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Rencontre avec Marie-José de la SSVP

mercredi 16 juin 2004

Marie-José est mariée, mère de deux grands garçons. Elle n’a aucune activité salariée, et elle est membre depuis 7 ou 8 ans d’une équipe Saint-Vincent-de-Paul, une conférence plus exactement. Elle nous parle de son engagement

Qu’est-ce qui a motivé votre entrée dans ce mouvement ?

J’ai toujours eu mon regard tourné vers les autres. J’ai été Guide, Jeannette… ce qui m’a sans doute donné l’habitude de m’intéresser aux autres. Je suis d’origine espagnole, et dans la famille aussi, on était ouvert : au moment de la guerre, il fallait aider, dépanner, si bien que j’aie toujours connu cela.
J’avais envie d’aider les gens au quotidien et tout de suite. Quand les gens ont un problème, il vaut mieux le régler vite, avant que ça n’empire.
Quand on regarde le monde autour de soi, on ne peut que contempler l’ampleur de la tâche… Moi, je me disais : au moins aider les plus proches, même si, au départ, ce sont des inconnus. Après, on les connaît, c’est cela qui est important.

Pourquoi la Société Saint-Vincent-de-Paul ?

Effectivement, j’aurais pu aller au C.C.F.D., ou au Secours Catholique… Mais je souhaitais m’impliquer plus directement, plus concrètement. Un jour que j’étais à la messe à Saint-Antoine, le groupe des Carmes est venu se présenter et expliquer ce qu’il faisait. J’étais avec une amie, nous avons signé tout de suite ! Je n’aime pas l’injustice. On peut être pauvre, mais vivre dignement. Si on a l’occasion d’aider les gens à retrouver leur dignité, à reprendre confiance en eux, il faut le faire !

Ce mouvement vous a plu d’emblée ?

Oui, il répondait bien à mon désir de m’impliquer concrètement. Il est vrai que la moyenne d’âge des membres de la conférence était plutôt élevée, mais ça ne m’a pas gênée. Je les trouve très dynamiques, et je me dis que j’aimerais bien être comme eux quand j’aurai leur âge !

Comment se passe la vie du mouvement ?

En ce qui concerne le groupe des Carmes, dont je fais partie, nous nous réunissons tous les 15 jours pendant une heure. Un prêtre nous accompagne spirituellement. A partir d’un texte, nous prenons un temps de partage, de réflexion, de prière. Ce moment nous aide concrètement à réfléchir à ce que nous vivons, à voir jusqu’où nous pouvons aller.

C’est important pour vous ?

Oui, pour moi c’est un plus par rapport à un engagement "ordinaire". Ce temps de prière nous rend forts. La Parole de Dieu nous aide à garder courage.

Ensuite, de quoi parlez-vous ?

La suite de la réunion est plus pratique : chacun parle des familles qu’il accompagne. Nous exprimons les problèmes que nous pouvons rencontrer, et ensemble nous prenons certaines décisions, certaines orientations. Le fait d’en parler ensemble permet de dédramatiser, de relativiser. Chacun suit ses familles propres, mais en cas d’impossibilité, un autre peut prendre la relève.

Comment vous sont signalés les gens que vous suivez ?

Souvent, ce sont les prêtres qui nous signalent telle ou telle personne, ou alors nous-même, par connaissance…

Que se passe t’il quand un cas vous est signalé ?

C’est le responsable, M. Chometon qui prend contact. Il propose l’intervention du service, et demande aux personnes concernées si elles sont d’accord. En général, les gens ne refusent pas et nous sommes bien reçus.

Qu’est-ce qui est important dans votre démarche ?

Nous essayons de bien expliquer quelle est le but de notre aide. Nous ne venons pas pour nous occuper de leurs affaires, mais nous sommes là uniquement s’ils souhaitent que nous les aidions. Nous leur disons aussi que nous ne pouvons pas tout faire, que nos moyens sont limités.

Et ça se passe bien ?

Oui, d’une manière générale. Avec chaque famille c’est différent, selon les réactions de chacun. Tout dépend de ce qu’elles attendent, et de ce que nous, nous pouvons donner !

Quelle est votre action auprès de ces familles, de ces gens ?

C’est avant tout une démarche d’accompagnement… aussi bien sur le plan alimentaire, matériel, que sur le plan moral. En général, nous passons après l’assistante sociale. Nous essayons de résoudre avec eux certains problèmes qu’ils rencontrent, particulièrement les problèmes liés aux dettes. Lors de nos rencontres, nous tentons d’établir des priorités. Nous prenons chaque famille, l’une après l’autre, et nous essayons de déterminer celle que nous pouvons aider de manière efficace, celle à qui l’aide sera la plus profitable.

Ce n’est pas trop difficile ?

Et bien, ce n’est pas toujours évident. La misère est immense, et parfois elle est tellement grande que même notre aide ne sert à rien. Il nous faut gérer le plus urgent, comme les coupures d’électricité, les transports scolaires, les frais de déménagement et d’installation, le chauffage, les frais d’hospitalisation…
Chaque fois que c’est possible, au lieu de donner tout simplement la somme, nous faisons un prêt à 0%. L’idée étant de ne pas "assister" les gens, mais d’essayer de les responsabiliser.

D’où proviennent les fonds que vous utilisez ?

Des collectes à la sortie des messe, des dons… Emmaüs nous verse chaque année une cotisation. Et puis aussi, certains fonds proviennent des "vincentiens" eux-même, selon les moyens, de façon anonyme ou non.

Vous devez rencontrer de grandes misères matérielles et morales, est-ce que ce n’est pas trop difficile ?

Effectivement, il faut arriver à prendre du recul. Il vaut mieux ne pas avoir trop de familles à suivre car c’est assez exigeant. Il faut accompagner sur tous les plans, dans tous les domaines, et parfois de très près. Mais il arrive parfois que nous ayons de petites satisfactions.

Lesquelles, par exemple ?

Et bien lorsque quelqu’un peut nous dire : " Maintenant, ça va, je n’ai plus besoin de vous"

Ca arrive vraiment ?

Pas très souvent, bien sûr, mais oui, ça arrive.

Est-ce que votre aide est uniquement financière ?

Non, nous pouvons aussi donner des aliments. Nous nous servons surtout à la banque alimentaire. Mais nous donnons aussi des légumes du jardin des Estreys. Un peu de légumes frais, c’est mieux que les conserves, et puis avec l’association du jardin des Estreys on sait qu’on fait travailler des gens qui sont en réinsertion. Nous donnons aussi des vêtements, des meubles, nous allons à Emmaüs…
Quand nous donnons, nous avons bien conscience que ça ne va peut-être pas servir à grand-chose, mais si ça commence à enrayer le mécanisme, c’est toujours ça. Nous n’attendons pas de miracle. Au quotidien, s’il n’y a pas d’argent, nous ne pouvons pas en fabriquer !

Est-ce que vous y passez beaucoup de temps ?

L’investissement en temps est variable selon les périodes, et aussi selon ce que chacun veut ou peut faire. Parfois l’accompagnement consiste plus à de la compagnie. Il faut être là, prendre du temps pour eux, avec eux… dans certains cas, nous faisons presque partie de la famille.

Avez-vous des souhaits pour l’avenir ?

Il faudrait que nous soyons beaucoup plus nombreux, et qu’on en parle plus. Je suis sûre que plein de gens seraient prêts à aider, ou à donner. En tant que chrétiens, nous ne pouvons pas rester sans rien faire. Nous, une fois rentrés chez nous, nous n’avons plus de problèmes, eux ils en ont toujours ! Il faudrait arriver dès le départ à apprendre aux gens à gérer. La société de consommation n’aide pas…

Pour vous, quel est la plus grande difficulté des gens ?

Ceux qui ont le plus de difficultés, ce sont ceux qui n’ont pas de famille, c’est sûr ! Le travail est aussi un élément important. Quand il n’y a plus de travail, il n’y a plus de respect de soi. On peut basculer très vite et facilement ! C’est un problème de société.

Et vous, votre famille, comment réagit-elle à votre engagement ?

Mon mari n’est pas pratiquant, mais il est partie prenante. Il m’aide énormément : va voir les familles avec moi, m’aide à transporter les colis. Nous en parlons souvent. Avec les enfants aussi, nous en parlons. C’est important qu’il sache que la vie n’est pas facile pour tout le monde.

Pour conclure, pouvez-vous nous dire ce que ça vous apporte ?

Il y a des moments de lassitude et de doute.. La relève est difficile. Je suis très insatisfaite. Je ne peux pas vivre tranquille tant qu’il y a tant de misère autour de moi.
Malgré tout, cet engagement est tout de même vivifiant, il m’aide à être plus en paix avec moi-même. J’aimerais en parler plus souvent.

Germain Peyrache
Juin 2004

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