Homélie de Mgr Luc Crepy, évêque du Puy, prononcée le 3 novembre 2019 à l’occasion de l’ordination diaconale d’Antoine Gérard, en l’église Sainte Thérèse du Val Vert.

(Exode 3, 3-6 & 9-12 ; 1 Corinthiens 12, 12-27 ; Luc 10, 25-37)

« Maintenant, le cri des fils d’Israël est parvenu jusqu’à moi, et j’ai vu l’oppression que leur font subir les Égyptiens. Maintenant donc, va ! Je t’envoie chez Pharaon : tu feras sortir d’Égypte mon peuple, les fils d’Israël. » (Ex 3, 9-10) Quand Dieu appelle Moïse, à travers cette surprenante manifestation du buisson ardent – ce buisson qui brûle sans se consumer -, Il lui révèle ce qui Lui tient à cœur : la libération de son peuple tenu en esclavage, dont le cri monte jusqu’à Lui. Dieu se révèle comme Celui qui se laisse toucher par la souffrance des opprimés, par l’injustice, par ceux dont la liberté est bafouée. Ainsi, dès les débuts de la Bible, nous voyons combien la compassion, la miséricorde, l’amour sont au cœur même de la révélation de Dieu. Le Dieu d’Abraham, d’Isaac, de Jacob et de Moïse, se révèle sans cesse comme Celui qui tourne son regard et son cœur vers son peuple pour le relever dans sa dignité.

Dieu ainsi confie son projet à Moïse : libérer son peuple. Et malgré les inquiétudes de Moïse devant l’ampleur de la tâche : « Qui suis-je pour aller trouver Pharaon, et pour faire sortir d’Égypte les fils d’Israël ? », Dieu lui promet : « Je suis avec toi. » (Ex 3,11-12). Moïse, le plus grand des prophètes, avec sa faiblesse, se met au service de ce grand projet qui conduira à la conclusion de l’Alliance entre Dieu et le peuple enfin libre : « Quand tu auras fait sortir d’Égypte mon peuple, vous rendrez un culte à Dieu sur cette montagne. » (Ex 3,12) Moïse trace, pour nous tous, un beau et grand chemin : servir Dieu, c’est répondre à son appel pour servir nos frères quand ils ont perdu leur dignité et leur liberté.

Comme ce pharisien qu’interroge Jésus, nous devons aller plus loin encore car si aimer Dieu et aimer son prochain constituent les deux grands commandements de la Loi, ils n’en font qu’un seul. Servir Dieu et servir son prochain ne sont qu’un seul et même service. Et Jésus nous explique comment être, nous-mêmes, le prochain de ceux et celles que nous rencontrons sur notre route. Servir l’autre, c’est devenir son prochain à la manière du Samaritain – du « bon Samaritain » – qui s’arrête, soigne, prend soin et accompagne cet homme inconnu et blessé qu’il croise sur son chemin. Derrière cette parabole, nous pouvons reconnaître le Christ lui-même : c’est lui le Bon Samaritain, lui qui s’est fait le serviteur de tous, venu pour servir et non pour être servi (Mc 10,45). C’est Lui qui nous montre ce qu’est vraiment servir.

Ce service du frère – cette diaconie – est un témoignage essentiel pour la vie et la crédibilité de l’Eglise. Le diaconat nait au sein de l’Eglise, dès son commencement, quand les Apôtres s’aperçoivent que des veuves de la communauté sont délaissées. Ils appellent alors sept hommes estimés de tous, remplis d’Esprit Saint et de sagesse (Ac 6 1-6), pour qu’ils exercent ce service – le service des tables – afin que personne dans l’Eglise ne sente abandonné et que les plus pauvres soient servis à la table de tous. C’est ce Paul rappelle aussi aux Corinthiens, en prenant l’image du corps que constitue l’Eglise : aucun membre ne doit être oublié mais tous doivent être au service les uns des autres. « Si un seul membre souffre, tous les membres partagent sa souffrance ; si un membre est à l’honneur, tous partagent sa joie. Or, vous êtes corps du Christ et, chacun pour votre part, vous êtes membres de ce corps. » (1 Co 12, 26-27) Les diacres, dans la vie de l’Eglise, rappellent à tous que seule une Eglise servante – au service tant de ses membres que de toute l’humanité – est capable de témoigner en vérité du Christ Serviteur, lui qui « ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes. Reconnu homme à son aspect, il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix. » (Ph 2, 6-8)

En vous ordonnant diacre permanent, Antoine, l’Eglise vous confie ce beau ministère du service des autres dans les différents domaines de votre vie, à commencer dans votre propre famille auprès de votre épouse Elodie et de vos enfants, auprès de ceux et celles avec qui vous travaillez dans le monde hospitalier, mais aussi auprès de ceux et celles que le Seigneur met sur votre route. Ce sens du service, bien sûr, n’est pas quelque chose de nouveau chez vous car depuis longtemps vous avez ce souci du prochain, en particulier à travers votre engagement à ATD Quart Monde et votre attention aux plus pauvres, tant matériellement que spirituellement. Vos engagements divers constituent le terreau fécond sur lequel s’enracinera votre ministère diaconal, et ils vous permettront de développer en vous, comme le Bon Samaritain, un cœur miséricordieux et attentif à reconnaître votre prochain sur le bord du chemin.

Avec ce service de la charité, vous emploierez aussi vos forces au service du peuple de Dieu dans la proclamation de la Parole de Dieu et dans le service de l’autel. Ainsi le concile Vatican II définit-il le ministère diaconal : «  La grâce sacramentelle donne au diacre la force nécessaire pour servir le peuple de Dieu dans la diaconie de la liturgie, de la Parole et de la charité, en communion avec l’évêque et les prêtres. » (Lumen Gentium, 29).

Votre ordination, Antoine, est une grande joie pour toute l’Eglise diocésaine car elle nous invite à mettre un peu plus, nos pas dans ceux du Christ Serviteur. Je vous remercie d’avoir dit oui à l’appel de l’Eglise, et je remercie votre épouse et vos enfants d’être à vos côtés dans l’engagement que vous allez prendre et dans le ministère que vous allez recevoir. Vous ne serez pas seul dans ce nouveau ministère car la fraternité diaconale vous accueille ; de même les prêtres du diocèse se réjouissent de votre ordination et vous pouvez compter sur leur soutien fraternel.

Demandons à celle qui s’est faite la Servante du Seigneur, la Vierge Marie – Notre-Dame du Puy – de vous conduire vers son Fils, pour devenir, à sa suite, toujours plus serviteur d’une Eglise servante ! Amen.

+ Luc Crepy

Evêque du Puy-en-Velay