Mais il faut un bon quart d’heure pour parcourir l’allée centrale. J’en reviens à ma procession : trois pas en avant, trois pas en arrière, balancement des bras à gauche, balancement des bras à droite, un tour sur soi-même à droite, un tour sur soi-même à gauche, levée des bras au ciel, puis léger déhanchement à droite, léger déhanchement à gauche, petit tourniquet avec les bras et hop, rebelote, trois pas en avant, trois pas en arrière…Pendant ce temps, celui qui porte la parole de Dieu tourne sur lui-même pour présenter le livre aux fidèles. Nous avons eu droit à la procession des cendres, pour ceux qui ne les avaient pas bien reçues le mercredi précédent (dit « des cendres »). Il s’en est fallu de peu pour que les gens viennent recevoir les cendres en dansant, tant la musique était joyeuse. Ajoutez à cela une jolie danse de la paix, et vous aurez tous les ingrédients pour faire une messe (pénitentielle !) de carême. Une veillée pascale chez nous quoi !
Ah j’oubliais ! Pour arriver à 5 processions, il faut ajouter la procession de la quête (en plus de la procession d’entrée, de la Parole, des cendres et des offrandes). Ah, si les fidèles de la Cathédrale du Puy donnaient leur offrande de la quête en dansant !

La dure tâche d’enseigner

Depuis ma dernière lettre, j’ai fait l’expérience de l’enseignement. Je vous ai écrit ma première lettre au début de la première session que j’avais à assurer au grand séminaire de Fianarantsoa ; je vous écris celle-ci à la fin de la troisième et dernière session. 60 heures de cours séparent donc les trois lettres.
J’ai peiné à les préparer, j’ai aussi peiné à les assurer, me rendant compte au fur et à mesure combien le métier d’enseignant est difficile, même physiquement. Merci et bravo à tous ceux qui ont choisi cette vocation. Enseigner est difficile, mais c’est aussi exaltant, prenant, et purifiant.
Au début je regardais ces séminaristes avec beaucoup d’interrogations. J’avais du mal à les comprendre (il faut dire que faire un cours de morale sexuelle dans une culture tellement différente de la nôtre, ce n’est pas du gâteau !) et petit à petit je me suis mis à les aimer, à m’adapter aussi, à répondre à leurs attentes et je peux dire que maintenant le courant passe bien.

Sur le terrain

Le fait de vivre avec eux m’aide à les connaître, en particulier le fait de faire du sport avec eux. J’avoue que j’en bave un peu. Ici les matchs de football (3 par semaine et je n’en rate pas un !) sont très sérieux : 90 minutes sur grand terrain, sans mi-temps, entre 12h30 et 14H00, en Afrique et en été. Je perds trois litres par match et gagne deux jours de courbatures. En ce moment j’ai un œil au beurre noir parce que j’ai reçu un ballon en pleine poire. Quand je pense qu’il y a 8 ans je ne savais pas si je pourrais remarcher normalement ! Autre détail : je leur ressemble de plus en plus…physiquement. A force de me faire brûler par le soleil, je deviens franchement noir (et je ne parle pas que de l’œil !).

Discernement

Leur contact m’a beaucoup appris. Au début je vous avoue que j’étais un peu choqué par l’importance qu’ils accordaient à la dimension intellectuelle de leur formation, par certaines conversations qui révélaient que leur désir d’être prêtre, sans se réduire à cela, était un peu motivé par le désir de monter dans l’échelle sociale. Il faut dire qu’à la différence de ce que vivent les séminaristes en France, ici, le fait d’être prêtre change complètement votre vie : les prêtres sont reconnus et respectés comme des acteurs incontournables de la vie locale et vivent plus confortablement que la plupart de leurs ouailles. J’avais donc de sérieux doutes sur leurs motivations.
Je suis maintenant beaucoup plus nuancé. Les problèmes demeurent mais j’en ai rencontré beaucoup qui avaient une authentique vocation et qui était prêt à mener le combat de la conversion. Et puis, même s’il est à certains égards plus difficiles d’être prêtre en France, nous avons aussi un combat à mener contre nos propres défauts.

Les tentations du prêtre français

En méditant il y a quelques jours (le premier dimanche de carême) l’Évangile des tentations de Jésus au désert, j’ai été mis face à mes propres tentations, qui sont aussi celles de la plupart des prêtres en France.
Comme pour Jésus au désert, les prêtres sont, me semble-t-il, confrontés à trois grandes tentations : l’ambition ecclésiastique, l’acédie ou paresse spirituelle et le désespoir. La première est facile à cerner, encore qu’elle puisse revêtir des formes très différentes et parfois beaucoup plus sournoises que le seul désir d’être reconnu et de briguer des postes prestigieux.
La seconde nous fait croire que, parce que nous avons déjà, d’une certaine manière, donné notre vie en acceptant d’être prêtre, il ne faut pas non plus trop nous en demander. Nous nous réservons alors une petite vie bien confortable, un peu routinière, nous négligeons la prière personnelle et le service des pauvres et nous devenons des vieux garçons un peu aigris, susceptibles, sûr d’avoir raison et donc manquant cruellement de souffle vital.
Cette deuxième tentation est la porte ouverte à la troisième, le désespoir. A trop avoir voulu compter sur nos propres forces, l’échec de l’Église devient pour nous un échec personnel. Nous avons cru que nous pouvions sauver le monde et nous avions oublié que le Christ était le seul sauveur, et que le salut qu’il propose passe par le scandale de la croix. Alors nous sommes tentés par un désespoir qui ne peut se guérir que dans la conversion profonde : celle de comprendre enfin que sans Lui nous ne pouvons rien faire, que nos échecs, nos souffrances, nos humiliations, il les a lui-même vécues et il les porte encore en nous. Il nous suffit de le suivre, de le connaître et de le faire connaître, de l’aimer et de le faire aimer. Et si l’Amour n’est pas aimé, cela n’a rien de nouveau, c’était déjà le cas lorsque Jésus lui-même prêchait pendant le temps de sa vie terrestre. Le pire serait de baisser les bras.
Cette tentation est aussi présente ici. Mais ce combat de l’Amour nous concerne tous. Ceux qui ne sont pas prêtres ne se sentent peut être pas concernés ; pourtant ils le sont. Le combat de l’amour et de la vérité doit être mené où que l’on soit. Je pense, en ce moment d’élection présidentielle en France à tous les hommes et femmes politiques qui ont choisi de servir leur pays de cette manière. Ils doivent mener un combat à bien des égards crucifiant, et le premier combat qu’ils doivent mener, c’est contre eux-mêmes, contre une ambition qui peut devenir démesurée, contre des désirs désordonnés et en particulier celui de plaire au détriment de la charité et de la vérité, au détriment de leurs propres convictions. J’admire ceux qui tiennent le coup et je prie pour eux.
Mais c’est pareil dans le monde de l’entreprise et dans la société en général où la tentation de la compromission, la tentation de l’argent, la tentation de la gloire peuvent apparaître comme irrésistibles.
En vivant ici, je m’aperçois que le cœur de l’homme est souvent malade et que le seul remède est d’accepter d’aimer comme Dieu aime et cela demande de renoncer à sa volonté propres, à son ambition et à son confort. Le carême nous rappelle souvent aussi que nous serons jugés sur l’amour. L’amour gratuit, qui se donne au point de s’oublier soi-même est vraiment la clé d’un bonheur profond et durable, tout le reste, ce sont des sirènes, parfois belles, puissantes et attirantes mais qui nous plongent dans un tourbillon duquel nous avons parfois du mal à sortir. Il faut juste ne pas renoncer au combat intérieur.

Enseigner pour apprendre

J’ai une chance inouïe ici, de pouvoir prier, réfléchir, me former grâce à la mission que l’on m’a confiée auprès des séminaristes. Je travaille en effet beaucoup, intellectuellement.
En préparant mes cours, je me suis mis à revoir mes classiques : je relis la somme de Saint Thomas (j’ai fini la première partie !), le concile, quelques livres importants de théologie et j’ai mis la dernière main sur le livre que je suis en train d’écrire sur la pudeur.
Parfois, les questions surgissant dans mon petit cerveau, me font ressembler à un savant fou (le savant en moins !) qui n’arrive pas à se sortir d’un problème qui le harcèle. Ne me considérant vraiment pas comme un intellectuel, ça me fait tout drôle.
En ce moment c’est la question du mal et de la souffrance qui m’angoisse. Il faut dire qu’ici, il y a de quoi se poser la question ! Pourtant j’ai l’impression que même si la misère est omniprésente, une certaine souffrance semble absente : celle qui est tellement présente chez nous et qui se soigne à coup de Lexomil, de Prozac ou de drogue…la désespérance !

Intelligence du coeur

Ici, la situation politique est franchement préoccupante, la situation sociale catastrophique et la situation financière…(euh en fait il n’y a pas de situation financière !) ; mais rien ne semble grave ! Ce n’est pas de l’insouciance, c’est seulement qu’ils savent vivre au jour le jour (un peu trop !).
En les voyant vivre, surtout à Tanjomoha où la foi est si vivante, j’ai l’impression de résoudre certains problèmes de théologie, comme si les pauvres avaient cette intelligence du cœur qui nous fait tellement défaut. C’est la théologie des saints, dirait le père Lethel (attention je commence mon « sermon de carême » !).

De l’enfer et du forgeron

Ainsi j’étais fermement décidé à répondre à l’un d’entre vous (du coup je réponds « à tous ») qui me posait la question de l’enfer, du purgatoire et du paradis, (le problème étant : comment Dieu, qui est tout Amour peut il rejeter des personnes qu’il aime et qu’il a créées ?) lorsqu’à Nohona j’ai vu travailler un forgeron qui brûlait une tige de fer au point de la rendre incandescente.
En le regardant faire, je ne distinguais plus le feu du fer en feu. Le fer semblait devenir du feu. Et j’ai compris que l’amour était un feu et qu’on ne pouvait comprendre ces trois états que si on les mettait en relation avec l’Amour de Dieu.
L’Amour ne rejette pas mais il ne s’impose pas non plus, il se propose. C’est mon attitude face à ce feu de l’amour qui est décisif : soit je l’accepte, soit je le refuse (c’est le combat dont je parlais plus haut). D’ailleurs, curieusement, on emploi le même mot pour décrire l’enfer et le paradis : le feu de l’enfer devient le brasier de l’amour de Dieu au paradis. « Je suis venu apporter un feu sur la terre, dit Jésus, et comme je voudrais qu’il brûle déjà (Luc 12, 49) ».
Ce feu fait mal, tant que nous ne sommes pas comme lui. Ainsi la main, si elle est de chair, est brulée par le feu, mais si ma main était de feu, le feu ne pourrait pas lui faire de mal ; au contraire, elle serait comme ravivée, dans son être même, par le feu. Il en est de même pour mon âme et pour tout mon être : Si mon âme n’est qu’amour (le paradis), elle ne peut souffrir du contact avec l’Amour mais ne peut que s’en réjouir et s’en nourrir. Si elle est partagée entre l’amour et le péché, elle souffre du contact avec l’amour pur, qui brûle en elle ce qui n’est pas amour, qui la purifie du péché, mais en même temps, puisqu’elle a déjà appris à aimer, l’Amour l’attire irrésistiblement. C’est la condition des âmes du purgatoire et notre condition ici bas.
L’amour est exigeant parce qu’il purifie notre imperfection, il peut même être difficile, voire pénible à vivre. Ainsi, pour me mettre au service de l’autre, je dois sortir de moi-même, me lever, dépasser mon égoïsme, renoncer à mes projets, me donner ; ce qu’il y a encore en moi de péché le refuse, et parfois même se révolte, au point de haïr l’Amour.
C’est pour cette raison que le Christ dérange. Il dérange nos habitudes égoïstes et nous réveille de notre torpeur, de notre mort. Si je réponds à l’appel que Dieu m’adresse à chaque instant de servir mon frère, je vais certes souffrir, me purifier, contrarier mes passions égoïstes mais je découvrirai aussi une joie nouvelle, celle d’aimer, même si parfois cela fait mal. Mais plus j’aime, plus j’ai envie d’aimer, parce que plus j’aime, plus je me sens devenir meilleur et plus je suis capable d’aimer davantage. A chaque acte d’amour que je pose, ma capacité d’aimer augmente, mon cœur se dilate, s’oublie dans une nouvelle disponibilité qui le transfigure en le transformant. Tout mon être devient feu, tout mon être se transforme en le feu de l’Amour de Dieu qui ne peut que grandir et me faire grandir, puisqu’il est infini. Ainsi mon cœur devient feu d’amour, à mesure qu’il aime, et lorsqu’il n’y a plus en lui rien qui ne fasse obstacle à l’amour, lorsqu’il n’y a plus la froideur du péché, alors cet amour brulant ne me fait plus souffrir, et le feu devient Lumière (le témoignage de ces « âmes de feu » que sont les saints, mère Térésa par exemple, est un témoignage éloquent de ce que peut faire le feu de l’Amour !).
Je suis brûlé au contact du feu parce que je ne suis pas encore feu, mais si j’étais de feu, je ne souffrirais plus du contact avec le feu. Le paradis c’est « vivre d’amour ».
A l’inverse l’enfer, c’est avoir perdu jusqu’à la dernière étincelle d’amour. Sans amour en moi, je ne peux plus comprendre l’amour, je ne peux plus l’accepter, je ne peux qu’être brûlé, agressé par lui. Rien en moi ne lui correspond. J’aime si peu que l’Amour m’est insupportable. Donc rien en moi ne peut se réjouir du contact avec l’Amour. L’enfer n’est pas un lieu, c’est un état : l’état de froideur absolue, d’indifférence totale à l’autre, de repli définitif sur soi.
On pourrait reprendre la comparaison en utilisant le rapport entre la Lumière et les ténèbres : si nous sommes ténèbres, la lumière nous repousse, mais elle nous attire si nous lui ressemblons déjà (« Et la vie était la lumière des hommes et la lumière luit dans les ténèbres…et le Verbe était la lumière véritable qui éclaire tout homme…et le monde ne l’a pas reconnu » Jn 1).
Pour celui qui n’est plus capable d’aimer, l’enfer c’est les autres. Dans Huis Clos, Sartre avait raison : il décrivait l’amour comme un enfer pour celui qui ne sait plus aimer. Son erreur, c’est de condamner tous les hommes à cet enfer en refusant d’accepter que l’amour soit possible. Effectivement, si je me regarde moi-même, je ne vois pas comment l’amour est possible ; mais si je regarde l’autre pour lui-même, si je me tourne vers l’autre sans vouloir ni le posséder, ni l’utiliser mais seulement le servir alors je me découvre capable d’aimer, et je ressemble à Dieu lui-même.
La société actuelle a bien du mal à comprendre cela, parce qu’elle est trop riche et trop autosuffisante (et donc très « suffisante » !). Elle n’est plus capable d’avoir besoin, donc elle n’est plus capable de donner. La tentation de l’autonomie et sa prétention démoniaque à vouloir tout contrôler, tout gérer, lui a fait perdre son âme, et avec son âme, sa joie. Ici la joie est partout présente parce qu’on ne peut vivre sans l’autre, sans l’Autre et son amour.
Le carême, c’est ce temps béni où Jésus nous invite à le suivre, à nous décentrer de nous-mêmes, à quitter ce qui ne peut que mourir, le péché, la haine, l’égoïsme, en sacrifiant le superflu à l’essentiel. Il y a tellement de superflu dans nos sociétés de surconsommation que le carême est vraiment nécessaire. Malheureusement c’est aussi dans ces sociétés qu’il est le moins bien vécu. Bon carême à tous. Si vous savez quitter un peu de vous-mêmes pour vous ouvrir à l’autre, au plus pauvre, au plus souffrant, alors vous vivrez la belle joie de Pâques, non pas (seulement) dans des œufs en chocolat, mais dans vos cœurs. Courage.

Chasse aux crocodiles

Pour ne pas terminer sur une touche trop moralisante, je vais vous raconter la chasse au crocodile que j’ai vécue début février avec des amis malgaches, parce que ma vie ne se réduit pas à la vie au foyer et aux cours aux séminaristes. Il m’arrive de faire de belles balades dans la campagne.
Imaginez le père Emmanuel, genre Indiana Jones, torse nu, le teeshirt sur la tête, façon bédouin (j’avais oublié mon chapeau, donc il a bien fallu que j’improvise pour que ma cervelle ne se mette pas à bouillir), en pirogue et le fusil à l’épaule, prêt à abattre le premier crocodile qui surgirait brutalement de l’eau la gueule grande ouverte (un peu comme dans Tintin au Congo quoi !).
Finalement je n’ai tué qu’un oiseau, et le crocodile qu’on a mangé le soir a été tué par quelqu’un d’autre, alors qu’il roupillait paisiblement tel un lézard au soleil.
Au goût, cela ne ressemble à rien de connu mais, contre toute attente, c’est assez bon et plutôt tendre. En brochette, en plein air, au son de la musique malgache et accompagné d’un petit rhum arrangé à la vanille, c’est même plutôt pas mal. J’attends avec impatience la tranche de serpent sautée à l’huile de palme ! Mais pour cela, il faudra que le carême soit passé. C’est un plat de luxe. Il faudra surtout que je le cuisine moi-même tant Bernida, notre exceptionnelle cuisinière à peur des reptiles, j’en ai fait l’expérience en lui apportant naïvement un beau boa trouvé aux abords du foyer !

Sur ces considérations hautement culinaires, je vous souhaite un bon carême et une belle fête de Pâques. Je prie pour vous.

Amitiés. Père Emmanuel


Portfolio

La cathédrale de fianarantsoa Effets du cyclone Bingiza à Vohipeno Vue de Fianarantsoa Le foyer de Tanjomoha Messe au foyer de Tanjomoha


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