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Rome : pélerinage et médiatisation

vendredi 8 mars 2013, par J.-C. M.

Depuis longtemps les paroisses du secteur de Monistrol-sur-Loire avaient un pèlerinage à Rome. Il a coïncidé avec le départ de Benoît XVI. Jamais pèlerinage paroissial n’avait été aussi médiatisé ! Témoignage du P. Jean-Claude Morel.

"non e piu !" s’exclame cette jeune femme italienne, juste devant nous. Nous sommes sur la place Saint-Pierre de Rome avec des milliers de personnes ce mercredi 27 Février. Après son dernier discours en public le Pape Benoît XVI est reparti dans la papamobile sans traverser la foule impressionnante Les regards le cherchent, guettent son image sur les écrans géants : il n’est plus là ! "non e piu !". De Tence, Beauzac, Bas-en-Basset, Tiranges, Aurec,-sur-Loire, la Chapelle d’Aurec , Monistrol-sur-Loire, nous sommes 38 présents à Rome pour un pèlerinage envisagé depuis plus de six mois. Coïncidence avec l’actualité, nous voici témoins d’un moment historique de l’histoire de l’Eglise au cours duquel un Pape décide de se retirer ! Retour sur ce pèlerinage.

Il doit encore être là !

Si la Haute-Loire a repris ses rugueux habits d’hiver ce dimanche 24 Février, jour de notre départ, ce temps froid nous accompagne toute la journée. Spectacle superbe à Gênes avec la mer d’un côté, et la neige sur les escarpements rocheux qui la surplombent. Tout au long de la route, des averses neigeuses et des prés de même couleur. Lundi matin, la visite de Sienne nous réserve une belle giboulée de neige alors que nous sommes sur la fameuse place du Campo ! Aussitôt remplacée par un ciel bleu azur ! Ciao la neige, nous voici à Rome sous un beau soleil couchant.
Nous logeons à une ruelle du Vatican. Nos fenêtres donnent vue sur la basilique St Pierre . Aussi dès ce premier soir à Rome, nous voici en promenade sur la place St Pierre. Pour la majorité d’entre nous, c’est une découverte de la Ville Éternelle. Les regards sont admiratifs devant la basilique joliment mise en valeur par son éclairage. Déjà nos yeux se portent sur les appartements du Pape. Ils sont éclairés. "Il doit encore être là. Ce doit être émouvant pour lui de vivre ici ces derniers jours" commente l’un ou l’autre. Sur la place, face à la basilique, une poignée de Français prient.

La minute BFM TV !

Ce mardi 26 Février, nous visitons l’église St Clément à deux pas du Colisée. Là, en partant du niveau le plus bas du 1er siècle, nous remontons à ceux -du dessus du 4ème et 12ème siècle. Ici, nous découvrons la vie de l’un des premiers Papes, Clément, qui était esclave.
Alors que nous contournons le Colisée, un coup de téléphone de BFM TV. Avant notre départ la chaîne d’info nous avait contactés, se disant intéressée pour nous rencontrer et illustrer un reportage à propos du départ du Pape. Au téléphone, la journaliste précise qu’elle rappellera sans doute ce soir pour préciser les modalités du reportage. Ce qu’elle fait quelques heures plus tard. Mais il ne s’agit plus d’un reportage, ce sera un direct d’une minute au journal de 20H45 !
Elle est d’accord pour que deux personnes du groupe viennent. Coup de téléphone, le lieu de tournage est un peu plus loin. Nos deux émissaires télé courent, le téléphone sonne -où êtes-vous, vous êtes à l’antenne dans deux minutes ! -On arrive ! Devant l’estrade qui héberge de nombreuses chaînes télés, une femme nous attend et ne délivre qu’un seul laisser-passer. Le vigile refuse l’accès à l’un des deux. Vite monter les marches qui mènent à la plateforme où s’alignent les caméras face à la Via de la Conziliazone et la basilique St Pierre en point de mire.
"bonsoir dit la journaliste on est à l’antenne dans une minute". Elle pose deux ou trois questions, notre émissaire répond en direct et parle du groupe de pèlerins du diocèse du Puy qui est à Rome. La séquence est finie. La journaliste regarde son caméraman : "j’ai entendu aussi". Elle se tourne vers la personne de notre groupe qui vient de passer à l’antenne : "Dans mon oreillette, j’ai entendu qu’ils donnaient priorité au direct pour rendre compte de l’audience de DSK, je ne sais ce qu’ils auront passé de l’’interview". Renseignements pris auprès d’un téléspectateur de Haute-Loire, la quasi totalité de l’interview est passée !
Occasion de dire l’omniprésence des médias télés autour de la place St Pierre. Quant au prêtre de Haute-Loire, étudiant à Rome, qui nous guide, c’est un journaliste de Paris March qui l’accompagnera pour un sujet vidéo !

Non e più !

Le lendemain, les voies d’accès au Vatican sont interdites aux véhicules. Le jour est loin d’être levé ce mercredi matin alors qu’arrivent en vagues incessantes des milliers de personnes. Elles submergent la place St Pierre pour la dernière audience pontificale de Benoît XVI. Sous nos fenêtres, dans la rue, un groupe de jeunes italiens prépare une banderole. Un peu plus loin, nous croisons un couple et un enfant brandissant un drapeau français : "nous venons d’Angers exprès. Plutôt que de partir au ski, nous avons préféré être là".
A 10h : beaucoup de notre groupe sont sur la place St Pierre. Autour de nous des drapeaux du Brésil, Afrique-du-Sud, Philippines, Chine, Roumanie... Au bas de la place, il est encore facile d’entrer.
10h45 : à une cinquantaine de mètres devant nous, la papamobile passe sous nos yeux, les caméras, appareils photos fleurissent de partout en haut des mains. Des slogans retenus fusent pour saluer le Pape. 11h : au pied de la basilique St Pierre, Benoît XVI prend la parole "un Pape ne guide pas seul... je ne me suis jamais senti seul". Le lendemain cette phrase fera la une de "l’Osservatore Romano, le journal du Vatican, pour rendre compte de son discours. On voit le Pape sur les écrans géants. A notre droite, un homme esquisse un dessin du Pape à partir de l’image retransmise.
Tout est simple, aucune grandeur, aucun signe qui porterait au culte de la personne du Pape. L’une de nous partage : "il n’y a rien de très fort . Nous vivons un moment historique de manière ordinaire, simple. Quel contraste entre la magnificence du lieu et l’humble façon dont Benoît XVI se retire". A la fin, alors qu’il quitte la place St Pierre en papamobile, il ne traverse pas la foule. Il s’efface discrètement. Il ne veut donner place à aucune ovation. On le cherche sur les écrans : "non e più !"
Il est 22 heures. La température affichée est de 10°. La place du Vatican est vide. Un homme la traverse pendant son jogging. Les balayeuses sont à l’ouvrage. Nulle lumière ce soir dans les appartements du Pape. Dans notre groupe l’un s’exprime : "ces derniers temps, Benoît XVI a insisté sur l’importance de la fidélité au Christ et d’un renouveau de l’Église.C’est la première fois que je suis à Rome. Ces bâtiments magnifiques nous les recevons des générations précédentes. Comment , aussi, est-ce que l’Église peut aujourd’hui transmettre l’Évangile ? Jésus Christ, notre Dieu, a eu une vie pauvre et simple".

Vendredi 1er Mars

Pour nos pèlerins c’est journée libre. Ce soir nous prendrons la route du retour. C’est le moment de visiter les musées du Vatican et la renommée chapelle Sixtine. Elle est encore ouverte pour quelques jours avant de se refermer sur les cardinaux qui éliront le successeur de Benoît XVI. Depuis hier soir 20h, l’Église n’a plus de Pape. Devant les colonnes du Bernin la Poste du Vatican propose une émission spéciale de timbres à propos de ce moment particulier : "sede vacante". Il fait nuit, nous faisons halte dans une station d’autoroute encore en Italie, mais à proximité de la France : nous retrouvons la neige.

Deux points de vue sur cet événement du départ de Benoît XVI

Père Pierre de Veyrac (jeune prêtre du diocèse du Puy, actuellement au séminaire français de Rome pour des études. Il vient en paroisse à Monistrol-sur-Loire lorsqu’il revient en France. C’est en raison de sa présence à Rome que ce pèlerinage était organisé. "En étant à Rome, je me suis senti proche du Pape. Son annonce m’a donné beaucoup d’émotions même si je n’étais pas vraiment surpris parce qu’il nous y avait préparé dans une interview (lumière du monde) dans laquelle il disait ne pas exclure sa démission. Au séminaire, c’est notre Pape. Je suis entré au séminaire l’année de son élection comme Pape. Sa décision, je accueille dans la confiance parce qu’elle a été mûrie et portée dans la prière.Je ressens de la tristesse parce que j’aimais beaucoup Benoît XVI. J’éprouve aussi un sentiment de joie de voir cet homme montrer une très grande liberté à la suite du Christ ".

Les sœurs franciscaines qui hébergeaient le groupe : " Notre joie est de vivre notre vie religieuse. A vous de trouver votre joie dans votre propre vie de chrétien en famille, dans votre vie quotidienne. Tout ce que vous avez vécu aujourd’hui avec le Pape, c’est un très grand message à porter dans vos familles. Son humilité pour ne pas orienter sur lui, mais sur le Christ."


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