Mot d’accueil lors des obsèques par P. Emmanuel Dursapt

Né le 28 mars 1949, il a fait ses études à Lyon. Il est ordonné prêtre pour le diocèse du Puy, en 1976. En 1982, le père Gire est nommé directeur du Collège du Sacré-Cœur à Yssingeaux. En 1986, il devient professeur aux facultés catholiques de Lyon. La même année, il est nommé Doyen de la Faculté de Philosophie de Lyon puis il devient Vice-Recteur de l’Université catholique de Lyon. Il devient ensuite responsable du 3ème cycle à la Faculté de Philosophie de Lyon. Récemment encore, il donnait des cours.

Il s’est éteint à l’hôpital Saint-Joseph à Lyon le dimanche de Pâques 1er avril 2018.

Nous voici donc autour de Pierre ; notre présence est tout autant un élan d’amitié (envers lui, envers les siens), qu’un témoignage de la Foi qui nous anime. Je dois au Père Lucien CLAUZIER, ami de Pierre et prêtre de notre diocèse ainsi qu’à ses frères et sœurs dont il était très proche, la plus grande partie des éléments qui vont suivre.

Pierre est donc né à Moudeyres, au pied du mont Mézenc, le 28 mars 1949, aîné d’une famille de cinq enfants. Après avoir fait ses études secondaires à La Chartreuse, c’est au séminaire du Puy qu’il poursuit sa formation vers le sacerdoce avant d’être ordonné prêtre dans son village natal, en 1976. Très vite, il se dirige vers l’enseignement : d’abord professeur de philosophie à La Chartreuse, il est nommé directeur de l’Institution du Sacré-Cœur à Yssingeaux en 1982, puis professeur de philosophie à l’Université Catholique de Lyon, en 1986, année d’obtention de son doctorat. Vice-recteur de l’Université Catholique de 1992 à 1999, Doyen de la faculté de philosophie de 99 à 2005, il est nommé Directeur de la recherche en 2012.

Pierre avait l’âme d’un philosophe, il était fait pour la philosophie : spécialiste de Maître Eckhart, qu’il appréciait tout particulièrement, il a écrit de nombreux ouvrages, ses réflexions se dirigeant tant vers les fondements de la Morale que vers les philosophies en quête du Christ ; il a aussi donné bien des conférences à travers la France entière : certains d’entre nous se souviennent certainement de son intervention sur la Dignité humaine donnée l’année dernière, à l’IUT du Puy. Intellectuel certes, mais en même temps très attentif à ses étudiants : Pierre aimait transmettre, il aimait faire naître et grandir le goût pour la réflexion philosophique, et même lorsqu’il lui arrivait de rentrer bien tard d’un séminaire auquel il avait participé à des centaines de km, il ne manquait pas d’être fidèle au cours qu’il avait à assurer le lendemain matin !

Prêtre enfin. C’est parce qu’il portait le souci de l’évangélisation et du bien spirituel des personnes que Pierre a accompagné religieux, religieuses, fidèles laïcs sur « le chemin raboteux du salut » comme aurait dit Péguy. Et c’est pour la même raison que, lorsqu’il venait se reposer à Moudeyres (mais que signifiait « se reposer » pour lui ?), Pierre célébrait volontiers l’Eucharistie pour et avec les communautés chrétiennes de nos campagnes auxquelles son cœur était resté profondément attaché, lui qui avait été élevé à la Prélature d’honneur de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI, en 2009.

Pierre nous a quittés dans la nuit de Pâques, la nuit de la Résurrection du Christ : c’est peut-être là un signe qui nous est donné alors même que nous avons cette ferme espérance que le Seigneur saura bien faire partager sa Vie de ressuscité à celui qui a essayé de mettre toutes ses capacités à son service au long de sa vie terrestre ! A toute sa famille (avec une pensée particulière pour sa maman qui est en maison de retraite ici à Laussonne), nous présentons nos condoléances. Ensemble, demandons au Seigneur d’accueillir dans sa Lumière, celui qui l’a cherché !

Homélie des funérailles par P. Thierry Magnin

Merci à la famille de Pierre d’avoir choisi ces textes magnifiques de la Parole de Dieu qui correspondent si bien à notre cher Pierre, l’hymne à la charité « s’il me manque l’Amour-La Charité, je ne suis rien » dit St Paul, et la prière de Jésus qui demande au Père de « consacrer ses disciples dans la vérité » et de les garder pour qu’ils aient en eux sa joie dans la plénitude. La Charité et la Vérité, indissociables dans la vie de Jésus, puis dans celle du converti St Paul, indissociables je le crois chez Pierre : beaucoup d’entre nous ont pu observer chez lui cette alliance entre la compétence du prof de philo en quête du Christ et la bonté de l’homme, sa confiance, son enthousiasme, sa force discrète et bienveillante.

Mais avant d’aller plus loin dans ces beaux textes, je voudrais souligner combien Pierre rassemble ce soir ses trois familles. Sa famille avec ses frères et sœurs et leurs descendants : merci à vous de nous accueillir ici dans cette belle terre de Haute-Loire qui vous est chère et qui l’était pour Pierre (l’humble fierté avec laquelle il disait « je suis de Haute Loire, fils de paysans ») ; nous vous disons notre proximité, notre prière commune et notre présence pleine d’affection. Il y a aussi sa famille du presbyterium du diocèse du Puy qui lui était aussi très chère. Merci également de nous ouvrir votre porte. Pierre a raconté un jour à l’un d’entre nous- avec un brin de fierté là aussi – que alors qu’il était en licence, quand il avait dit aux profs de philo de Lyon 3 qu’il allait s’engager vers la prêtrise, on lui a répondu, alors qu’on lui voyait une possible belle carrière universitaire, « c’est un enterrement de première classe ! » Au contraire, quelle fécondité, justement celle de l’alliance entre la charité et la vérité, entre foi et raison !

Il y a enfin la famille de la Catho de Lyon, que le recteur représente en quelque sorte mais dont pas mal de membres ont tenu à venir prier ici, avec et autour de notre Pierre. C’est une vraie famille dans laquelle Pierre est un élément clé, plein de sagesse, un professeur reconnu et disponible à ses étudiants, spécialiste d’éthique, d’éducation, de Philosophie de la religion et de Maître Eckart en particulier. Et de l’intérieur de ses grandes compétences qui lui ont aussi permis d’être Doyen de la faculté de philosophie, vice-recteur et directeur de la recherche à la Catho de Lyon, nous avons côtoyé un homme humble, présent, attentif, ouvert à des personnes de tout horizon ; il n’avait pas toutes les qualités, rassurez-vous : c’était un professeur qui comme tout bon prof râlait assez facilement contre tout système un peu contraignant (on est tous comme ça, nous les profs, râleurs mais avec amour en ce qui concerne Pierre !)

La quête de vérité est à la base du chercheur en philosophie. Mais comme le disent les textes de la Parole de Dieu, c’est la pratique de la charité qui donne à la quête de vérité toute son ampleur, son intelligence fine qui fait voir loin, qui ouvre de nouveaux espaces pour comprendre et pour aimer, qui permet d’aller au-delà des clichés, au-delà des certitudes toutes faites, qui pénètre dans l’intériorité et la profondeur des êtres, des gestes et des choses.

Le pape Benoît XVI dans une homélie du 8 décembre 2009 sur ce passage de l’Ecriture si provocant où Jésus s’adresse à son Père « Heureux es-tu d’avoir caché cela aux sages et aux savants et de l’avoir révélé aux tout-petits » disait des paroles très fortes en ce sens : Comment bien faire de la théologie se demandait le savant Benoît XVI ? Nous avons entendu le Seigneur louer le Père d’avoir caché le grand mystère du Fils, le mystère trinitaire, le mystère christologique, aux sages, aux savants – ils ne l’ont pas connu – mais de l’avoir révélé aux tout-petits… Il y a une manière d’être savant tout-puissant qui peut fermer l’esprit humain à la quête de la vérité. Et puis il y a l’autre façon d’utiliser la raison, d’être savant : celle de l’homme qui reconnaît qui il est ; il reconnaît sa propre taille et la grandeur de Dieu, en s’ouvrant humblement à la nouveauté de l’action de Dieu. Ainsi, justement parce qu’il accepte sa petitesse, qu’il se fait aussi petit qu’il l’est réellement, il arrive à la vérité. De cette façon, la raison aussi peut exprimer toutes ses possibilités, elle ne s’éteint pas, mais elle s’élargit et devient plus grande. Magnifique attitude que Pierre nous a souvent révélée à sa façon, comme disciple d’un certain Jésus qui l’a incarnée jusqu’au bout de l’Amour-Charité-Vérité !

Pierre a travaillé cette attitude d’ouverture à Dieu à travers l’oeuvre de Maître Eckhart, théologien, philosophe, mystique chrétien rhénan du 13eme-14eme siècle, un dominicain qui a scruté le mystère de Dieu, la Vie de Dieu et en Dieu et le mystère de l’Homme qui par le Christ passe en Dieu. Il a travaillé sur cette Vie Absolue qui est en Dieu. On peut traduire ainsi : on n’aura jamais fini de découvrir Dieu qui toujours est plus profond que tout ce qu’on peut en dire, même quand on est un grand théologien et philosophe ! Et en même temps le Christ à travers ses paroles, ses gestes et ses actes qui manifestent la Charité-l’Amour tout donné, introduit quiconque s’ouvre à lui à cette profondeur, qu’il soit ou non théologien ou philosophe. Le Christ peut naître au fond du cœur qui s’ouvre à lui, même le plus démuni, et nous entraîner à découvrir la profondeur de notre humanité appelée à découvrir la profondeur de Dieu.

Pierre est un témoin ardent de la fraternité en Christ. Il l’a vécue à sa façon auprès de nous, dans les méandres du quotidien, dans les méandres de la maladie dans la dernière partie de sa vie. Peut-être est-ce justement dans cette partie plus difficile de son existence, révolté parfois par sa maladie, qu’il a profondément accueilli l’Amour plus fort que toute mort. Le jeudi saint en vivant le sacrement des malades et l’eucharistie avec Mgr Gobillard dans sa chambre d’hôpital, le vendredi saint dans l’humble prière que deux d’entre nous ont partagée avec lui…avant de s’en remettre totalement à Dieu au matin de Pâques. Ce « passage de Pâques » si je puis dire nous fait signe et nous invite à l’espérance que sème une vie donnée pour que d’autres aient la Vie, et qu’ils l’aient en abondance…

Laussonne, 4 avril 2018