1948-2020

Décédé le 1er juin, le père Jean Jacquet était né le 17 avril 1948 à Tence et fut ordonné prêtre le 15 juin 1974.

Nommé aumônier adjoint au Pensionnat Saint-Joseph au Puy le 19 septembre 1975, il devint vicaire aux Carmes le 26 septembre 1980 puis aumônier à la Chartreuse le 1er juillet 1982.

Vicaire au Monastier le 16 septembre 1988, il devint, de plus, aumônier diocésain du Secours Catholique le 21 octobre 1994 puis vicaire à Aurec-sur-Loire le 11 août 1995. Le 9 octobre 1998, il part comme Fidei donum à la Réunion où il est resté pendant trois ans.

De retour en France métropolitaine, il fut nommé curé de Montfaucon et de Saint-Bonnet-le-Froid le 16 novembre 2001.

Déchargé de ce ministère pour raisons de santé cinq ans plus tard, il devint résident à la maison Saint-Vosy en septembre 2007 puis à l’Arche d’Alliance rue Sarrecrochet le 9 juillet 2012 avant de se retirer à la maison Nazareth en Mars 2019.

Ses obsèques ont été célébrées le 5 juin 2020, en l’église de Tence

Le père Jean Jacquet nous a quittés en la fête de Marie, mère de l’Eglise : qu’elle l’accompagne maintenant dans le Royaume de Lumière et de Paix.

Mot de présentation, par le père Joseph Valentin

La vie de tout homme intéresse notre Dieu et toute la vie de l’homme, avec son poids d’affections, de travail, de joies, de foi, mais aussi avec son poids d’échecs, de souffrances et de solitudes intéresse notre Dieu. Il a voulu partager notre humanité en nous envoyant son Fils qui « n’est resté indifférent à aucune détresse » et qui a mené jusqu’au bout la mission Il a connu l’échec, la solitude et la souffrance pour accéder à la gloire de la résurrection. A l’occasion du décès du Père Jean Jacquet, c’est l’Eucharistie qui nous rassemble. Avec Jésus, « par lui, avec Lui et en Lui » présentons au Père la vie de notre frère Jean, dans la limite de notre mémoire de notre connaissance et de notre discrétion pour qu’il soit associé à l’offrande du Christ à son Père.

Le Père Jean Jacquet est né ici à Tence le 17 Avril 1948, il nous quitte à quelques jours de l’anniversaire de son ordination le 15 Juin 1974. Nous avions été ordonnés le même jour par Monseigneur Dozolme, lui à Tence, moi à St Jeures. Je ne voudrais pas commencer ce petit mot de présentation sans remercier très sincèrement tous ceux et celles qui ont accompagné et soutenu Jean pendant toutes ces années d’ombre et de lumière : sa famille, les confrères plus particulièrement ceux qui ont été très proches dans les différentes aumôneries et particulièrement dans les jours difficiles  ainsi que les paroissiens, les médecins, les religieuses tout le personnel des différents établissements où Jean a séjourné, tous ceux qui ont côtoyé cette présence très forte, à la fois fragile et à la fois fascinante.

Jean est le deuxième enfant d’une famille de 4., son papa est garde- champêtre et sa maman est mère au foyer, il habite tout près de l’église place st Martin et c’est, semble-t-il à l’ombre de cette église que nait sa vocation. Il est enfant de chœur, animateur au patronage paroissial où il découvre ses talents d’animateur et la vie des prêtres de sa paroisse. Puis c’est le collège du sacré Cœur à Yssingeaux où il découvre le mouvement des jeunes séminaristes. En terminale il est sacristain et est déjà proche de tout ce qui est prière et réflexion sur le sens de la vie. Au grand séminaire il fait partie des scouts et occupe ses vacances dans l’animation des colonies et des centres de loisirs, domaine dans lequel il excelle. Il poursuit sa formation de théologie et de philosophie à la Catho de Lyon.

En 1974, après son ordination (au centre socio-culturel de Tence pour cause de travaux à l’église,) commence son apostolat de prêtre dans le diocèse du Puy Un chemin de 46 ans d’ombres et de lumière : Un regard clair, vif, profond, avec un large sourire, une passion pour la moto et la liberté qu’elle procure,  Une intelligence supérieure, une capacité à débattre et à exposer ses idées, une foi magnifique, de nombreuses cordes à son arc comme la capacité à jouer de la guitare, à entrainer des groupes par le chant, une capacité à se lier d’amitié avec beaucoup de gens, parfois très loin de l’église, une empathie naturelle avec les souffrants, une capacité à réagir et à se relever  après de grosses déceptions, un regard souvent positif malgré les ombres et les difficultés… et puis sa passion pour les chevaux qu’il pouvait regarder pendant des heures..

Sa famille a pris une belle place dans sa vie : Il aime à partager avec elle des moments forts : Il aime à amuser ses neveux et nièces avec des tours de magie et à partager avec eux musique et parties de foot. Dans tous ses points de chute il sait accueillir les siens, même à la Ravine des Cabris sur l’ile de la Réunion.

 Avec les grands jeunes Jean est à l’aise, il sait écouter, rassembler, enseigner, proposer les chemins de la foi :  Voici quelques mots d’un confrère, le Père Jean Paul Duplat qui a partagé avec Jean quelques années de l’aumônerie étudiante :

 « Je voudrais vous dire combien, pendant ces courtes années que nous avons vécues ensemble, il a marqué des jeunes et moi avec ! Son entrain et son talent à inciter à une réflexion qui conduise à la foi ont fait merveille. J’ai eu ensuite beaucoup de confidences des membres de ce groupe, qui me demandent chaque fois des nouvelles de Jean. Jean supportait courageusement les va et vient de sa maladie que plusieurs savaient déjà latente. Ils savaient être discrets et délicats. Je dirai son décès à ceux qui l’ont connu. C’est une émotion que nous partagerons avec une prière dans le style de Jean. » Merci Jean Paul. 

Je pourrais moi aussi partager quelques témoignages de personnes qui ont croisé la route du Père Jacquet, souvent des gens qui ne sont pas du sérail, mais qui ont été touchés par son humanité profonde, son écoute et sa foi. Comme Saint Paul il aurait pu dire : « quand je suis faible, c’est alors que je suis fort ; » Comme les jeunes évoqués par Jean Paul Duplat, nous resterons discrets et délicats sur les moments plus difficiles, les traversées du désert qui ont émaillé la vie de notre frère dans le sacerdoce. Il a souffert de sa maladie au-delà de ce qu’il en laissait paraître. J’évoque simplement une réunion sur la pastorale de la santé au grand séminaire salle des exercices, où j’avais tout à coup découvert sa souffrance. Il avait dit simplement : « moi je suis des deux côtés de la barrière »et il s’était mis à pleurer.

Même si nous savions tous combien Jean était malade et fragile, son décès nous plonge dans la tristesse avec un sentiment de parcours inachevé : « Il n’a pas eu braves gens tout son compte de vie … » Chantait le Père Duval. C’est bien vrai pour lui !  Il nous laisse l’exemple d’un homme capable de se redresser après chaque chute, il nous aide à réfléchir à la différence entre l’efficacité humaine et la fécondité d’une vie : « Si le grain de blé ne meurt pas il reste seul, mais s’il meurt il donne beaucoup de fruit » Il nous reste à demander à Notre Seigneur et Maître de rendre féconde cette vie donnée. Nous lui demandons aussi d’accueillir dans la maison du Père, avec ceux qui l’y ont précédé, là où il n’y a plus ni larme, ni douleur celui qui été, dans une situation bien difficile, le serviteur fidèle. Amen.

Homélie par le père Jean-Claude Petiot

Vous, ses frère et sœurs, avez choisis  ces mots de l’Evangile selon saint Jean (Jn 3, 16-17) pour l’action de grâces que nous célébrons autour de Jean, votre frère, notre frère et notre ami. Trois brèves phrases qui condensent la bonne nouvelle que nous recevons dans la foi de l’Eglise. Elles nous disent l’horizon qu’en Jésus, le Fils de Dieu, est venu ouvrir dans l’existence humaine, par sa naissance, sa mort et sa résurrection.

Ces quelques mots de Jésus lui-même dans son entretien avec Nicodème nous disent aujourd’hui ce qui nous rassemble en cette eucharistie. Sa Parole et le don de l’Esprit nous font entrer dans le mystère de sa venue parmi nous,  et dans la révélation de notre condition filiale d’enfants de Dieu, promis à la résurrection.
Nicodème était venu, de nuit, trouver Jésus dans une extrême discrétion ; mais il venait avec le sentiment pressant qu’il pouvait s’adresser à Jésus comme à un maître venu de Dieu par la grâce des signes qu’il accomplissait. D’emblée Jésus l’avertit : « Personne à moins de naître de l’eau et de l’Esprit, ne peut voir le Royaume de Dieu ». Et encore : « Nul n’est monté au ciel, sinon celui qui est descendu du ciel… afin qu’en lui tout homme qui croit ait la vie éternelle ». « Car – nous venons de nous l’entendre rappeler – Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique afin que quiconque croit en lui ne se perde pas mais obtienne la vie éternelle ».

Disciples de Jésus, nés de l’Esprit par la grâce du baptême, nous sommes tous de quelque façon des Nicodème, appelés à entrer dans ce mystère de la rencontre que Jésus vient inaugurer et accomplir : la rencontre entre l’univers de l’homme fragile, limité, vulnérable et la plénitude de Dieu qui l’habite, Lui le Fils unique du Père. Le chemin vers cette rencontre à la suite du Christ, c’est le chemin du Royaume dans les conditions concrètes de l’existence qui nous est donnée

Les lettres de saint Jean (1ère lecture : 1 Jean 3, 14-16-20 ) nous en rappellent avec insistance le caractère. Le chemin du Royaume, le chemin de Dieu vers l’homme et de l’homme vers Dieu, c’est le chemin du don de soi, de la fraternité. Ce chemin qui traverse la mort, en nous faisant renaitre de la vie du Ressuscité, par-delà nos limites, nos échecs et notre péché, nous introduit dans la sainteté à laquelle Dieu nous a tous appelés à cause de son projet à lui et de sa grâce (2 Tim. 1, 8) 

Dans l’Eglise les prêtres ne sont, par eux-mêmes, ni plus ni moins que leurs frères, les disciples et les témoins du Christ sauveur. Ils ont cependant reçu la charge d’en être les messagers, porteurs de sa Parole et médiateurs de l’œuvre de Dieu. Et ils ne peuvent l’être qu’avec ce qui fait leur personnalité. 

Du rayonnement personnel et pastoral de Jean comme disciple, témoin et serviteur du message du Seigneur,  permettez-moi en écho à la Parole de Dieu que nous venons d’entendre, de retenir deux traits fondamentaux.

De bout en bout, son parcours dans le ministère a été traversé par les accrocs de santé et le poids des pénibles traitements auxquels il devait périodiquement  se soumettre. Il restait, autant que possible discret, sur les limites qu’il ressentait douloureusement dans l’expression de sa vive intelligence, de ses talents artistiques en musique, en dessin et en écriture, et de sa volonté d’agir dans le service qui lui était confié. Pour percevoir à quel point ces entraves lui pesait, il faut l’avoir entendu dire dans un moment particulièrement difficile : « Beaucoup pâtissent de moi en ce moment, mais moi c’est tout le temps que j’y suis affronté ! ». Mais bien loin de l’enfermer dans le seul souci de soi, son impressionnante lucidité sur lui-même n’entravait pas sa capacité de rencontrer les autres en profondeur, jusqu’à l’empathie. Elle ne l’empêchait pas faire briller la bonne nouvelle dont il se savait le bénéficiaire et le ministre. 

Il avait donc une conscience aiguë des difficultés que par moment son état pouvait créer dans les relations de son ministère. Mais s’il a tenu dans la persévérance de sa vocation, c’est certainement grâce à sa remarquable capacité d’émerveillement. Quand il lui arrivait d’évoquer telle ou telle rencontre, y compris avec des personnes en difficulté, on pouvait l’entendre s’exclamer : « C’est beau ça ! C’est formidable ! Tu ne trouves pas ? ».

Avec le même cri du cœur bien fréquent dans sa bouche, et le même émerveillement, il aimait aussi partager les découvertes qu’il avait faites dans ses lectures. C’était pour lui comme autant de perles spirituelles dont il pouvait émailler ses homélies. Jusque dans les derniers temps de son séjour à Nazareth, il continuait de les collectionner avec soin comme un trésor. Un trésor de vie.

Dans l’Eucharistie que nous célébrons pour Jean, il y a matière abondante à présenter avec lui son offrande au Seigneur, dans l’espérance qu’il soit maintenant comblé de la lumière qui a éclairé son parcours.