Dans le ventre d’une mère qui attend un enfant, au bout de cinq semaines, un cœur commence à battre, il est l’un des tous premiers organes à fonctionner. La vie nait et elle bat au rythme du cœur.

Dès les commencements, le cœur est signe de la vie qui croît et se développe régulièrement. N’est-ce pas étrange que cet organe, simple pompe cardiaque qui a pour fonction d’assurer la circulation du sang dans notre corps ait pris une telle importance symbolique ? Le cœur qui s’arrête est signe de la mort d’une personne bien que d’autres organes soient vitaux. Dans l’imaginaire mais aussi dans la conscience humaine, le cœur demeure l’organe, signe de la vie.

Mais le cœur est bien plus qu’organe biologique. Il est symboliquement le siège de notre intériorité, de nous-même. Il est notre vie intérieure. Lorsque nous disons que quelqu’un a du cœur, nous avons tout dit sur cette personne. Non seulement le cœur exprime la bonté, la grandeur d’âme mais aussi l’authenticité d’une personne, sa sagesse et sa cohérence. Toucher une personne au cœur, c’est la comprendre et la comprendre intimement.

Le cœur est également le centre de nos émotions, de nos sentiments, de notre personnalité jusqu’à rassembler dans ce mot toute notre psychologie, toute notre personne humaine. L’homme descend en lui-même, en son cœur pour méditer et discerner. Nous touchons ici à l’âme et l’esprit. Au cœur de l’homme, siège sa conscience, le sanctuaire où lui seul pénètre et se tient, où il peut dialoguer avec lui-même… et avec l’Esprit !

Sentiments, émotions, conscience, tout semble mener au cœur ; mais l’intelligence, la raison, la pensée ? Ces notions relèvent-elles aussi du cœur ? L’intelligence apparait d’emblée comme cérébrale, lieu de l’analyse de la compréhension où sont traitées les informations organisées pour notre raisonnement. L’intelligence dite artificielle, au centre de nos débats actuels, tente de copier l’intelligence neuronale humaine. Pourtant n’existe-t-il pas une intelligence du cœur ? Ne dit-on pas que le cœur à ses raisons que la raison ne connait pas ? En effet, on ne connait bien qu’avec le cœur. L’intelligence du cœur est plutôt une compréhension immédiate des choses. Une connaissance intuitive qui n’est pas le résultat d’une analyse, ni d’une démonstration. L’intelligence du cœur surgit et éclate dans la spontanéité de l’évidence. Cette intelligence du cœur ne s’oppose pas à l’intelligence cérébrale, elle l’intègre même, lui donne son sens ultime et la fonde. Toutes deux se conjuguent, s’articulent et s’enrichissent mutuellement.

Ce qui vaut pour l’homme, vaut pour le monde. Quelle vérité renferme le cœur du monde ? L’homme est en quête de sens dans notre société. Nous cherchons la source, l’origine, la racine des choses pour les comprendre… Nous percevons déjà qu’au cœur du monde, se trouve la solution. Il nous faut nous recentrer sur le principal ; le pourquoi de l’existence ! Le cœur devient synonyme de l’essentiel. Le cœur est alors une clé qui ouvre et dévoile.

Tout dans notre langage sociale, humain ou scientifique use de ce mot de cœur. Dans des sens variées, symboliques, allégoriques ou métaphoriques. Nous comprenons alors que le cœur est un concept unifiant. Le mot cœur nous permet d’aborder le mystère de la vie et d’un monde par mille entrées différentes mais toujours avec ce même concept-clé unique. C’est ce qu’affirme le pape François dans le début de sa dernière encyclique Dilexit nos :

15 : Le mot “cœur” est important pour la philosophie et la théologie qui cherchent à réaliser une synthèse. En effet, le mot “cœur” ne peut être épuisé par la biologie, la psychologie, l’anthropologie ou toute autre science. Il fait partie de ces mots originels « qui désignent les réalités de l’homme qui lui reviennent dans la mesure où il est précisément un être complet (en tant que personne corporelle et spirituelle) ».

Ce concept est unifiant à plus d’un titre. Nous avons commencé à évoquer le cœur biologique, cœur de chair, organe corporel et matière. Puis, notre chemin nous a conduit au cœur dans sa réalité plus symbolique, plus spirituelle. Le cœur nous fait passer de la matière à l’esprit. Il unifie en un mot, deux dimensions si difficiles à articuler : Esprit et Matière. Ce cœur, concept unifiant, nous permet d’appréhender l’homme, composé d’une âme et d’un corps dans une unique personne. Le cœur articule le corps et l’âme.

Mais la notion de cœur est-elle donc un concept, une idée ? Non, il nous faut à présent préférer au mot de concept celui de réalité. Le cœur est une réalité unifiante. Le corps matériel est bien réel. L’Esprit est bien réel. Le cœur dans toutes les dimensions que nous avons abordées est également une réalité. Une réalité humaine… mais aussi divine. Car le cœur est expression de l’Amour. Amour de l’homme et de Dieu. Le cœur est synonyme de nos sentiments les plus profonds et les plus purs, le cœur est synonyme d’Amour ! Deux cœurs qui s’aiment se connaissent et se comprennent bien mieux que de longs discours. L’amour est l’intuition du cœur. L’amour est un feu, une énergie de vie et cette vie est un cœur. « Car l’amour est fort comme la Mort, la passion, implacable comme l’Abîme : ses flammes sont des flammes de feu, fournaise divine. Les grandes eaux ne pourront éteindre l’amour, ni les fleuves l’emporter. » (Ct 8, 6-7)

Mgr Yves Baumgarten