Cathédrale Notre-Dame de l’Annonciation au Puy-en-Velay

« Si donc vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les réalités d’en haut : c’est là qu’est le Christ, assis à la droite de Dieu. » (Col 3, 1) Déjà « ressuscités avec le Christ » : saint Paul exprime de manière forte ce qu’est la vie chrétienne et, plus précisément, ce qui en est le commencement, jamais terminé, à savoir le baptême. En ce jour de Pâques, nous voyons le cierge pascal, allumé ce matin dans la nuit finissante, comme une lumière qui appelle une plus grande lumière, celle du Christ. Nous voyons l’eau baptismale – signe du passage de la mort à la vie – dans laquelle sont baptisés les catéchumènes qui naissent à la vie de Dieu. Rappelons-nous ainsi que par le baptême, nous sommes entrés dans la vie nouvelle inaugurée par la résurrection du Christ. Il n’est pas possible de séparer le baptême de la célébration de Pâques, car ce que nous fêtons à Pâques, est au cœur même du premier des sacrements : la résurrection du Crucifié et la participation à la vie même de Dieu. Pour nous baptisés, la résurrection du Christ nourrit notre espérance, nous permet d’oser regarder la mort en face, aussi difficile soit-elle, nous donne la joie d’annoncer une Bonne Nouvelle à toute l’humanité.

Etre chrétien, sachant qu’il nous faut le devenir chaque jour, ne se réduit donc pas à une croyance à laquelle on adhère par habitude ou par commodité, ni à une somme de choses à faire, ni encore à quelques principes aussi bons soient-ils. Sinon, inutile que le Christ soit ressuscité, car il suffirait de garder le souvenir de l’exemple qu’Il nous a donné et de nous en inspirer. Cette tentation d’une approche superficielle de la foi n’est pas nouvelle. Déjà dans la communauté de Corinthe, Saint Paul, perçoit un certain relativisme quant à la résurrection et il interpelle vivement les corinthiens dans une phrase célèbre : « Si le Christ n’est pas ressuscité, notre proclamation est sans contenu, votre foi aussi est sans contenu. » (1Co 15,14) La foi sans la résurrection du Christ est une foi vaine ! La foi chrétienne est une relation avec une personne vivante et non pas avec une personne morte, il y a plus de 2000 ans. Etre chrétien, c’est rencontrer le Ressuscité, le Christ vivant qui marche avec nous comme sur le chemin d’Emmaüs, et qui promet à ses disciples, en les quittant, qu’Il serait avec eux jusqu’à la fin du monde (cf. Mt 28, 20). La vie nouvelle reçue à notre baptême est une vie avec le Christ !

Certes nous ne voyons pas le Christ ressuscité mais nous croyons. C’est l’expérience première et fondamentale de la résurrection : Jean entre dans le tombeau, il n’y a rien à voir, alors il vit et il crut (Jn 20,8). Le tombeau est vide, c’est aussi l’expérience des femmes au petit matin de Pâques : il n’y a rien à voir ! De même, un peu plus tard, quand Jésus apparaît à ses disciples, en l’absence de Thomas, celui-ci ne veut pas croire que Jésus est ressuscité, tant qu’il ne le verra pas, tant qu’il ne verra pas les marques du crucifié. Et Jésus, en apparaissant de nouveau, lui donne la dernière béatitude de l’Evangile : « Parce que tu m’as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu. » (Jn 20, 29) Cette béatitude s’adresse à chacun et chacune de nous.

La vie chrétienne, c’est vivre avec le Christ ressuscité. « Ce n’est plus moi qui vis, mais c’est le Christ qui vit en moi. » (Gal 2,20) dit saint Paul. Vivre avec le Christ, c’est avec Lui savoir porter les croix de l’existence, et elles sont nombreuses en ces temps difficiles d’épidémie, d’inquiétudes pour l’avenir de notre planète, d’abus en tous genre et d’injustices. Vivre avec le Christ qui s’est fait le Frère de toute personne humaine, c’est travailler à plus de fraternité dans notre monde, comme nous y invite le pape François : « La foi fonde la reconnaissance de l’autre sur des motivations inouïes, car celui qui croit peut parvenir à reconnaître que Dieu aime chaque être humain d’un amour infini et qu’Il lui confère une dignité infinie. A cela s’ajoute le fait que le Christ a versé son sang pour tous et pour chacun, raison pour laquelle personne ne se trouve en dehors de son amour universel. [1]» Vivre avec le Christ, c’est aussi avec Lui chercher à faire la volonté du Père, un Père plein de tendresse et de miséricorde. Vivre avec le Christ, c’est finalement n’avoir qu’un seul cœur et qu’une seule âme avec Lui, comme le dit souvent saint Jean Eudes.

Comme l’apôtre Pierre, à Césarée, dans la maison du centurion romain, nous – baptisés – sommes appelés à témoigner de notre foi au Christ mort et ressuscité. Vivre avec le Christ, comme des disciples missionnaires, c’est être envoyé par Lui en mission pour annoncer que le Règne de Dieu est déjà présent dans le monde et que « la résurrection du Christ produit les germes de ce monde nouveau […], la résurrection du Seigneur a déjà pénétré la trame cachée de cette histoire, car Jésus n’est pas ressuscité pour rien. Ne restons pas en marge de ce chemin de l’espérance vivante.  [2]»

Pour conclure, un petit mot personnel. Au cours de ces six années passées dans le diocèse du Puy, comme successeur des apôtres, j’ai essayé, en cette belle terre chrétienne de Haute-Loire, de témoigner de la foi de l’Eglise : la foi au Christ vivant. Ainsi, à l’écoute de l’Esprit Saint, j’ai essayé de guider le peuple de Dieu qui m’était confié afin qu’il suive l’unique Berger qu’est le Christ. J’ai marché avec lui à la suite du Ressuscité, dans les moments heureux ou difficiles de la vie actuelle. J’ai partagé avec lui la joie de l’Evangile. J’ai appris avec les baptisés du diocèse, jour après jour, à me mettre à l’écoute de Dieu et du prochain. Pour tout cela, en ce beau jour de Pâques, où le Christ nous invite à renouveler notre vie à la lumière de sa résurrection, je rends grâce à Dieu.  Oui, Christ est ressuscité !

+Mgr Luc Crepy


[1] Pape François, Fratelli Tutti, 2020, §85.
[2] Pape François, La joie de l’Evangile, 2013, § 278.