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Une vie cachée pour le Seigneur

vendredi 9 juillet 2010

Sœur Constance va recevoir la consécration dans la vie érémitique le 29 juillet prochain à 16h à La Chaise-Dieu. Rencontre avec une ermite.

Sœur Constance, comment est née et a grandi cette vocation à la vie d’ermite ?

Très tôt, j’ai su que j’étais Marie et non pas Marthe, mais cela n’impliquai pas la vie religieuse. Ce n’est qu’étudiante que l’appel à me consacrer à Dieu s’est précisé. J’ai une tante qui est ermite et je disais au Seigneur : « La vie religieuse, d’accord, mais pas comme ma tante ermite ». Il ne faut jamais dire ce genre de chose au bon Dieu !

Au départ, j’ai pensé au Carmel. Je suis allé voir une amie qui y était entrée. Mais j’ai tout de suite compris que ce n’était pas pour moi : j’avais l’impression d’étouffer. Mon père spirituel m’a proposé de faire une retraite en ermitage, et si dans un premier temps je n’étais pas convaincue, cela s’est imposé comme une évidence. Il est vrai que je suis déjà une solitaire. Je suis donc allée dans une laure, c’est-à-dire un lieu regroupant plusieurs ermitages autour d’une chapelle, dans les Hautes-Alpes. L’évêque du lieu m’a demandé de suivre une formation à la vie religieuse, et cela ne pouvait se faire que dans le cadre d’une vie communautaire. C’est ainsi que j’ai rejoint le noviciat des sœurs contemplatives de Saint-Jean.

Mais vous n’êtes pas restée dans cette communauté ?

À l’époque cette communauté laissait une grande place à la vie en cellule, donc à une certaine solitude ; cela m’a séduit, ainsi que leur liturgie. Il y avait surtout une grande charité fraternelle qui m’a beaucoup aidée. Mais petit à petit, il est apparu évident que je n’étais plus à ma place. J’aspirais à plus de solitude et la communauté des sœurs de Saint-Jean évoluait vers plus de vie commune.

Dans un premier temps, j’ai eu la permission de quitter la communauté pour chercher un lieu pour vivre cette vie d’ermite à laquelle j’aspirais. J’ai passé une annonce dans la revue des Amis des Monastères et le maire de Bonneval, tout près de La Chaise-Dieu, m’a proposé la « Maison de la Béate » que la mairie voulait réhabiliter. Je connaissais déjà la région car j’avais fait visiter l’abbatiale de La Chaise-Dieu pendant deux étés au début des années 90 et j’avais beaucoup aimé le lieu.

La prieure générale des Sœurs de Saint-Jean, qui était toujours ma supérieure, a contacté Mgr Brincard qui a accepté, après l’accord de son Conseil, de me recevoir comme ermite dans son diocèse. J’ai donc vécu plus d’un an à Bonneval pour voir si je m’acclimatais et si je pouvais trouver un lieu plus adéquat car la restauration de la maison à Bonneval ne s’est pas faite. J’ai trouvé un terrain suffisamment proche de La Chaise-Dieu pour aller à la messe à pied et un petit héritage m’a permis d’y construire une maisonnette en bois.

Avec le Père Harrouet nous avons rédigé des statuts qui précisent les différents aspects de ma vie (pour une communauté c’est la Règle et les Constitutions) et c’est ainsi que me voici parvenue à cette consécration. Que de chemin parcouru depuis 1993 !

soeur constance ermite maison beate

Comment présentez-vous cette vocation à la vie d’ermite ?

L’ermite est une religieuse contemplative avec une exigence plus grande de solitude.

D’un certain côté, je mène une vie tout ce qu’il y a de plus normale : comme tout le monde, je me lève le matin, je travaille, je fais mes courses, le ménage… rien de très extraordinaire dans tout cela. C’est quelque chose qui diffère déjà de ce qui se passe dans une communauté où l’on est beaucoup plus pris en charge quant aux choses matérielles. De plus dans une communauté, on est souvent spécialisé dans un domaine : la couture, le ménage, l’administration… et l’on en sort peu. Rien de tel dans ce que je vis : je dois me débrouiller seule avec les tracas administratifs (Sécurité sociale, assurance...) et la gestion du quotidien ; je dois aussi me démener pour trouver du travail, ce qui n’est pas facile dans les circonstances actuelles. J’ai vécu un temps avec le RMI. Pour être ermite, il faut avoir les pieds sur terre. On ne vit pas sur un petit nuage.

Mais toutes ces tâches de la vie courante, j’essaie de les vivre dans une profonde union à Dieu. Je laisse une grande place à l’oraison et à la Parole de Dieu. L’ermite rappelle qu’il n’y a pas que le téléphone portable, la télévision et les plaisirs immédiats mais que le Seigneur est là ! C’est un labeur, un combat, tant pour le matériel que pour le spirituel. Ce n’est pas facile tous les jours.

Il a fallu que je demande une dérogation pour ne pas être obligée d’avoir des prises de télévision partout dans l’ermitage : ce n’était pas dans les normes ! J’ai tout de même un ordinateur et une connexion internet, mais c’est pour moi un outil de travail.

Vous venez de parler de votre travail : en quoi consiste-t-il ?

Je travaille à domicile. Je fais de la relecture de texte pour des éditeurs, pour des thèses. Je fais aussi un peu de travail administratif et de comptabilité pour la paroisse de La Chaise-Dieu qui avec deux associations casadéennes m’a demandé de mettre en œuvre et d’assurer le suivi du site internet de La Chaise-Dieu (www.abbaye-chaise-dieu.com).

Mais tout cela ne suffit pas pour assurer le quotidien : si des lecteurs veulent me confier du travail, je suis preneuse !

Ermite, cela veut dire que vous ne rencontrez jamais personne ?

Je ne provoque pas les rencontres, mais je ne refuse pas les contacts. Je ne vais pas chez les gens, mais quand les enfants du village me saluent en me criant : « Bonjour sœur Constance ! », je leur réponds bien sûr. Je vais à la messe à la paroisse de La Chaise-Dieu ; je parle aussi avec les commerçants, les caissières du supermarché où je fais mes courses, les personnes pour qui je travaille… Au début, les gens étaient un peu étonnés, puis nous nous sommes apprivoisés. La famille reste très présente. Je vais voir ma mère une fois par an. Elle vient aussi de temps en temps. J’ai d’excellents rapports avec mes voisins les plus proches. Ils ne sont pas croyants mais ils ont une très grande sensibilité.

La vocation érémitique est avant tout un appel à vivre caché, à accepter de n’être rien, aux yeux du monde tout au moins, à être enfoui dans la solitude au profit d’une vie plus intense avec le Seigneur. Mais cela demande aussi un grand sens des réalités. J’essaie d’être un signe.

Comment a été compris votre engagement autour de vous ?

La vie religieuse contemplative communautaire n’est déjà pas bien comprise, alors la vie érémitique ! Certains membres de ma famille ont très bien compris ce que je veux vivre, d’autres moins… Entre mon frère, mes deux sœurs et mes trente-deux cousins il y a un large éventail de réactions !

Quels sont les liens qui demeurent avec la communauté Saint-Jean ?

soeur constance ermite chaise dieu Je n’ai pas de liens institutionnels avec la Congrégation. Je ne dépends que de l’évêque du Puy et de son délégué pour la vie consacrée, le père Harrouet. Cela dit, je suis en lien avec les frères, ne serait-ce que parce que je participe à l’eucharistie au prieuré et à la paroisse de La Chaise-Dieu dont ils ont la charge. J’ai gardé quelques liens personnels avec certaines sœurs contemplatives de Saint-Jean.

Je dois beaucoup à la Congrégation Saint-Jean. J’ai été marquée par l’enseignement du Père Marie-Dominique Philippe ; en particulier par sa lecture de la Parole de Dieu et la façon dont son enseignement théologique se nourrissait de la grande Tradition de l’Église qu’il savait nous rendre accessible. J’aimais déjà saint Jean et la Vierge Marie qui sont très importants dans la spiritualité de la Congrégation, ainsi que ces longs temps de prière silencieuse devant le Saint-Sacrement exposé.

Mais, avec ce que j’ai reçu de Saint-Jean, je suis aussi touchée par sainte Thérèse d’Avila. En plus, elle est drôle ! J’aime beaucoup aussi les écrits des Chartreux, des Pères de l’Église pour leurs commentaires de la Parole de Dieu, surtout saint Augustin et saint Thomas.

Comment se déroulera la célébration du 29 juillet ?

Le rituel est à peu près le même que celui des vœux des religieuses en communauté. Rien n’est expressément prévu pour la consécration d’une ermite, alors, avec le Père Harrouet, nous avons un peu adapté. C’est l’évêque qui préside la cérémonie et qui reçoit mes vœux : ce que je vis est une mission confiée par l’Église, la mission de la prière.




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