Marie méditait toutes choses en son cœur

C’est dans l’évangile de l’enfance de Jésus chez Saint Luc que la Vierge Marie nous introduit dans le mystère de son cœur. Déjà à l’Annonciation, à Nazareth, elle reçoit le message de l’Ange Gabriel dans la foi et l’obéissance. Elle écoute son cœur qui la rend disponible à la volonté de Dieu, elle, la servante du Seigneur. Nous la retrouvons à Bethléem, lors de la nativité. Elle donne naissance à l’enfant Jésus et les bergers qui gardaient leurs troupeaux aux alentours, mystérieusement avertis par les anges viennent à la crèche pour contempler le nouveau-né dans sa mangeoire. Et Saint Luc précise : Quant à Marie, elle conservait avec soin toutes ces choses, les méditant en son cœur. Lc 2, 19. Plus tard, lorsque Jésus eut douze ans, il se rend avec ses parents à Jérusalem pour la fête de la Pâque. L’ayant perdu au milieu de la foule, Marie et Joseph vont retrouver Jésus dans le Temple parmi les docteurs de la loi, les écoutant et les interrogeant. Ses parents, lui faisant part de leur angoisse, Jésus leur répond : « Ne saviez-vous pas que je dois être dans la maison de mon Père ? » de retour à Nazareth, Luc indique également : Et sa mère gardait fidèlement toutes ces choses en son cœur. Lc 2, 51.

L’enfance de Jésus, de sa naissance à son pèlerinage à Jérusalem, est comme encadrée par cette mention de Marie qui conserve et médite toutes choses en son cœur. On peut aisément penser qu’à Nazareth, toute la vie de Marie fût une longue contemplation de son Fils qui croissait en sagesse, en taille et en grâce devant Dieu et devant les hommes. Lc 2, 52. Le cœur de Marie est le lieu de sa mémoire, elle conserve et garde fidèlement en ce sanctuaire intérieur tout ce qui concerne Jésus, Fils de Dieu. La vie de Marie consistera à faire mémoire de toutes choses. Il nous arrive de méditer les scènes bibliques, la Nativité, l’Adoration des mages, la présentation au Temple… Marie avait constamment dans son cœur les images de ces évènements. Elle fait mémoire de Jésus mais elle les médite intérieurement. Quelles pouvaient être les pensées de Marie confrontées à ce mystère de l’Incarnation qui se déployait sous ses yeux ? Sa méditation n’était qu’une profonde et lente compréhension de cette réalité. La lumière du Christ illuminait son cœur comme un feu rayonnant. Elle voyait l’enfant Jésus et grandissait en son cœur la foi en Christ, Fils de Dieu. Des mois et des années d’oraison et de prières dans le silence de la Foi. Jusqu’à la croix et au-delà, Marie portera ce souvenir en son cœur, elle qui avait porté l’enfant en son sein.

Le cœur transpercé et la prophétie de Syméon

Au cours de ce même évangile de l’enfance en Saint Luc, Marie et Joseph vont se présenter au Temple au quarantième jours de la naissance de Jésus. Ils se conformaient à la loi mosaïque qui prévoyait que : Tout garçon premier-né sera consacré au Seigneur en offrant en sacrifice un couple de tourterelles ou deux jeunes colombes… Lc 2, 23-24. À ce moment le vieillard Syméon, qui attendait la consolation d’Israël, se mit à prophétiser : « Vois ! Cet enfant doit amener la chute et le relèvement d’un grand nombre en Israël ; il doit être un signe en butte à la contradiction, – et toi-même, une épée te transpercera l’âme ! – afin que se révèlent les pensées intimes de bien des cœurs. » Lc 2, 34-35

Cette prophétie verra sa réalisation au pied de la croix, lorsque Marie debout contemplera le cœur de son Fils transpercé par la lance du soldat romain, d’où il sortit du sang et de l’eau… Jn 19, 34. Cette lance n’aura pas seulement percé le coté du Christ mais aura aussi atteint spirituellement l’âme, le cœur de Marie. Mais au jour de la présentation au Temple, quelles étaient les pensées de Marie ? Était-elle étonnée de cette prophétie dramatique ? Se préparait-elle intérieurement ? Elle savait sa vie unie à celle de son Fils… jusqu’au bout ! Les mots de Syméon mêlent intimement les deux destins, ceux de Marie et de Jésus. Le Christ est cette pierre rejetée par les bâtisseurs qui deviendra pierre d’angle mais aussi pierre d’achoppement. C’est pour un discernement que je suis venu dans le monde, dit Jésus, pour que ceux qui ne voient pas voient et que ceux qui voient deviennent aveugles ! Jn 9, 39. Ce discernement est une révélation qui invite l’homme à se décider librement à engager sa foi en Jésus-Christ. Il est un révélateur des cœurs afin que les pensées intimes des hommes soient mises en pleine lumière, dans l’Esprit-Saint. Et au sein de ce dévoilement des cœurs, Marie est comme un passage, elle prête son concours, servante du Seigneur, elle laisse la grâce passée tel un glaive en son cœur. Elle coopère au dessein de Dieu jusqu’au plus profond d’elle-même, jusqu’au plus profond de son cœur.

Le cœur immaculé et l’ombre de la croix

À l’Annonciation, l’ange dit à Marie : « L’Esprit-Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ». Marie répondra : « Voici la servante du Seigneur ; que tout m’advienne selon ta parole. » Lc 1, 35-38. Saint Augustin commentant cet évangile écrira : « Marie a conçu Jésus en son cœur, avant de le concevoir en son sein ». L’Esprit-Saint pris Marie sous son ombre, sa lumière éclaira son cœur pour qu’elle discerne en son cœur, dans la foi, son « Oui » à Dieu.

Marie passera de l’ombre de l’Esprit-Saint à l’ombre de la Croix. Dans ce clair-obscur, Elle se tiendra, debout au pied de l’arbre qui porte son Fils, Stabat Mater Dolorosa… cette prière s’exprimera ainsi : Sainte Mère, grave les plaies du Crucifié en mon cœur… Celle qui se tient à l’ombre n’est pas loin de la lumière, celle-ci est toute proche. Le Christ, Soleil de Justice, illumine le Cœur de sa Mère. L’union de ces deux Cœurs appelle à l’union de toute l’humanité dans le Cœur de Jésus.

C’est à la Pentecôte que nous verrons Marie pour la dernière fois dans les Écritures. Tous, d’un même cœur, étaient assidus à la prière, avec des femmes, avec Marie la mère de Jésus, et avec ses frères. Ac 1, 14. « Et quand arriva le jour de la Pentecôte, […] tous furent remplis d’Esprit-Saint » D’un même cœur les Apôtres priaient… avec Marie qui était au cœur de ce collège, au cœur de l’Église. De son cœur immaculé monte la prière de l’Église. Une prière pure comme celle qui fut conçue sans la faute originelle et qui garda son cœur pur de tout péché.

Mgr Yves Baumgarten
Évêque du Puy-en-Velay