Les Paray-le-Monial, en Saône-et Loire, une jeune moniale visitandine, sainte Marguerite-Marie, va vivre de 1673 à 1675 l’expérience de la rencontre avec le Christ qui va lui dévoiler l’amour de son Cœur. Au cours de trois grandes apparitions, Jésus lui livre son message, « voici ce cœur qui a tant aimé les hommes et qui ne reçoit qu’ingratitudes ». Il lui demande alors que soit instituée une fête liturgique en l’honneur de son Cœur en réparation.

Tout est centré sur l’amour infini de Dieu pour nous qui se révèle dans la profondeur du Cœur de Jésus qui a tant aimé… « Mon divin Cœur est si passionné d’amour pour les hommes, et pour toi en particulier, que ne pouvant plus contenir en lui-même les flammes de son ardente charité, il faut qu’il les répande par ton moyen, et qu’il se manifeste à eux pour les enrichir de ses précieux trésors que je te découvre. » Le message de Paray-le-Monial invite avant tout à contempler longuement ce mystère d’amour et d’imprimer en nous son image. Ce message est d’une grande simplicité et ne cherche qu’à illustrer l’Évangile. Aucune révélation ne vient se rajouter à l’unique révélation du Christ. Le mystère du Cœur exprime l’Évangile.

Le message de Paray-le-Monial contient également une invitation exigeante. Une demande pour réparer ! Ce thème de la Réparation renvoie à l’œuvre créatrice des origines. Dieu crée toutes choses dans la bonté et la beauté. La création est le don parfait de Dieu. Force est de constater que ce don est abimé et blessé. Le désordre de la chute originelle a laissé ses traces dans ce que nous voyons aujourd’hui. L’homme n’est pas sans responsabilité. Il est complice du mal. Le Christ par le don de sa vie vient sauver l’homme et sa création. À nous, revient de participer à cette Rédemption, de contribuer à réparer. Dieu seul sauve, l’homme lui ne peut que réparer. La réparation n’est ni le salut, ni une recréation. Cela n’appartient qu’à Dieu seul. Mais Dieu, par amour, fait de nous ses collaborateurs. Il nous invite à entrer, participer au salut. Voici l’œuvre de réparation qui nous est demandé.

Jésus a demandé en réparation que soit instituée une fête du Sacré-Cœur. Il ne s’agit donc pas de faire des choses pénibles mais d’offrir notre cœur dans la célébration eucharistique a celui qui a donné le sien. Tel Saint François d’Assise à qui le Seigneur demandera : « Va, et répare mon église ! » Il ira réparer les murs d’une chapelle, avant de comprendre que cette réparation est toute spirituelle. Il faut réparer le cœur de l’homme dans la contemplation du Crucifié ! Le saint d’Assise en portera les stigmates.

Cette réparation rejoint le thème biblique de la consolation. Consolez, consolez mon peuple, – dit votre Dieu – parlez au cœur de Jérusalem. Proclamez que son service est accompli, que son crime est expié, qu’elle a reçu de la main du Seigneur le double pour toutes ses fautes. Is 40, 1-2

Réparer, c’est aussi consoler en désirant apporter un soulagement à la souffrance, à la peine d’un autre. L’œuvre de consolation vise à atténuer toutes souffrances, celles de nos frères mais aussi celles du Christ et les blessures d’amour de son cœur qui a tant aimé. C’est l’Esprit-Saint lui-même qui est ce consolateur. Saint Jean, le disciple bien-aimé, après avoir reposé sur le cœur et la poitrine de Jésus lors de la cène, nous annonce le don de l’Esprit-Saint. « Moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Consolateur qui sera pour toujours avec vous », dit Jésus. Jn 14, 16

Cet autre consolateur, le Paraclet, l’avocat ou le défenseur selon les différentes traductions, est l’Esprit même de Jésus qui nous est envoyé pour consoler et être consolé.

Réparer consiste à apporter cet apaisement, ce réconfort autour de nous… Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ, le Père plein de tendresse, le Dieu de qui vient tout réconfort. Dans toutes nos détresses, il nous réconforte ; ainsi, nous pouvons réconforter tous ceux qui sont dans la détresse, grâce au réconfort que nous recevons nous-mêmes de Dieu. 2 Co, 1, 3-4

Il est remarquable de noter que les apparitions du Sacré Cœur de Jésus à sainte Marguerite Marie ont eu lieu devant le Saint-Sacrement. C’est devant le Corps de Jésus mort et Ressuscité, son corps Eucharistique, que Jésus se révèle à la jeune visitandine. L’Eucharistie est le lieu où le Christ s’offre à nous dans toute la richesse de sa personne. Selon le concile Vatican II, l’Eucharistie est source et sommet de la vie Chrétienne. L’Eucharistie est au cœur de notre foi et c’est du cœur transpercé sur la croix qu’a jailli l’eau et le sang, signes du baptême et de l’Eucharistie. Au jour solennel… Jésus, debout, s’écria : « Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi, et qu’il boive, celui qui croit en moi ! Comme dit l’Écriture : De son cœur couleront des fleuves d’eau vive. » Jn 7, 37-38

Après avoir institué le sacrement de l’amour, lors de son dernier repas, Jésus descend dans le jardin pour y vivre son agonie. C’est à cette heure que Jésus entre douloureusement dans sa passion. À Marguerite-Marie, il demandera de le rejoindre pour cette heure sainte : « Toutes les nuits du jeudi au vendredi, Je te ferai participer à cette tristesse mortelle que J’ai rien voulu souffrir au Jardin des Oliviers […]. Pour m’accompagner dans cette humble prière, que Je présenterai alors à mon Père, parmi toutes mes angoisses, tu te lèveras entre onze heures et minuit pour te prosterner pendant une heure avec moi […] pour adoucir en quelque façon l’amertume que Je sentais de l’abandon de mes apôtres qui m’obligea à leur reprocher qu’ils n’avaient pu veiller une heure avec moi, et pendant cette heure, tu feras ce que Je t’enseignerai. » (Autobiographie § 57).

Une heure sainte de communion avec le Christ et avec le monde*. Chaque Eucharistie est offerte pour le salut du monde. En cette heure, le fidèle s’associe à cet acte d’amour pour que toute consolation soit offerte au Père et donnée à notre terre.

Mgr Yves Baumgarten
Évêque du Puy-en-Velay

* L’Église recherche sans cesse cette heure perdue dans le jardin des oliviers, perdue par Pierre, Jacques et Jean, pour réparer cette désertion, et la solitude du Maître qui a accru sa souffrance… Jésus nous permet en quelque sorte de le retrouver continuellement dans cette heure écoulée et irréversible, humainement parlant, et, comme jadis il nous invite à prendre part à la prière de son Cœur qui embrasse toutes les générations d’hommes. Saint Jean-Paul II