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Travaillez pour la vérité, la justice et la liberté

mardi 19 août 2014, par Henri Brincard

Allocution de Mgr Brincard, évêque du Puy-en-Velay, le 15 août 2014 à l’occasion des fêtes de l’assomption de la Vierge.

Je salue tous ceux qui me font l’honneur de leur présence en cette fête de l’Assomption de la Vierge Marie, patronne de la France. L’Assomption de la Vierge Marie nous rappelle que notre pèlerinage dans la patrie d’un jour est appelé à connaître un achèvement dans la patrie de toujours. Comme le dit saint Augustin : « Nous sommes des gens de passage ; travaillons donc pour les œuvres qui ne passent pas ».

Je suis très heureux que notre maison de famille vous accueille aujourd’hui. Je souhaite de tout cœur que notre rencontre favorise un climat d’amitié et des échanges dont un des buts est de permettre un exercice toujours meilleur de nos responsabilités.

Vous savez que l’Église tient en haute estime ceux qui portent le souci du bien de tous. C’est dire qu’elle entoure d’un grand respect vous-mêmes qui êtes investis d’une autorité publique dont la justification première est le service du bien de la communauté humaine. En revanche, l’Église ne pourra jamais accepter que la politique dicte arbitrairement sa loi à l’éthique. Autrement dit, la vérité éthique touchant à la vérité de l’homme, n’est pas soumise au pouvoir politique qui voudrait parfois la façonner par le biais d’une manipulation de l’opinion publique. Les choix éthiques relèvent en premier lieu des lumières d’une raison droite, lumières trouvant un achèvement sublime dans la foi chrétienne. Ne l’oublions pas : la foi ne jette pas à la contradiction mais au mystère !

Il arrive qu’en des temps où la raison est obscurcie par des préjugés aux causes multiples, l’Église, appelée au nom de sa mission propre à servir tout l’homme et tout homme, se trouve dans l’obligation de déplaire à des majorités éphémères afin de proclamer envers et contre tout les droits attachés à la véritable dignité de la personne. La foi chrétienne a même l’audace d’affirmer que tout être humain est créé à l’image et à la ressemblance de son Créateur et Sauveur. A chaque époque, les martyrs chrétiens ont préféré plaire à Dieu plutôt qu’aux hommes en offrant avec un amour universel leur vie pour affirmer les droits suprêmes de la vérité, de la justice et d’une paix durable entre les peuples.

Pour des raisons que vous comprenez, il m’est difficile de prolonger cette réflexion à peine ébauchée. Cependant, je tiens à conclure en soulignant l’urgence d’unir nos forces au service de la paix. En effet, en plusieurs régions du monde, la paix a volé en éclats en raison de dramatiques conflits. Comment ne pas citer une de ces régions sur lesquelles jusqu’à tout récemment les media ont gardé un silence troublant ? Je veux parler de l’Irak où une population souffre de violences inouïes et où nos frères chrétiens sont massacrés ou condamnés à mener une existence de parias, existence comportant des risques permanents.

Je vous invite à leur apporter en premier lieu le soutien de votre prière que nos frères et sœurs chrétiens demandent instamment comme me l’a rappelé le Cardinal Philippe Barbarin au retour d’un séjour en Irak. Il importe aussi qu’ils sachent que nous prions pour eux. Bien entendu, d’autres formes de soutien s’imposent. Je vous laisse juges de ce qu’il faut faire. Soulignons une fois encore avec une extrême fermeté que la paix des cœurs, et, par conséquent, la paix civile, exigent un respect inconditionnel de la dignité du plus pauvre et du plus petit et, d’une manière générale, de tout être humain.

En Europe, la paix des cœurs est directement menacée par des lois injustes. Comme l’histoire nous le rappelle tragiquement, la légalité ne suffit pas pour qu’une loi soit juste. Disons aussi qu’une démocratie voulant, par son bon fonctionnement, assurer une paix civile durable, doit encourager chaque citoyen à exercer, selon une conscience éclairée, ses responsabilités à l’égard de l’unité de la communauté humaine dont il est membre. C’est dire que de ce fait la vie humaine est un absolu ne pouvant en aucun cas être soumis à une volonté de puissance. Cela exige que chaque citoyen, mais plus encore ceux qui sont dépositaires de l’autorité civile, fasse preuve de courage. Cette vertu est plus que jamais nécessaire dans notre société ! Comme le bien commun est hélas ! bafoué aujourd’hui et comme sa poursuite est semée d’obstacles ! L’argent, la quête effrénée du plaisir, le désir de dominer, la tyrannie des modes et des majorités versatiles, ils sont nombreux les obstacles à surmonter pour rester fidèle à sa conscience éclairée. Au soir de notre vie, de quoi serons-nous fiers ? En quoi aurons-nous mis notre honneur ? Quelle grandeur aurons-nous désirée ? Je supplie Dieu que le souci ardent du bien de tout l’homme et de tout homme anime chacune de nos journées.

Permettez-moi de citer ici un aïeul qui s’est engagé dans l’action politique avec de fortes convictions et un grand talent oratoire. Voici le message que Montalembert, déjà atteint par la maladie qui devait l’emporter, a adressé à des étudiants et, par delà eux, à notre temps :
« Courage et confiance ! Travaillez énergiquement pour la bonne cause, pour la vérité, la justice et la liberté, et soyez sûrs que vous ne vous en repentirez jamais. (…) Laissez-moi donc vous l’avouer : moi qui ai tant lutté, tant parlé, tant écrit, et le plus souvent sans succès immédiat, je n’ai qu’un regret, celui de n’avoir pas écrit, parlé, lutté davantage, pendant que cela m’était encore possible. A la fin de toute carrière longue ou courte, brillante ou obscure, il ne reste de lumineux et de consolant ici-bas que le souvenir des efforts et des sacrifices consacrés à l’éternelle lutte du bien contre le mal, du vrai contre le faux. Il faut savoir labourer et semer sans compter sur la moisson, mais avec la certitude que cette moisson, même faite par d’autres, profitera au triomphe du bien. Ce bien est toujours difficile à faire, mais il se fait ; et depuis la venue de Notre Seigneur Jésus Christ en ce monde, il a lentement mais incontestablement progressé  ».

Que la Reine de la paix, fêtée aujourd’hui, d’une manière solennelle, nous aide à être des artisans de paix là où nous sommes et selon nos responsabilités !

+ Henri Brincard
Evêque du Puy-en-Velay




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