Reconnaitre les 24 martyrs de la Terreur dans le diocèse du Puy

Le diocèse du Puy ouvre le procès canonique en vue de la béatification et de la reconnaissance du martyr de l’abbé François Mourier et de ses compagnons, mis à mort au nom de leur foi chrétienne au Puy pendant la période dite de la Grande Terreur (1793-1794) de la Révolution française.

L’Introduction de cette cause a été autorisée par le Saint-Siège, puis la Conférence des évêques de France. La béatification de ces martyrs de la Révolution donnés en exemple pour l’héroïsme de leur fidélité et de leur charité, pourrait contribuer à maintenir vif le témoignage de la foi chrétienne dans une société marquée par l’indifférence et à encourager le zèle apostolique des communautés chrétiennes.

Qu’est-ce qu’un martyr ?

Le mot martyr vient du grec martus, marturos et signifie : témoin. Littéralement le martyr est celui qui témoigne de sa foi. Le titre est cependant réservé par l’Église à ceux dont le témoignage a été jusqu’à donner leur vie par attachement à leur foi en Dieu sauveur des hommes. La palme du martyre est le symbole de la victoire (Définition Eglise catholique en France).

Le déroulement du procès

Le diocèse du Puy a nommé postulateur Mgr Maurice Monier, président de la rote romaine et le Père Jean Ferrapy vice-postulateur ; pour promouvoir la cause de béatification de l’abbé François Mourier et de ses compagnons, mis à mort en haine de la foi au Puy-en-Velay pendant la période dite de la « Grande Terreur » (1793-1794) de la Révolution Française.

Dans le procès que constitue une cause en béatification (ou en canonisation), le postulateur a un rôle d’« avocat» du futur saint ou bienheureux. Selon les normes de la Congrégation des causes des saints, le postulateur «suit le déroulement de l’enquête au nom de l’acteur», c’est-à-dire le diocèse ou la congrégation religieuse qui porte la cause, et a la charge de conduire «les recherches utiles à la connaissance de la réputation de sainteté ou de martyre» du Serviteur de Dieu.

Parmi toutes les victimes de la Terreur révolutionnaire dans le diocèse du Puy, une liste de 24 noms a été retenue : prêtres, religieux et laïcs. Les circonstances et les dates de leur exécution sont connues et basées sur un certain nombre de documents de l’époque, lesquels illustrent la générosité et l’esprit de foi qui les habitaient. Ils ont témoigné jusqu’au don de leur vie, de la fidélité à Dieu, à I’Église de Jésus Christ et du service dévoué à leurs frères. Il s’agit d’une cause édifiante, au vu des nombreuses données recueillies à ce jour. C’est pourquoi, leur souvenir en a été gardé dans de nombreuses familles et communautés chrétiennes.

Aujourd’hui, des plaques souvenirs et des ex-voto érigés dans des églises ainsi que des croix élevées au bord des chemins, rappellent la vivante mémoire de leurs sacrifices comme aussi la piété dont ils ont toujours été entourés.

Les origines de la démarche

Tout d’abord, un important travail historique a été mené, avec notamment :

  • les «conférences de l’Abbé Péala », dans les années 1880.
  • l’énorme travail de recherches du Chanoine Vacher, Secrétaire à l’Evêché (1930-1945)
  • le livre de l’abbé Tavernier, paru en 1936 « Le Diocèse du Puy, pendant la Révolution » Dans la préface de cet ouvrage, Monseigneur Rousseau, évêque du Puy, écrivait :

« Je désire que cette étude suscite l’admiration et la confiance, mieux que cela, la prière et le sacrifice, afin d’obtenir, dans un avenir aussi prochain que possible, la glorification de ces prêtres, et de ces fidèles qui au moment tragique de notre histoire nationale ont su confesser héroïquement leur foi, mourir pour Dieu et la religion. » (Page XII Préface)

Ensuite, à l’occasion du bicentenaire de la Révolution française, plusieurs familles de victimes de cette persécution, ont demandé à Mgr Henri Brincard, alors évêque du Puy, d’honorer la mémoire de leurs ancêtres.

Une équipe s’est dès lors mise en route et des documents ont été rassemblés. Une centaine de prêtres, religieux ou laïcs du diocèse peuvent être considérés comme mis à mort à cause de leur fidélité à Dieu et à l’Eglise. Vingt-quatre noms seulement ont été retenus, pour être présentés à la Commission Historique Diocésaine, et à la Congrégation pour la cause des Saints (voir la biographie des victimes.) Pour mettre en valeur et stimuler la fidélité des chrétiens qui dans les paroisses conservent le souvenir de ces témoins de la foi, et demandent la reconnaissance de leur cause, le projet s’appuie notamment sur la réflexion d’auteurs chrétiens :

René Bazin, romancier : « Le mérite des ancêtres, même inconnu, même oublié, continue de vivre dans notre sang et nous pousse à l’action… »

Michel Rouche, Professeur à Paris V : « Nous vivons dans une seule dimension, celle du présent. Nous sommes plongés dans une époque qui occulte complétement la mémoire collective et son histoire… »

Thimothy Radcliffe, ancien maître de l’Ordre des Prêcheurs (Dominicains) : « Il y a une différence entre histoire et mémoire. L’histoire (history) est l’histoire (story) de quelqu’un d’autre. Elle a trait à des évènements qui sont arrivés quelque part ailleurs, à quelque autre époque… La mémoire est en lien avec l’identité… » (in Pourquoi aller à l’Eglise ? Page 281)

+ Cardinal Jean Marie Lustiger : « Il faut se souvenir comment les apôtres ont été amenés à accomplir le commandement de Jésus « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu »   Lorsque trainés devant les tribunaux qui leur interdisaient de prêcher le nom du Christ, ils dirent : « Il vaut mieux obéir à Dieu qu’aux hommes. » Cette souveraine liberté est celle de l’obéissance absolue rendue à Dieu, jusqu’au martyre. L’Eglise se révèle dans l’accomplissement d’un service qui est toujours un service d’amour, de livraison de soi, et d’identification au Christ crucifié… » 

+ Jean-Paul II : « Nos martyrs nous appellent à un sursaut. Ils nous montrent comment nous comporter dans le monde… Surtout nous sommes invités au courage de la Foi, pour l’affirmer, l’exprimer dans les Sacrements, en témoigner dans la vie. Il faut s’attendre à certaines indifférences, incompréhensions, moqueries. Nous sommes signes de contradiction. Nous apprenons à souffrir pour la foi. » (au lendemain de la reconnaissance des Martyrs d’Angers (20-02-1984) in Documentation Catholique n°1870 du 18-03-84)

+ Benoit XVI :

« Le chrétien ne doit pas être tiède. C’est là le plus grand danger. La confession de foi doit nécessairement devenir publique parce que la foi que nous portons en nous doit être communiquée aux autres, confessées avec le courage qui vient de l’intelligence. » (in Ouverture des travaux du Synode de la Nouvelle évangélisation (11-10-12)

Liste des 24 victimes

Sauf mention contraire, les exécutions ont eu lieu au Puy, Place du Martouret.

Les dates d’exécution sont mentionnées dans la colonne de gauche

16 avril 1793Abbé Jean Mathieu Vassel
Abbé Jacques Chabrier
16 février 1794Abbé Claude de Talode du Grail
Abbé Jean-Jacques Gerentes
28 avril 1794 Abbé Jacques Perbet (à Blavozy)
18 mai 1794 Abbé Pierre Bernardon
Claire Bernardon, sa sœur
Thérèse Saugues, sa nièce  
22 mai 1794 Marguerite Beauzac, née Audier
17 juin 1794 Abbé François Mourier
Abbé Jean-Baptiste Abeillon
Barthélemy Best
et Marie-Anne Best, son épouse née Roche
Marie Best, sœur de Barthélemy
Sœur Marie-Anne Garnier
~ (Sœur de Saint-Joseph au Puy)
Jeanne Marie Aubert
20 juin 1794 Abbé Antoine Clavel
Jean-Baptiste Clavel
et Catherine Clavel, son épouse née Boutin
30 juin 1794 Abbé Jean-Baptiste Mosnier
Sœur Elisabeth Dorat
~ (Dominicaine du Couvent à Craponne)
27 juillet 1794 Jean Abrial
et Marie-Anne Abrial, son épouse née Chalendard
Isabeau Abrial, leur fille

Brève biographie des victimes

Qui étaient les prêtres, religieuses et laïcs, victimes de la Révolution française dans le diocèse du Puy ?

Abbé François MOURIER

Né et baptisé le 1er avril 1764 dans la paroisse de Saint Julien Molhesabate, il est le dernier enfant d’une famille de sept.

Au terme de ses études cléricales au Grand Séminaire du Puy, il est ordonné prêtre fin 1790 (à l’avant dernière ordination que fit au Puy Monseigneur de Galard), avant qu’il ne quitte le diocèse pour l’exil. [1]

Nommé aussitôt vicaire dans la paroisse de Beaune. Le 6 Février 1791 invité à prêter le « Serment de Fidélité » à la Constitution Civile du Clergé, il le fit « en exceptant formellement de ladite constitution tous les objets qui sont de l’autorité spirituelle de l’Église, et tout ce qui pourrait porter atteinte à la foi et à la religion. »

En septembre 1792, il demanda son passeport pour l’étranger, mais resta dans la paroisse, assumant clandestinement les charges du ministère.

Arrêté le 21 avril 1793, il réussit à échapper à ses gardes avant d’arriver au Puy. Il revint aussitôt dans sa paroisse pour y continuer son ministère, sans que la crainte de l’échafaud ne le détournât de porter à ceux qui en avaient besoin les secours de la religion.

Le 12 juin 1794, se sentant à bout de forces, il demanda l’hospitalité à un cultivateur du village de Bruac : Barthélemy Best. Deux jours après la maison était cernée par un piquet de cinquante patriotes.

Avec lui, treize personnes furent arrêtées et conduites au Puy, pour être jugées. Six furent condamnées à la peine capitale.

Le 17 juin 1794, ils étaient guillotinés sur la place du Martouret, avec un autre prêtre, jugé le même jour : l’abbé Jean Baptiste Abeillon.

Abbé Jean Baptiste ABEILLON

Né le 16 octobre 1720 et baptisé le lendemain dans l’église de Coucouron, iI était l’aîné d’une famille de six enfants, dont les trois garçons devinrent prêtres.

A l’âge de 19 ans, il entra au Grand Séminaire de Viviers. Le 19 décembre 1744, il était ordonné prêtre par l’évêque de ce diocèse.

Curé d’Arlempdes dans le diocèse du Puy, en 1782, il résignait sa charge en faveur de son jeune frère Pierre, tout en continuant d’exercer le ministère à titre de vicaire.

Après avoir eu la faiblesse de prêter le Serment de Fidélité à la Constitution, ils comprirent leur faute. Le quatrième dimanche qui suivit, ils se rétractèrent solennellement devant tous les paroissiens et leur demandèrent pardon.

Malgré la présence d’un « curé intrus » ils continuèrent leur ministère dans leur paroisse. Mais le 11 Juin 1794, l’abbé Jean Baptiste fut arrêté à Montmoulard, son village natal, et écroué au Puy.

Le 16 Juin, devant le Tribunal Criminel, il était jugé et condamné à la peine capitale qu’il subit, le dernier après les six condamnés de Beaune.

Barthélemy BEST et son épouse Marie-Anne ROCHE

Barthélemy Best est né le 13 Août et fut baptisé le 14 août 1754 à Beaune. Il épousa le 26 Juin 1776 Marie-Anne Roche, qui était née le 26 Juin 1755 et baptisée le même jour.

Ils étaient agriculteurs au village de Bruac, dans la paroisse de Beaune, avec sept enfants à charge. Ils accueillirent et donnèrent asile à l’abbé François Mourier qui, ce 12 Juin 1794, était fatigué, à bout de forces.

Marie BEST, sœur de Barthélemy

Née et baptisée le même jour 14 mars 1766 à Beaune, elle était célibataire. Elle vivait de son travail sur la ferme et de la confection de dentelle, à la manière traditionnelle dans la région.

Tous les trois furent condamnés pour avoir recélé et hébergé le prêtre Mourier.

Sœur Marie Anne GARNIER, religieuse de Saint Joseph du Puy, sœur Saint Julien

Née le 2 Février 1756, elle fut baptisée le même jour dans la paroisse de LISSAC. Elle appartenait à la communauté des religieuses de Saint Joseph de BEAUNE

Jeanne Marie AUBERT

Née au village de Largentière, tout près de Bruac le 18 novembre 1765 et baptisée le lendemain 19 novembre. Comme Sœur Anne marie Garnier, elle fut condamnée pour avoir soigné et assisté le prêtre Mourier alors qu’il était malade et alité dans la maison Best.

Abbé Jean Mathieu VASSEL

Né le 9 septembre 1758 au village de Besses, de Saint Pierre du Champ, où il fut baptisé le lendemain dans l’église paroissiale.

Il fut ordonné prêtre à une date qui nous est inconnue, pour les mêmes raisons que celle de l’abbé Mourier. La révolution le trouva vicaire à Saint Just près Chomelix. Contrairement à son curé, l’abbé Pompel, il refusa de prêter le “Serment de fidélité à la Constitution” déclarant qu’avant d’obéir aux hommes, il devait obéir à Dieu.

Arrêté Le 13 avril 1793, par la Garde Nationale de Craponne dans la commune voisine de Sauvessanges, il fut transféré au Puy, et écroué à la Maison d’arrêt. En vertu d’un décret de la Convention Nationale du 18 mars 1793, il fut jugé par un Jury militaire pour ne s’être pas conformé à la Loi du Serment, et puni de la peine capitale, il fut guillotiné le 16 avril 1793.

Il semblerait que l’abbé Vassel soit le premier martyr qui, en France, depuis les empereurs païens ait, en vertu d’un édit public donné sa vie pour la foi.

Abbé Jacques CHABRIER

Né le 7 février 1761 au bourg de Chadron, près du Monastier sur Gazeille., il fut baptisé le lendemain en l’église du village, toute proche de l’habitation de ses parents. Après son ordination sacerdotale dont on ne connaît pas la date pour les raisons déjà évoquées, il est vicaire à Alleyras. A l’exemple de son ami, l’abbé Jean Mathieu Vassel, il refusa de prêter le Serment de fidélité à la Constitution.

Appelé pour assister un malade dans un village éloigné du bourg, il tombe dans le traquenard qu’on lui avait tendu. Arrêté par un détachement de la Garde nationale de Saint Privat d’Allier, il est conduit au Puy, et incarcéré à la maison d’arrêt le 28 mai 1793.

Le lendemain il comparait devant un Jury militaire, qui le condamne à mort, pour non-respect de la Loi sur le Serment. Le jour même, la sentence est exécutée.

Abbé Claude de TALODE du GRAIL

Né le 21 juillet 1760 à Saint Agrève, dans une famille noble, profondément chrétienne. Après ses études au Collège de Bourg Saint Andéol, il entre au Grand Séminaire de Viviers. Dans les premiers mois de 1791 il est ordonné prêtre par Mgr de Savines, évêque de Viviers qui avait prêté Serment de fidélité à la Constitution.

Le jeune prêtre se retira dans sa famille. Mais craignant de les compromettre, il quitta le toit paternel pour parcourir les hauteurs de la Haute Loire limitrophes de l’Ardèche, déguisé en marchand mercier et exerçant le saint ministère.

A la mi-janvier 1794, fatigué par la marche et les intempéries il demanda l’hospitalité dans une ferme isolée. Il y resta plusieurs jours pour se remettre de sa fatigue.

Dans la nuit du 23 Janvier, suite à une dénonciation, il fut arrêté par la Garde Nationale et conduit au Puy. Il resta près de trois semaines dans l’attente de son jugement.

Le 16 février 1794, il fut condamné à la peine capitale, pour n’avoir prêté aucun des serments prescrits par les Lois. Il fut exécuté le même jour que l’abbé Jean-Jacques Gérentes.

Abbé Jean Jacques GÉRENTES

Né à la Vialette, paroisse de Laussonne, le12 Mars 1767, il fut baptisé le même jour en l’église paroissiale.

Ordonné prêtre par Monseigneur de Galard, peu de temps avant son départ pour l’exil, Il n’avait pas encore reçu de fonctions dans le diocèse lorsque le 11 décembre 1793, il fut arrêté dans le village de Mendigoules, à quelque distance de Tence, chez un cultivateur du lieu, Mathieu Poinas et son épouse qui, pour avoir hébergé un prêtre, furent déportés et eurent leurs biens confisqués.

On peut présumer que l’abbé Gérentes venait à Tence pour rencontrer Monsieur de Rachat, que l’évêque en exil avait chargé d’administrer le diocèse en son absence.

Conduit au Puy par la garde nationale, en compagnie de ses bienfaiteurs, il dut attendre près de trois semaines, le jugement qui devait le condamner à la peine capitale pour n’avoir pas prêté les serments de fidélité à la Loi. Le 16 février 1794, il fut guillotiné en compagnie de l’abbé du Grail.

Abbé Jacques PERBET

Né Le 28 juin 1732, il fut baptisé le 30 Juin, en l’église de Recharinges, Paroisse d’Araules. Au terme de ses études au Grand Séminaire du Puy il fut ordonné prêtre (si l’on se fie à des documents de famille, ce serait au printemps 1763.)

Après son ordination il fut vicaire au Chambon sur Lignon, ensuite à Saint Just près de Chomelix. Le 2 décembre 1771, il était nommé chapelain de Queyrières, qui dépendait de la paroisse de saint Hostien.

Lorsqu’arriva la tourmente révolutionnaire, il refusa de prêter le Serment de fidélité à la Constitution, ce qui lui valut d’être dénoncé comme « prêtre, aristocrate, fanatique et dangereux » Il dut alors se cacher pour assurer son ministère.

Le 25 avril 1794, il fut arrêté par une patrouille de la garde nationale à la recherche d’un royaliste notoire contre-révolutionnaire que ses amis avaient fait s’échapper la veille. Ils se vengèrent de leur déconvenue, en mettant la main sur l’abbé Perbet, âgé de 62 ans. Ils lui infligèrent les plus mauvais traitements, en l’abreuvant d’insultes, et de coups.

Ils décidèrent de le mettre à mort, en compagnie d’un autre de leurs prisonniers, sur le chemin du transfert vers la ville du Puy. Ainsi fut fait le 28 avril 1794: le prêtre réfractaire et le royaliste furent fusillés, et leurs corps rapidement enterrés sur place.

Le 13 novembre 1802, les restes de deux victimes furent exhumées. Et ceux que l’on reconnut comme étant ceux de l’abbé Perbet furent inhumés dans une chapelle latérale de l’église de Saint Pierre Eynac.

Les membres de la garde nationale qui assassinèrent l’abbé Perbet furent présentés à un tribunal qui reconnut les faits, mais refusa de reconnaître la responsabilité des coupables.

Abbé Pierre BERNARDON

Né le 22 Janvier 1747, il fut baptisé le lendemain dans la paroisse de Saint Julien de Fix. Il aurait été ordonné prêtre en 1776. Il fut vicaire à Champagnac le Vieux, à saint Vert, à Auteyrac, puis chapelain de Villeneuve de Fix en 1784.

Il avait refusé de prêter le Serment de fidélité à la Constitution civile du clergé. Il continuait d’assumer les charges de son ministère, hébergé dans l’une ou l’autre des fermes de cette région boisée et difficile d’accès. Le 11 mai 1794, alors qu’il était venu rendre visite à son vieux père âgé de 94 ans, il y fut arrêté, conduit à Brioude pour y être incarcéré.

De là, il fut transféré au Puy, pour y être jugé. Le tribunal criminel le condamna à mort « pour avoir donné la preuve du fanatisme le mieux caractérisé. » Avec lui furent condamnées et exécutées sa belle-sœur, et une cousine.

Claire BERNARDON

Née le 12 septembre 1763, elle fut baptisée le même jour au lieu de Villeneuve, de la paroisse de Fix. Cousine germaine de l’abbé, elle était employée comme servante dans la maison. Pour ne pas avoir dénoncé la présence du prêtre réfractaire et l’avoir caché, elle fut condamnée et exécutée,

Thérèse SAUGUES, épouse BERNARDON

Née le 25 juin 1732, elle fut baptisée le surlendemain, 27 Juin, dans la paroisse de Siaugues Saint Romain. Elle avait épousé Claude Bernardon le 26 Juin 1759. Elle a affirmé, dans son interrogatoire, connaître le prêtre Pierre Bernardon, depuis 34 ans. Elle habitait évidemment la maison de famille.

Pour les mêmes raisons que Claire Bernardon, elle fut condamnée et exécutée.

Marguerite AUDIER, épouse BAUZAC

Née le 28 août 1737 au village de Chassilac Paroisse de Solignac sur Loire où elle fut baptisée le même jour. Le 21 novembre 1757 elle épousa Jean Bauzac, du village d‘Agizoux, dans la même paroisse de Solignac.

Leur fils Augustin, fut ordonné prêtre, par Monseigneur de Galard, alors en exil, le 29 janvier 1792. Au début de 1794, l’abbé Augustin, exerçait son ministère dans sa paroisse natale. Il se cachait dans la maison familiale.

Dans la nuit du 18 au 19 mai 1794, la Garde nationale encercla la maison pour arrêter le prêtre. Grâce à la complicité de voisins, le prêtre et son père réussirent à s’enfuir. La maman, ainsi que ses deux filles et deux domestiques (libérées sous caution quelques heures plus tard) furent conduites sous bonne garde au Puy.

Le 21 mai, Marguerite fut présentée au Tribunal criminel et accusée d’avoir donné asile à son fils prêtre. Le jugement fut renvoyé au lendemain. Elle fut, avec son époux Jean, alors en fuite, condamnée à la peine de mort et exécutée; lui ne sera jamais repris.

Abbé Antoine CLAVEL

Né le 26 janvier 1734, à Craponne, il fut baptisé le lendemain dans l’église paroissiale. Ses études de théologie terminées, il fut ordonné prêtre et nommé vicaire dans sa paroisse natale, puis à Saint Georges l’Agricol, paroisse voisine de Craponne, enfin il revint à Craponne, vicaire et missionnaire itinérant.

Après son refus de prêter le Serment de fidélité à la Constitution il continua d’exercer son ministère, évitant de paraître le jour dans la ville de Craponne, se cachant dans les bois et les fermes qu’il connaissait bien.

Alors qu’il était venu à la maison familiale, chercher quelque réconfort, il fut dénoncé. La garde nationale encercla la maison et mit en état d’arrestation l’abbé Antoine, son frère Jean-Baptiste, sa belle-sœur Catherine, ainsi qu’un domestique et une autre personne qui se trouvait là, de passage. Arrêté le 18 Juin, il fut conduit au conduit au Puy, avec son frère et sa belle-sœur Le lendemain, ils étaient jugés et condamnés à la peine de mort. L’abbé, pour n’avoir pas respecté la Loi qui exigeait des prêtres qu’ils prêtent serment à la Constitution, Jean Baptiste et Catherine Boutin, au prétexte qu’ils avaient hébergé un prêtre réfractaire. Quelques heures après le Jugement, la sentence était exécutée.

Jean Baptiste CLAVEL

Né le 20 mai 1756, il fut baptisé le lendemain 21 mai en l’église de Craponne. Il avait épousé le 14 janvier 1777 Catherine Boutin qui était née et baptisé le 25 Septembre 1761 à Saint Georges l’Agricol. Ils exerçaient la profession d’agriculteurs, au village d’Ollias, paroisse de Craponne.

Les raisons de leur condamnation sont expliquées ci-dessus.

L’abbé Jean Baptiste MOSNIER

Né à Saint Julien d’Ance le 7 septembre 1757, il fut baptisé le même jour en l’église paroissiale toute proche. Doué d’une grande intelligence, il sollicita à 18 ans son admission au Grand Séminaire du Puy. Les registres du séminaire en font foi déjà en 1775.

En fin d’année 1780, il devait être ordonné prêtre. Les prêtres de Saint Sulpice, responsables du Séminaire, lui confient rapidement l’enseignement de la philosophie à ses Jeunes confrères. Au bout de quelques années il est nommé vicaire à Saint Maurice de Roche.

Dans les premiers jours de la tourmente révolutionnaire, il se laisse entrainer dans les tourbillons des idées nouvelles. Et il prêtera un temps le Serment exigé des prêtres. Mais bien vite il se rétractera publiquement le dimanche 8 Mai, devant la municipalité et les paroissiens rassemblés pour l’office dominical.

Dès lors, il doit se cacher pour assurer son ministère. Toujours en mouvement, de passage dans les diverses paroisses des environs, il répond à tous les appels qu’on lui adresse. L’une de ses retraites préférées se situait au village de Tourris, chez les Dorat. C’est là qu’il sera arrêté au matin du 26 Juin 1794. Transférés à Craponne, et ensuite au Puy, ce seront 21 prisonniers qui seront présentés au tribunal criminel. L’abbé Mosnier et une fille de la maison, Religieuse de Saint Dominique, seront condamnées à la peine capitale, le premier parce que n’étant pas en règle avec la Loi sur le serment, la religieuse pour avoir hébergé le prêtre réfractaire. Les 19 autres personne arrêtées seront condamnées à la réclusion temporaire ou acquittées.

Elizabeth DORAT, Sœur Saint Thomas

Née le 29 octobre 1753 au village de Tourris, Paroisse de Sauvessanges, elle fut baptisée le lendemain. Agée de 25 ans, elle demanda son admission dans la Congrégation des Religieuses Dominicaines de Craponne, ou elle prit le nom de Sœur Saint Thomas. On l’affecta à l’enseignement des petites filles de la paroisse.

Devant les menaces révolutionnaires les religieuses se dispersent et se réfugient dans leurs familles. A la maison familiale on est heureux d’accueillir l’abbé Mosnier. Il célèbrera la messe, et prendra quelques temps de repos.

Mais le 26 juin 1794 Elizabeth, Sœur Saint Thomas donnera le témoignage suprême.

Jean ABRIAL, son épouse Marie Anne CHALENDARD, leur fille Isabeau.

Ils étaient agriculteurs, en un lieu appelé « maison seule » dans la commune d’Yssingeaux. Chez eux se retiraient, à l’occasion ou plus souvent, des prêtres qui devaient se cacher, tout en assurant leur ministère dans la région. Jean Abrial était né vers 1729, à Versilhac, paroisse d’Yssingeaux, son épouse Marie Anne Chalendard), quelques années plus tard 1734 (?), et leur fille Isabeau vers 1764. Un incendie en 1888 ayant détruit les archives de la mairie d’Yssingeaux. Nous déduisons les années de naissance à partir de l’interrogatoire préalable au jugement. Nous n’avons pas davantage de traces de leur baptême.

Ils étaient croyants et s’étaient engagés généreusement dans l’accueil des prêtres réfractaires, ils n’ignoraient pas les représailles dont ils pourraient être victimes. Dans la nuit du 16 au 17 juillet, une perquisition eut lieu dans la ferme de « maison seule » La garde nationale découvrit deux cachettes et dans ces cachettes des ornements sacerdotaux, des calices, un missel, et divers objets de piété. Il n’en fallut pas plus pour que Jean Abrial, son épouse et sa fille soient arrêtés, interrogés à Yssingeaux et au Puy ou ils furent jugés parce qu’ils recelaient des prêtres réfractaires, et condamnés à la peine de mort. L’exécution de ces trois laïcs eut lieu le lendemain de leur jugement soit le 27 juillet 1794.


[1] Aucun document d’Archives Diocésaines concernant les dates d’ordination ou de nominations des prêtres ne subsiste, pour plusieurs raisons : le 22 novembre 1782 un violent incendie a ravagé la totalité de l’évêché du Puy. Après cette date, les quelques documents diocésains qui avaient dû être versés, selon la loi, aux Archives Départementales, ne nous apportent aucun renseignement précis sur le sujet.