Archevêque émérite d’Aix-en-Provence et Arles

1936-2020

Né en 1936 en Lorraine, Mgr Claude Feidt qui a été archevêque de Chambéry (de 1985 à 1999) puis d’Aix et Arles (de 1999 à 2010) est décédé mardi 13 octobre au Puy-en-Velay où il s’était retiré en 2011. Mgr Claude Feidt a été nommé archevêque d’Aix-en-Provence en 1999.

C’est en avril 2010 que Mgr Claude Feidt avait présenté sa démission, pour raison d’âge, de sa charge pastorale du diocèse d’Aix-en-Provence et Arles (Bouches-du-Rhône).

Né le 7 mars 1936 à Auduns-en-Romans (Meurthe-et-Moselle), Claude Feidt avait passé sa jeunesse au Puy-en-Velay, où sa famille s’était réfugiée pendant la seconde guerre mondiale. Après des études à l’Institut catholique de Lyon, il avait été ordonné prêtre en 1961 pour le diocèse du Puy. En Haute-Loire, il fut successivement aumônier de lycée au Puy (1963-1972), professeur de théologie au séminaire du Puy (1966-1980), aumônier diocésain de l’enseignement public (1969) puis vicaire épiscopal (1972-1980). Nommé évêque coadjuteur (évêque adjoint à l’évêque diocésain, ayant droit de succession) du diocèse de Chambéry en 1985, il en devint archevêque de 1985 à 1999 (et donc évêque de Maurienne et de la Tarentaise et président de la région apostolique Centre-Est.)

Ordonné Evêque auxiliaire de Chambéry  le 13 septembre 1980, il devint Archevêque titulaire de Chambéry, Maurienne et Tarentaise  en 1985. Après près de quinze ans en Savoie, sa nomination à l’archevêché d’Aix et Arles l’amena à découvrir la Provence et son Église. À la tête de ce diocèse de 1999 à 2010, Mgr Feidt fut le premier en France à avoir entrepris une démarche synodale pour ses prêtres afin de “regarder ensemble la situation de notre Église “.

Pendant ses onze années à Aix, Mgr Feidt avait l’habitude de se rendre chaque mois de mai aux Saintes-Maries-de-la-Mer pour le pèlerinage des gens du voyage.

Mgr Claude Feidt se retira en mars 2010 dans le diocèse d’Aix avant de revenir au Puy en 2011. Retiré à la maison Nazareth depuis février 2019 c’est à l’hôpital Emile Roux qu’il s’est éteint le 13 octobre 2020.

Suite aux dernières volontés de Mgr Claude Feidt, ses funérailles ont été célébrées en la cathédrale Saint Sauveur d’Aix-en-Provence, mardi 20 octobre 2020 à 15h00. Ses obsèques ont été suivies de l’inhumation le lendemain, à la cathédrale d’Aix-en-Provence, dans le tombeau des Évêques.

Par ailleurs, comme il l’a aussi demandé, une messe a été célébrée à l’occasion de ses funérailles en la cathédrale du Puy. Cette célébration a eu lieu le lundi 19 octobre 2020 à 14h30.

Mot de présentation par le Père Jean-Claude Petiot

Évocation de Mgr Claude Feidt – lundi 19 octobre 2020

Mgr Claude Feidt s’est éteint mardi dernier à l’hôpital Emile-Roux. Très exactement quarante ans et un mois après avoir été consacré, en cette cathédrale le 13 septembre 1980, évêque auxiliaire du diocèse de Chambéry. C’est aujourd’hui pour lui comme un retour aux sources.

Archevêque émérite du diocèse d’Aix et Arles depuis 2010, il avait choisi en 2011 de se retirer au Puy. Il ne s’en cachait pas ; c’était clairement parce qu’il avait, non sans nostalgie, le cœur empli par le souvenir des heureuses années de jeunesse. Et particulièrement du premier tiers de son ministère, vécu dans la joyeuse communauté fraternelle de prêtres qui s’était alors formée à Saint-Antoine.

Il revenait souvent sur ce qu’il devait à sa tante et son oncle qui l’avaient accueilli ici depuis son enfance, à la demande de ses parents pour échapper aux dangers de la guerre dans sa Meurthe-et-Moselle natale. Durant ses années au lycée Charles-et-Adrien Dupuy, dans les locaux de l’actuel Collège Lafayette, la personnalité du P. Georges Bonnet l’avait entrainé à participer à l’essor de la troupe des Scouts de France, jusqu’à lui succéder comme aumônier. Il y noua de nombreuses amitiés, durables jusqu’aujourd’hui, et  qui comptaient pour lui parmi les plus solides.

Ordonné prêtre le 24 décembre 1961 dans sa paroisse des Carmes, il avait poursuivi deux ans d’études à la faculté de théologie de Lyon avant de retrouver son lycée d’origine comme aumônier. A partir de septembre 1966, le voilà en plus, professeur au grand-séminaire. Il  offrait aux « première année » l’introduction au mystère de la foi, un enseignement déjà profondément marqué par le concile Vatican II. Devenu aumônier diocésain de l’enseignement public en octobre 1969, il était nommé en juin 1972 vicaire épiscopal de la zone pastorale de l’Yssingelais, et chargé dans le diocèse, de la formation permanente et de la pastorale liturgique.

A son retour au Puy, en 2011, il avait l’esprit habité par les grands moments et les rencontres qui l’avaient marqué durant son ministère épiscopal. Il aimait les évoquer. A commencer par ces quatre années pendant lesquelles il avait été l’auxiliaire de Mgr André Bontemps. Il avait reçu de lui et portait toujours comme un  précieux  cadeau l’anneau épiscopal qui  était l’insigne de sa participation au concile Vatican II.  A sa suite, il avait eu à poursuivre le patient travail d’unification des diocèses de Chambéry, Maurienne et Tarentaise.

 De même, de la deuxième moitié de son ministère épiscopal, de 1999 à 2010, dans le diocèse d’Aix et Arles, il gardait un attachement profond envers  le cardinal Panafieu, son proche devancier à Aix-en-Provence, devenu archevêque de Marseille. Il était son plus proche voisin, se partageant tous deux le département des Bouches-du-Rhône. Tout au long de ces dernières années, autant que leur état de santé le leur a permis, ils entretenaient des relations téléphoniques quasi hebdomadaires

Archevêque de Chambéry, Mgr Feidt  a exercé  plusieurs mandats nationaux : d’abord comme président de la commission épiscopale de liturgie et de pastorale sacramentelle, puis de la commission internationale francophone pour les traductions liturgiques. En 1994, il avait été élu président de l’assemblée épiscopale de la  région apostolique Centre-Est, à peu de choses près l’espace de l’actuelle région Auvergne-Rhône-Alpes ; et, de 1995 à 2001, il fut membre du conseil permanent des évêques de France.

De la Savoie, à laquelle il était resté très attaché, il aimait surtout rappeler ses pérégrinations pastorales entre les vallées et les villages d’altitude de ce diocèse. Et aussi l’impact des Jeux olympiques et paralympiques de 1992 sur ce département. La préparation de cet événement  en collaboration étroite avec Michel Barnier lui avait permis de nouer des relations particulièrement cordiales avec le pape Jean-Paul II.
Autre événement marquant, d’un tout autre genre dans cette relation : en mars 2007, il eut le bonheur de participer à un moment décisif dans le procès de béatification de Jean-Paul II.  C’était la présentation du dossier de la guérison miraculeuse de sœur Marie-Simon-Pierre, membre de la communauté des Petites sœurs des Maternités catholiques à Aix-en-Provence, miraculeusement guérie deux mois après le décès de Jean-Paul II en mai 2005. 

Lorsqu’il sentit la charge épiscopale lui devenir trop lourde, il demanda à avoir le soutien d’un coadjuteur. Ce qu’il obtint avec l’arrivée en mai 2008 de Mgr Christophe Dufour qui lui succéda le 29 mars 2010.

Ces dernières années, ses difficultés de santé de plus en plus pesantes ne lui ont guère permis de goûter ce qu’il était venu retrouver au Puy. On ne l’entendait plus comme autrefois émailler les conversations avec les anecdotes pittoresques qu’il avait glanées au fil de ses rencontres et qu’il savait agrémenter d’imitations savoureuses. Mais, assidu aux programmes de KTO par internet, il tenait à se nourrir encore abondamment de la vie de l’Eglise et du monde. Et c’est finalement  à l’EHPAD de Nazareth qu’il a retrouvé paix et sérénité. A ses visiteurs il s’attachait alors à exprimer ses sentiments de gratitude envers tous ceux et celles qui s’étaient appliqués à lui apporter du réconfort. Et la chaleur de ces relations fraternelles qui comptait tant pour lui.

Homélie de la messe de requiem pour Mgr Claude Feidt, archevêque émérite d’Aix-en-Provence et Arles, par Mgr Luc Crepy

Cathédrale Notre-Dame-de-l’Annonciation du Puy-en-Velay, le 19 octobre 2020

« C’est bien par la grâce que vous êtes sauvés, et par le moyen de la foi. Cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu. » (Ep 2,8) Ces mots de Paul aux Ephésiens permettent – autant qu’il est possible de le faire – d’évoquer ce qui guidait Claude Feidt dans son ministère de prêtre puis d’évêque, ce qui habitait profondément sa vie spirituelle et ce qui guidait bien de ses attitudes pastorales. C’est que nous lisons dans le testament spirituel qu’il nous laisse : une simple prière – connue sous le nom de « Confiance à Dieu » – de son saint patron, saint Claude La Colombière (1641-1682). Cette prière nous dit combien la confiance en Dieu n’est possible que si l’on reconnaît Dieu à l’origine de tout ce que nous sommes, de tous les dons qu’Il nous fait, de tous les appels auxquels nous répondons pour servir l’Eglise et le monde.  

Ainsi cette prière commence donc par un acte profond de confiance : « Mon Dieu, je suis si persuadé que Tu veilles sur ceux qui espèrent en Toi et qu’on ne manque de rien quand on attend de Toi toutes choses. » Attendre tout de Dieu, espérer tout de Dieu, n’est-ce pas reconnaître la richesse surabondante de la grâce pour guider notre existence, plutôt que de compter sur nos propres richesses, aussi surabondantes soient-elles, comme cet homme riche de l’Evangile (cf. Lc 12, 13-21) qui a peur de manquer, et qui bâtit des greniers démesurés pour y mettre ses propres biens. Il oublie qu’amasser pour soi-même ne conduit à rien, alors qu’il s’agit d’être riche en vue de Dieu. C’est sur ce chemin de confiance que Claude Feidt a voulu marcher. Le jour où il annonçait sa nomination – le 10 juillet 1980 – comme évêque auxiliaire de Chambéry, il reprenait auprès de ses confrères prêtres la devise de Jeanne d’Arc : « Dieu fait ma route. »[1] Oui, Dieu fait notre route, si nous croyons que le Christ est le Chemin qui nous est donné pour connaître l’amour dont nous sommes aimés et pour grandir dans notre humanité. Quand nous regardons notre existence, avec le regard de la foi, nous percevons bien que ce n’est pas nous qui avons tracé le chemin. Certes, par notre liberté, nous avons accepté ou refusé de prendre telle ou telle direction, mais finalement l’ensemble de la route, c’est Dieu – par grâce – qui la trace. « Cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu. Cela ne vient pas des actes : personne ne peut en tirer orgueil. C’est Dieu qui nous a faits, il nous a créés dans le Christ Jésus, en vue de la réalisation d’œuvres bonnes qu’il a préparées d’avance pour que nous les pratiquions. » (Ep 2, 9-10)

La confiance en Dieu nous conduit à nous décentrer de nous-mêmes, à ne pas nous attacher à ce que nous sommes ou à ce que nous possédons, mais à nous tourner vers les autres, vers ceux et celles que Dieu met sur notre route. Ainsi lorsqu’il devient archevêque de Savoie, Mgr Feidt affirme : « Pour l’évêque, plus que pour tout autre, être en tête, c’est être utile. Présider, c’est servir.  Régner, c’est aimer et l’honneur devient fardeau. » L’exercice de l’autorité – que l’on confond souvent avec le pouvoir – est de l’ordre du service, à la manière du Christ qui lave les pieds de ses apôtres. Claude Feidt envisageait ainsi sa charge pastorale et, dans ses propos, il soulignait combien la relation aux membres du peuple de Dieu est un élément essentiel pour gouverner, en citant saint Augustin : « Ce que je suis pour vous m’effraie. Ce que je suis avec vous me rassure. » Devenir successeur des Apôtres donne le vertige à celui qui reçoit ce ministère, mais discerner, travailler et prendre des décisions avec d’autres rassurent le pasteur d’un diocèse. Finalement la confiance en Dieu est inséparable de la confiance aux autres.

Mais dans son testament spirituel, Claude Feidt nous invite à aller plus loin : la confiance est la porte de l’espérance, car sans confiance, il n’est pas d’espérance possible. Pour lui, sa tâche d’évêque, c’était « être pour et avec les chrétiens sur le chemin de l’espérance. » Cette phrase, dans notre contexte actuel d’inquiétude et de pandémie, nous touche fortement. Il s’agit bien de tracer ce chemin d’espérance, hier comme aujourd’hui, sans nous arrêter à nos seules difficultés ou fragilités, et à oser avancer, à oser espérer. Ainsi la prière de Claude La Colombière se termine-t-elle par les mots suivants : « Je connais, hélas, je ne le connais que trop, que je suis fragile et changeant ; je sais ce que peuvent les tentations contre les vertus les plus affermies. Mais cela ne peut m’effrayer tant que j’espèrerai ; je me tiens à couvert dans tous les malheurs et je suis assuré d’espérer toujours, parce que j’espère encore cette invariable espérance. »

Ces dernières semaines, Claude Feidt, si souvent inquiet, était apaisé. Lors de notre dernière rencontre début octobre, il me disait qu’il était prêt à partir et qu’il se préparait à ce grand passage dans la paix. En lisant son testament spirituel, je comprends mieux aujourd’hui cette sérénité, cette foi et cette paix qui l’animait. D’ailleurs, il a commencé son testament par les mots suivants : « Mon testament spirituel est tout entier dans cette prière de mon Saint Patron, Claude La Colombière… Je l’ai surtout priée… ma mort sera ‘l’AMEN’’ de cette prière. » Ma mort sera l’Amen de cette prière : l’Amen en hébreu a pour racine ce qui dit la solidité et la fermeté ; ainsi Claude Feidt nous dit que sa mort est le oui définitif à cette invariable espérance qu’il portait en Dieu.

Quel est le cœur de cette invariable espérance ? « Dieu est riche en miséricorde ; à cause du grand amour dont il nous a aimés, nous qui étions des morts par suite de nos fautes, il nous a donné la vie avec le Christ : c’est bien par grâce que vous êtes sauvés. Avec lui, il nous a ressuscités et il nous a fait siéger aux cieux, dans le Christ Jésus. » (Ep 2, 4-6). Confions à la grande miséricorde de Dieu notre frère Claude : qu’Il accueille en sa Maison celui qui n’a cessé d’espérer en Lui. Amen.

+ Luc Crepy cjm, évêque du Puy-en-Velay


[1] Divers éléments biographiques de cette homélie sont repris dans : La vie nouvelle – L’hebdomadaire de la Savoie, 22/02/1985, pp. 15-17.