Le père Jean Grangette est né le 26 août 1938 à Sainte Sigolène et ordonné le 29 juin 1966.
L’essentiel de son ministère s’est déroulé dans la Bassin minier où il arrive dès son ordination comme vicaire stagiaire à Sainte-Florine. En 1971, il est nommé aumônier fédéral JOC-JOCF du Val d’Allier, puis coordinateur en monde ouvrier dès 1974, il devient ensuite coopérateur sur l’ensemble paroissial du Bassin minier en 2002. En 2005, il est coopérateur à Thiers dans le Puy-de-Dôme avant de prendre sa retraite en 2010 à Sainte-Sigolène où il s’est éteint ce lundi 10 février 2025.
Ses obsèques ont été célébrées vendredi 14 février à Sainte Sigolène suivies de l’inhumation dans le cimetière de Brassac-les-Mines.
Dans l’Espérance de la Résurrection nous prions pour le repos de son âme.
Dans son testament : Mt 10,7 : « Sur votre route, proclamez que le royaume des Cieux est tout proche. »
Homélie par le Père MOURIER
Jean tu nous rassembles pour ce rendez-vous avec le Dieu Amour. Et me voilà avec la responsabilité de commenter cette Parole de Dieu choisie par ta famille… 50 ans en arrière c’est toi qui m’as initié à cette Parole. Cette Parole que tu as méditée, partagée, annoncée avec foi. Cette Parole de Dieu que tu as voulu incarner et rendre accessible à Tous selon la spiritualité du Père Chevrier le fondateur de la famille du Prado. Elle a imprégné toute ta vie de prêtre.
Tu as voulu, à la manière du Christ, t’incarner dans ce peuple du bassin minier et y rester fidèle jusqu’à l’inhumation au milieu de ce peuple à Brassac les Mines. Fidélité aussi avec les membres de ta famille avec les plus anciens et les plus jeunes ; Fidélité aux gens simples, aux plus pauvres, à ceux que la société laisse de côté… Fidélité au Prado avec au cœur suivre Jésus Christ de plus près…
Le témoignage que tu nous laisses nous aide à comprendre ces passages de la Parole de Dieu que nous venons d’entendre…
Dans la première lecture, L’apôtre Paul nous dit que Dieu est pour nous. Il a pris le parti d’être de notre côté : « Dieu a tant aimé le Monde qu’il nous a donné son fils… »
Et St Paul ajoute : « Jésus Christ est mort ; il est ressuscité et il intercède pour nous. » la certitude de Paul : « rien ne peut nous séparer de l’amour de Dieu qui est en Jésus »
Jean était habité lui aussi par cette certitude : rien ne peut nous séparer de l’amour de Dieu. Du coup il a pris le même chemin que ce Dieu qui s’est proche des hommes par amour. Il a choisi de témoigner de cet amour de Dieu au cœur du peuple du Bassin minier…
Ce mouvement de Dieu qui vient partager notre vie humaine par amour qui s’est abaissé jusqu’à nous est difficile à comprendre et à vivre. Comment trouver de l’efficacité, de la fécondité, de la joie dans ce mouvement ? Jésus va jusqu’ au bout du don de soi, jusqu’à la croix par amour.
L’évangile nous éclaire. Jésus prépare ses disciples, à cette échéance de la croix, ceux d’hier, ceux d’aujourd’hui, avec cette comparaison, cette parabole du grain de blé qui meurt en terre et qui produit de nombreux grains… Cette heure dont parle Jésus c’est la croix : le moment décisif où il fait don de sa vie par amour… Don qui l’a conduit à la résurrection et à la vie. Il conduit à la fécondité et l’espérance…
Parce que Jean a beaucoup donné, sa vie reflète une grande fécondité. Vous l’avez exprimé avec ces mots : « Ta vie imprégnée de l’Evangile tu l’as vécue au quotidien… et tu as essaimé puisque certains de ta famille se sont aussi engagés dans l’action catholique… »
Nous pouvons rendre grâce, dire merci à Dieu d’avoir mis Jean sur notre chemin avec le psaume : « Que mon cœur soit en fête pour toi et que sans fin Seigneur mon Dieu, je te rende grâce. »
Il me semble que le père Chevrier disait : « Que c’est beau une vie selon l’Evangile. »
Méditation
Sur votre route, proclamez que le Royaume des cieux est tout proche. Ce verset de l’Evangile selon Saint Matthieu, Jean l’avait glissé, inscrit dans son testament. C’est très émouvant, voyez-vous, parce que, dans un testament, nous plaçons, d’une certaine manière, ce que nous aimerions que l’on n’oublie pas, ce qui nous tient particulièrement à cœur au-delà de nous-mêmes. Il y a ce qui est de l’ordre du matériel, bien sûr, mais en inscrivant ce verset, Jean nous interpelle déjà sur le fait que, l’essentiel de ce qui doit rester, ce qu’il y a de plus précieux, n’est peut-être pas d’ordre matériel…
Sur votre route, proclamez que le Royaume des cieux est tout proche. Accompagner une personne, en l’occurrence un prêtre de Jésus-Christ, vers la Maison du Père, c’est peut-être d’abord faire mémoire de ce que l’Esprit-Saint lui a permis d’incarner dans sa vie. Vous savez, l’Esprit-Saint sème toujours la beauté de son œuvre dans la vie des personnes ; il le fait dans la variété époustouflante de ses dons, et à travers eux, il nous laisse toujours quelques messages, un peu comme si celui ou celle qui s’en va tout en restant, nous faisait un petit sourire complice, de ces sourires qui parlent et qui nous disent : « ne laisse pas totalement de côté telle ou telle dimension… » Et comment Jean a-t-il essayé de traduire dans sa vie la proximité du Royaume des cieux ? Homme discret, il ne parlait pas beaucoup du Royaume, il essayait de le vivre, avec ses limites, comme chacun et chacune d’entre nous. Jean était l’homme de l’écoute, de l’attention, et la proximité du royaume de Dieu c’était sa proximité avec ses gens. Je dis « ses », non pas par condescendance, mais parce qu’ils étaient les siens, sa part du troupeau que le Seigneur lui avait confié… il était devenu l’un d’eux à tel point, qu’il veut reposer au milieu d’eux… la bonté du pasteur. L’anecdote qui m’était livrée hier (une parmi tant d’autres lorsque l’on passe 39 ans sur un même terrain), témoigne aussi de cette bonté. « Je suis trop vieux pour monter dans le cerisier », disait-il aux enfants du catéchisme, lorsque celui-ci se couvrait de beaux fruits vermeils, « vous devriez y aller !… » Vous pensez bien que les enfants ne se le faisaient pas dire 2 fois et qu’ils ne rapportaient pas beaucoup de cerises au bon père ! Et puis, combien de visites, combien de petits actes posés, cher Jean ?
Sur votre route, proclamez que le Royaume des cieux est tout proche. Jean nous passe le témoin : avec ce verset, il nous presse de trouver nos propres façons d’annoncer le Royaume, mais si nous sommes ici, éclairés par le Cierge Pascal-Lumière du Christ Ressuscité, c’est parce que pour nous, Jean n’est pas un absent, il est loin de n’être qu’un souvenir, si beau soit-il, qui n’appartiendrait qu’au passé, il est vivant autrement, il nous aidera et le Royaume des cieux, si nous y mettons du nôtre, restera tout proche ! AMEN