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Père Minguet : Du cloître au management

vendredi 17 octobre 2008

Le Père Hugues Minguet réside actuellement à Sereys, près de Chomelix. Il nous livre son itinéraire, peu banal, de moine bénédictin interpellé, entre autre, par les questions d’éthique de l’entreprise.

Père Minguet, vous êtes moine bénédictin, vous en portez d’ailleurs le costume, mais vous n’êtes pas dans un monastère classique. Pouvez-vous nous expliquer cela ?

Je suis moine en effet. J’ai fait profession dans la communauté de l’abbaye bénédictine de Ganagobie, qui était autrefois à Hautecombe en Savoie. Cette abbaye appartient à la Congrégation de Solesmes.

Dans cette abbaye, j’ai occupé plusieurs fonctions, entre autres celles de maître des novices et d’hôtelier, et j’y ai été ordonné prêtre en 1985. En l’an 2000 j’ai été hospitalisé pour une banale appendicite qui n’a pas bien tourné, et là, deux paroles se sont imposées à mon esprit : « Choisis la vie », « Sois berger pour la vie ». Cela m’a beaucoup marqué et j’ai eu la conviction que ces paroles étaient un appel à fonder une communauté monastique et laïque au service de la vie. Je ne me sentais aucune âme de fondateur, au contraire. Quelques semaines après cet appel intérieur, l’évêque de Toulon qui avait appris par des amis communs l’appel que j’avais dans le cœur m’a invité à le rencontrer et après un long entretien m’a dit qu’il croyait à cet appel et était prêt à accueillir cette initiative dans son diocèse. Par la suite, le Seigneur m’a éclairé en m’envoyant un certain nombre de personnes qui me posaient des questions sur le renouveau de la vie religieuse et laïque, sur la mission. Cela m’a aidé à sortir ce que j’avais dans le coeur et à voir se dessiner les contours et les grandes intuitions de cette nouvelle communauté.

Avec un petit groupe d’amis nous avons prié. Après neuf mois, le temps d’une gestation, une quinzaine de laïcs m’ont demandé de partager avec eux ce chemin. Avec l’encouragement de l’évêque du Var, nous nous sommes lancés dans l’aventure. C’est ainsi qu’est née la « Fraternité bénédictine Cœur de Jésus, source de vie ».

Et la mission auprès des acteurs de la vie économique ?

A Ganagobie, nous avions beaucoup de contacts avec des dirigeants d’entreprises. Ils nous avaient dit leur besoin de sens, de prendre du temps pour réfléchir et ils nous demandaient de dialoguer. Le Père Abbé m’a demandé de réfléchir aux réponses qu’un monastère pouvait donner à ces demandes. Avec l’accord de la communauté, nous avons créé une Unité de Recherche composée d’une vingtaine de dirigeants et d’un syndicaliste. Cette Unité de Recherche perdure et se renouvelle. Ensuite, nous avons organisé des séminaires, co-animés par des moines et des dirigeants qui ont connu un grand succès. J’ai coordonné et animé ces activités. Lorsque, avec son autorisation, j’ai été amené à fonder Cœur de Jésus Source de Vie, le Père abbé, voyant que la Fondation se développait, m’a proposé de reprendre cette activité dans ce nouveau cadre. L’Unité de Recherche a suivi et nous développons nos formations dans le même esprit : faire le lien entre l’anthropologie, l’éthique et le management, permettre de découvrir dans des séminaires non-confessionnels la Splendeur de la Vérité….

Présentez-nous la fraternité bénédictine...

Elle est composée d’un prêtre, d’une religieuse et de laïcs. Le prêtre, c’est moi… Il y a une novice. Deux autres jeunes, une jeune femme et un jeune homme demandent à rejoindre prochainement la vie monastique. Par ailleurs, une trentaine de laïcs appartiennent à la fraternité.

Au départ, notre base était dans le diocèse de Fréjus-Toulon. Nous étions hébergés à titre temporaire dans une maison diocésaine, nous avions besoin d’un peu plus d’espace. Nous avons recherché des maisons dans le Var, mais l’immobilier était hors de prix. A ce moment-là, en 2005, nous sommes venus au Puy pour y rencontrer Mgr Brincard. La rencontre a été forte, nous avons fait la démarche du Jubilé. Mgr Brincard a été intéressé par notre démarche et notre recherche. Il désirait un renouveau de la présence bénédictine dans le diocèse. Nous avons été mis en contact alors avec les membres de l’association « Cité des Jeunes » qui gérait le domaine de Sereys. Après de fructueux échanges de vues, nous avons fusionné les deux associations : Cœur de Jésus, Source de vie et Cité des jeunes.

A Sereys habite en permanence le noyau monastique naissant. Les laïcs, célibataires ou mariés, travaillent chacun dans leurs lieux de résidence habituels (Lourdes, Montpellier, Arles, Marseille, Aix en Provence, la région Rhône-Alpes, le Luxembourg et pour notre joie la Haute-Loire...). Ils viennent à Sereys tous les deux mois pour un temps communautaire et une semaine entière pour une retraite annuelle. Ils participent aussi à l’animation des sessions que nous organisons. Sereys devient donc un lieu monastique où la fraternité laïque se ressource.

La fraternité monastique vit sous la Règle de Saint Benoît : la prière, l’obéissance, l’humilité, le silence, la vie fraternelle, l’accueil, la vie en présence de Dieu, la spiritualité du Cœur en sont les appuis. Nous y avons ajouté une note eucharistique par l’adoration quotidienne vécue en communauté. Au total, nous passons autant de temps à la chapelle que dans un monastère bénédictin classique.

Nous aimons nous référer au texte du chapitre 47 du Livre d’Ézéchiel. Il y est question d’un fleuve qui coule du côté du Temple et qui apporte la vie partout où il passe, y compris dans la Mer Morte. Le Christ est pour nous ce Temple d’où coulent des fleuves d’eaux vives. Nous vou-lons aller vers lui, entrer dans la vie de l’Esprit avec lui, pour aller vers les autres et y apporter la vie que Dieu nous donne. C’est pour cela que la fraternité s’appelle « Cœur de Jésus, Source de vie ».

Quelles sont les activités de la Fraternité « Cœur de Jésus, Source de vie » ?

Nous nous inscrivons dans la dynamique et la tradition du lieu en poursuivant l’accueil des groupes de jeunes et en développant progressivement d’autres activités.

Elles tournent autour de trois pôles : l’accueil à Sereys, l’Institut « Sens et Croissance » et l’Institut « Edith Stein ».

A Sereys nous voulons que le lieu soit disponible pour accueillir les groupes de jeunes du diocèse dans la grâce spécifique qu’apporte la vie contemplative. Nous avons reçu une récollection de l’Ecole de prière, les scouts du Puy et un groupe de confirmands d’une paroisse. Il nous faut faire beaucoup de travaux de mise aux normes pour accueillir des groupes plus importants, en particulier les Ecoles de prière l’été. En dehors de ces groupes, nous accueillions des retraitants.

L’Institut « Sens et Croissance » poursuit ses activités de recherche et d’enseignement auprès des responsables d’entreprises. Nous organisons des séminaires sur l’éthique et le management. Nous y accueillons des publics divers ; jeunes du MBA d’HEC, équipes de direction, cadres, institutionnels comme les dirigeants de la sécurité sociale etc. 90% des personnes qui fréquentent l’Institut sont incroyantes ou croyantes d’autres religions. Le but est de les sensibiliser à la dimension sociale et humaine du travail. Pour l’instant les rencontres ne peuvent avoir lieu à Sereys. Elles se déroulent à Chadenac, près du Puy.

Autre activité de la Fraternité en cours de construction, l’Institut « Edith-Stein ». Un groupe de recherche y réunira agriculteurs, mères de famille, philosophes, artistes et d’autres. Le but est de cultiver et de promouvoir une culture et une spiritualité favorisant la vie. Nous voulons contribuer à développer une culture de vie par l’accompagnement, la recherche, l’enseignement.

Vous vous appuyez sur la spiritualité bénédictine. La règle de Saint Benoît date de quatorze siècles. Est-elle encore d’actualité ?

Je le crois. D’abord parce qu’elle propose une règle. Nous avons besoin de repères. Nous avons besoin de colonne vertébrale. Ensuite, la spiritualité bénédictine a su traverser les siècles parce qu’elle fédère, elle finalise la quête de sens : « ne rien préférer à l’amour du Christ ». Le monastère est un laboratoire d’humanité ou une utopie réalisée. La spiritualité bénédictine est une pédagogie fondée sur la fidélité et l’engagement : fidélité de la communauté à l’égard de ses membres et engagement des membres pour la communauté dans un objectif commun, le Service de Dieu et celui des hommes. Dans une communauté bénédictine, personne n’est exclu, pas même les plus âgés. C’est une société où on a le droit à l’erreur et au progrès, où les talents peuvent s’exprimer, même en prenant des risques. La responsabilité y est mise en avant. La vie bénédictine est « anti-stress » : St Benoît dit : « Que nul ne soit contristé au sein du monastère ». C’est ainsi que quand on a à faire un travail on doit avoir les aides nécessaires pour le réaliser. L’équilibre entre le corporel et le spirituel est fondamental. Enfin, la vie bénédictine croit beaucoup à l’entraide et à l’émulation mutuelles.

Comment êtes vous devenu moine ?

Au départ je pensais me fiancer et je travaillais comme conseil juridique en droit économique et social. J’étais croyant et j’avais la certitude que Dieu est amour. Du coup, je me disais qu’il ne pouvait que me proposer une voie qui soit moindre que son amour infini et qu’il ne pouvait vouloir pour moi moins que cet amour. J’ai fait une retraite au cours de laquelle je faisais de la sculpture. Un moine est passé et a vu un livre que je lisais. Il m’a dit : « lisez tel chapitre, c’est peut-être votre voie ». J’ai reconnu dans le chapitre indiqué une expérience spirituelle que j’avais vécue. Lui ayant demandé un entretien, plusieurs de ses paroles sont restées gravées dans mon cœur : « Jésus veut tout, vous irez jusqu’au bout, confiez vous à la Vierge Marie, elle vous conduira. »

Une seconde retraite m’a convaincu que j’avais un appel dans la vie monastique à l’école de Saint Benoît. Une idée m’a aidé à dire oui. Je m’occupais de jeunes drogués et de délinquants : si moi je refusais le pas que Jésus me demandait, comment pourrais-je demander à d’autres de le faire pour aller vers la vie ?

J’avais été préparé à cela par ce que j’avais vécu auparavant, entre autre à la Jeunesse Étudiante Chrétienne.

Vous vivez à présent votre vocation monastique d’une façon un peu spéciale.

En entrant au Monastère je pensais ne plus jamais en sortir. L’histoire est encore plus belle que ce que j’en attendais. Je pensais qu’il y avait bien assez de fondations nouvelles et je me retrouve en train de participer à quelque chose de nouveau. Heureux toutefois d’être enraciné sur le vieux tronc de l’ordre de St Benoît !

Dans nos vies, nous devons distinguer l’idéal, c’est-à-dire notre vie telle que nous pouvons la projeter, la rêver et la vocation. La vocation, c’est trouver notre place dans le dessein et le projet de Dieu : Dieu a des vues plus larges que les nôtres, heureusement ! Avec lui, on ne peut jamais rien programmer, par contre il nous prépare longtemps à l’avance pour nos futures missions.

BP 2008



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