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Vers qui tournons-nous nos regards ? Vers qui Dieu tourne-t-il son regard ?...

mardi 8 septembre 2015

Homélie du dimanche 6 septembre 2015 lors de la rencontre inter-paroissiale de Craponne par Mgr Luc Crepy, évêque du Puy.

Vers qui tournons-nous nos regards ? Telle est la question que pose saint Jacques quand nous sommes face à quelqu’un de riche et à quelqu’un de pauvre. Vers qui Dieu tourne-t-il son regard ? Telle est la question qui traverse également les lectures de ce jour.

L’actualité de cette semaine nous pose brutalement ces questions avec la venue massive de migrants en Europe… avec cette photo terrible de ce petit garçon, échoué sur le rivage, mort sur le sable après avoir fui son pays en guerre. Le choc des photos nous oblige à regarder la réalité aussi difficile soit-elle, aussi complexe soit-elle, aussi tragique et absurde soit-elle… Il est plus simple de détourner notre regard et, comme le note saint Jacques, il est plus facile de nous tourner vers ce qui nous gratifie plutôt que vers ce qui nous dérange… comme les pauvres, les migrants…

Nous pouvons entendre cette question et nous culpabiliser… mais cela ne mène à rien. Il est plus important de constater notre difficulté – notre impuissance, parfois – à oser regarder en face dans notre monde, ce qu’il y a d’injuste, de dramatique, d’inhumain… Alors, forts de cette prise de conscience, nous serons peut-être capables, avec les hommes et les femmes de bonne volonté, de relever les manches. Modestement mais concrètement, nous essaierons de participer aux efforts pour accueillir ceux qui n’ont plus rien et nous porterons un regard de bienveillance sur les exilés d’aujourd’hui. Un regard de compassion vers le plus pauvre, le plus petit, est toujours une expression de la grandeur de l’être humain. N’oublions jamais la question de Dieu à Caïn : « Qu’as-tu fait de ton frère ? »

Pour nous croyants, nous avons la chance au cœur de notre foi de trouver un soutien, une force, un dynamisme… en contemplant dans l’Ecriture le regard de Dieu sur l’humanité. Qu’est-ce qui attire le regard de Dieu quand il regarde notre monde ? Vers qui se penche l’amour bienveillant du Père ? Vers qui se tourne le regard du Christ dans l’Evangile ? Quels sont ceux qui exultent de joie sous l’action de l’Esprit Saint ?

Ecoutons les prophètes qui tout au long de la Bible nous disent que Dieu, sans cesse, regarde la veuve, l’orphelin, l’étranger… c’est-à-dire tous ceux que nos sociétés ne regardent guère… Dieu prend soin des plus fragiles, des plus petits… Jésus, dans l’Evangile, tourne son regard vers les exclus – les lépreux, les malades – et les accueille, les guérit, leur permet de retrouver leur place dans la société et leur dignité… Le regard de Dieu se tourne sans cesse vers ceux que nous oublions ou que nous ne voulons pas voir. La manifestation de l’amour de Dieu est pour tous – les riches et les pauvres – mais en se manifestant plus particulièrement aux pauvres, elle souligne qu’elle est vraiment pour tous et pas seulement pour certains… Voilà la Bonne Nouvelle dont nous sommes porteurs et dont nous cherchons à témoigner en tournant notre regard vers les migrants…

Le choix préférentiel de Dieu pour les petits et les pauvres ne nous est pas spontané, naturel… mais pourtant il constitue un appel fort à changer notre regard et sur nous-mêmes et sur les autres. Dieu nous accueille nous-mêmes dans nos pauvretés et nos fragilités… il ne détourne pas son regard de notre péché et de notre faiblesse mais nous aide à avancer, à nous relever, à espérer… Cette expérience du regard de Dieu sur notre propre pauvreté, nous conduit à convertir notre regard sur les autres, à ne pas nous attacher aux apparences, à rester attentifs à ceux qui souffrent, même – et surtout – s’ils dérangent. « Ce que l’Esprit suscite n’est pas un débordement d’activisme, mais avant tout une attention à l’autre qu’il considère comme un avec lui. Cette attention aimante est le début d’une véritable préoccupation pour sa personne, à partir de laquelle je désire effectivement son bien. » (François, La joie de l’Evangile, § 199).




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