Ordre des Vierges consacrées

Homélie de Mgr Crepy à l’occasion de la consécration dans l’Ordre des Vierges de Pascale Caux, prononcée le 08 mai 2019 en l’abbaye de La Chaise-Dieu.

Retour en images par Catherine Prieto-Hugot sur notre compte Facebook : @diocese.dupuy

En ce temps pascal, rappelons-nous que la première et unique consécration des disciples du Christ est le baptême. Par la mort et la résurrection du Christ, nous entrons définitivement dans la vie de Dieu. La consécration baptismale fait de nous, dans la force de l’Esprit Saint, les fils et filles du Père, et les frères et sœurs du Christ. La source baptismale coule généreusement et irrigue bien des terres sur lesquelles viennent germer et éclore des vocations diverses qui toutes, sous la motion de l’Esprit, construisent l’Eglise. Ainsi une des vocations – peu connue de bon nombre de baptisés – est celle des Vierges consacrées. C’est une vocation féminine particulière qui s’enracine simplement dans la vie baptismale, vécue dans l’existence ordinaire de tous les jours.

Rappelons que la consécration liturgique de femmes choisissant le célibat dans la chasteté, tout en vivant au cœur du monde, a été remise à l’honneur par le concile Vatican II. Historiquement, dès les premiers temps de l’Eglise, bien avant la vie religieuse, des femmes vivant en plein monde – des Vierges romaines comme Sainte Praxède, sainte Cécile, Sainte Agnès – reçoivent la consécration liturgique. Elles ne quittent pas leur famille, leur mode de vie, et ne se distinguent que par leur  » mariage mystique » au Christ ; terme qui exprime le fondement liturgique et théologique de la consécration dans l’Ordre des Vierges. En devenant épouses spirituelles du Christ par une consécration solennelle, les vierges de cet Ordre rappellent à tous les membres du Peuple de Dieu qu’ils sont, eux aussi, appelés à établir un lien d’intimité avec le Christ. Tout baptisé est appelé à laisser vivre le Christ en lui comme le rappelle souvent saint Paul.

Les vierges consacrées n’ont pas les obligations de la vie consacrée au sens des trois vœux religieux (pauvreté, chasteté, obéissance) mais elles vivent leur célibat avec les exigences et, surtout la grâce, d’une virginité. Elles ne vivent pas en communauté et n’ont pas de « supérieure » (!), mais, chacune vit le plein engagement dans le célibat pour le Royaume à sa manière, engagée diversement dans la vie professionnelle, ecclésiale, associative… Cette forme individuelle n’est pas individualiste, encore moins solitaire ! Au contraire, par leur insertion dans la vie de la société, leur état de vie, souvent, surprend et interroge nos contemporains et constitue un témoignage pour beaucoup. Par leur consécration, elles rappellent très concrètement que nous sommes faits pour une vie éternelle dans la sainteté de Dieu. Elles sont, en quelque sorte, une image de l’Église que le Christ-Epoux accompagne et dont il dévoilera la pleine beauté lors de son retour en gloire. Les paroles du prophète Osée résonnent ainsi : « Je ferai de toi mon épouse pour toujours, je ferai de toi mon épouse dans la justice et le droit, dans la fidélité et la tendresse.  » (Os 2,21)

Se consacrer au Christ dans le choix du célibat, de la continence et de la chasteté n’est pas un refus ou une peur de la sexualité, mais ce choix exprime, à sa manière, ce qui est en jeu dans la dimension sexuée de toute personne humaine. Comme l’a souvent rappelé le pape Jean-Paul II, la sexualité a été donnée par Dieu à l’être humain pour que l’homme et la femme deviennent des êtres de don. La dimension sexuée du corps humain s’inscrit dans ce que Jean-Paul II nomme la « dimension sponsale du corps » : de même que tout nous a été donné par Dieu, de même nous sommes appelés à devenir des êtres de don. Dans et par notre corps – corps sexué -, habité par le désir, notre sexualité prend sens comme capacité à nous donner à l’autre. Le don est l’expression la plus forte et la plus belle de l’amour. « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. » (Jn 15, 13).

Le don de soi, à travers la sexualité, s’exprime bien sûr dans l’amour entre les époux. Mais il s’exprime aussi dans le célibat ; célibat choisi librement, afin de se donner pleinement au Christ pour, comme Lui, aimer pleinement et en vérité. « Aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés.  » (Jn 15, 12) Comme le dit la prière de consécration : « C’est en effet l’Esprit Saint qui suscite au milieu de ton peuple, des hommes et des femmes, conscients de la grandeur du mariage et capables pourtant de renoncer à cet état afin de s’attacher dès maintenant à la réalité qu’il préfigure : l’union du Christ et de l’Eglise. » Loin d’être un repli égoïste sur soi, le don que Pascale fait d’elle-même aujourd’hui au Christ et à l’Eglise, dans sa demande de consécration comme Vierge, traduit sa volonté de s’attacher toujours plus au Christ et d’être témoin de cet amour auprès de tous.

Pour notre diocèse, c’est une grande joie de compter dans l’ordre des Vierges, une nouvelle venue, en la personne de Pascale. Aujourd’hui nous la confions tout particulièrement au Seigneur en lui demandant de lui accord sa force et son amour pour que sa consécration soit source de beaucoup de joie, témoignant ainsi de la force de l’Evangile dans une vie humaine. Sa démarche est aussi un appel pour chacun de nous : comment cherchons-nous à vivre, chaque jour, un peu plus une relation forte et intime avec le Christ dans tout ce qui fait notre vie ? Que l’Esprit Saint nous donne à tous de vivre notre consécration baptismale en cherchant la volonté du Père, à la suite du Christ ressuscité. Amen.

+ Luc Crepy, évêque du Puy