La spiritualité du Cœur trouve sa source dans les Écritures Saintes. Dès les commencements de la Bible, Dieu crée toutes choses… Et il vit que cela était bon. Cette création est bonne et voulue par Dieu par pur amour. Face à cette bonté originelle, au regard de l’histoire humaine, le constat est tout autre. Quelques versets plus loin, toujours dans la Genèse, il est écrit : « Dieu vit que la malice de l’homme était grande sur la terre et que son cœur ne formait que pensées mauvaises à longueur de journée. Dieu se repentit d’avoir fait l’homme sur la terre et il s’affligea dans son cœur ! » Gn 6, 5-6. Deux cœurs, deux attitudes qui se font face. Devant le mal, Dieu s’afflige, éprouve comme une souffrance intérieure. Le Deus Omnipotens est pris de compassion. Tel est Dieu en vérité.

Dans l’Ancien Testament, la spiritualité du cœur trouve son origine dans la notion de miséricorde : Sa miséricorde s’étend d’âge en âge, Ps 102, 17 et Lc 1, 50. À la racine de ce mot de miséricorde se trouve le cœur qui ressent intensément ce qui est misère face à lui. Dieu s’afflige dans la Genèse, Jésus pleure sur Jérusalem qui n’a pas reconnu que Dieu la visitait, un même cœur qui souffre.

Dans le langage imagé de la première alliance, la miséricorde est désignée par les entrailles d’une personne ; Littéralement, ce qui nous prend aux entrailles. Les psaumes et les prophètes utilisent largement ce vocabulaire : « Mon Dieu, voilà ce que j’aime : ta loi me tient aux entrailles. » Ps 39, 9

Le prophète n’hésite pas à appliquer cette image à Dieu lui-même en le faisant parler ainsi : « Vais-je t’abandonner, Éphraïm, et te livrer, Israël ? Vais-je t’abandonner comme Adma, et te rendre comme Seboïm ? Non ! Mon cœur se retourne contre moi ; en même temps, mes entrailles frémissent. » Os 11, 8

Jusque dans l’évangile de Luc où Zacharie, dans son cantique, exultera lors de la naissance de son fils Jean-Baptiste : « grâce aux entrailles de miséricorde de notre Dieu, quand nous visite l’Orient d’en haut. » Lc 1, 78

La miséricorde de Dieu devient progressivement l’expression de son pardon toujours offert et de son amour infini : « Que le méchant abandonne son chemin, et l’homme perfide, ses pensées ! Qu’il revienne vers le Seigneur qui lui montrera sa miséricorde, vers notre Dieu qui est riche en pardon. » Is 55, 7 Le psaume 50, le Miserere, est le cri de l’homme qui se repent et se tourne vers le Seigneur : « Pitié pour moi, mon Dieu, dans ton amour, selon ta grande miséricorde, efface mon péché. » Ps 50, 3

Mais dans l’Ancien Testament, le cœur décrit avant tout le lieu central de l’homme où il doit faire le choix décisif et fondamental vis-à-vis de Dieu. « Sache donc aujourd’hui, et médite cela en ton cœur : c’est le Seigneur qui est Dieu, là-haut dans le ciel comme ici-bas sur la terre ; il n’y en a pas d’autre. » Dt 4, 39 L’homme est alors invité à engager sa liberté. Le cœur est assimilé à l’âme et la volonté. « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force. » Dt 6, 5

C’est dans son cœur que l’homme décide, tel Salomon, qui s’adresse au Seigneur dans une belle prière : Donne à ton serviteur un cœur attentif pour qu’il sache gouverner ton peuple et discerner le bien et le mal ; sans cela, comment gouverner ton peuple, qui est si important ? 1 R 3, 9 Les écrits de Sagesse souligne abondamment l’importance d’avoir ce cœur bien disposé : fais-toi un cœur droit, et tiens bon ; ne t’agite pas à l’heure de l’adversité. Si 2,2. Dans les livres de la première alliance, le cœur désigne la personne elle-même, les questionnements que l’homme traverse, les choix fondamentaux qu’il doit prendre pour orienter sa vie. Le cœur éprouve et décide.

Mais le cœur est aussi celui du jugement. L’homme porte un jugement sur ses actes passés ou à venir mais Dieu seul peut juger l’homme, car lui seul connait lui le cœur de chaque homme, c’est en cela que Dieu est juste. Ainsi, Samuel est envoyé par Dieu pour donner à Israël un nouveau roi en remplacement de Saül qui s’est détourné du Seigneur. Samuel se rend à Bethléem chez Jessé pour donner l’onction à un de ses fils. L’élection divine ne se portera pas sur les ainés mais sur le plus jeune, David qui gardait pourtant les troupeaux, car comme il est écrit : Dieu ne regarde pas comme les hommes : les hommes regardent l’apparence, mais le Seigneur regarde le cœur. 1 Sa 16, 7 Ce cœur Dieu seul y a accès, celui qui sonde les reins et les cœurs voit à l’intérieur de l’homme, il voit son cœur. Qui connait le cœur, connait l’homme. Le cœur exprime tout de la personne, est ainsi révélé la droiture, la bonté, la pensée. David sera choisi par Dieu, car le cœur de David était pur et Dieu seul pouvait le voir.

Enfin Dieu est capable de changer le cœur de l’homme. Ce cœur incirconcis, rebelle à la loi qui ne répond pas au désir de Dieu. Le prophète Ézéchiel annonce des temps nouveaux où Dieu va manifester sa puissance. Il va transformer les cœurs de pierre en cœur de chair : je répandrai sur vous une eau pure, et vous serez purifiés ; de toutes vos souillures, de toutes vos idoles, je vous purifierai. Je vous donnerai un cœur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau. J’ôterai de votre chair le cœur de pierre, je vous donnerai un cœur de chair. Je mettrai en vous mon esprit, je ferai que vous marchiez selon mes lois, que vous gardiez mes préceptes et leur soyez fidèles. Ez 36, 25-27

Changer les cœurs ! Tel est le dessein de Dieu, l’alliance brisée sera renouvelée. Dieu fera du cœur blessé de l’homme, un cœur semblable au sien. C’est l’œuvre de sa miséricorde !

Ce cœur nouveau nous prépare à la venue de celui qui prendra notre cœur, qui sera bien de notre chair et qui habitera parmi nous. Le cœur de l’Homme va devenir le cœur de Dieu qui se fond dans la miséricorde du Père. Un seul cœur qui ne demande qu’à se donner. Le cœur de Jésus est ainsi déjà annoncé.

Aujourd’hui, le vocabulaire du cœur est largement repris et utilisé dans la société. Il est étonnant que, nous chrétiens, ayons parfois du mal avec cette spiritualité pourtant si biblique et évangélique.
Trop souvent, nous abandonnons notre vocabulaire et les valeurs évangéliques qui le porte à l’esprit du temps. La spiritualité du cœur est un patrimoine chrétien qui parle au monde par son langage universel. N’ayons pas peur d’en vivre et de l’annoncer !

Mgr Yves Baumgarten